Bilan

Entamer une reconversion professionnelle

Est-ce un effet de la digitalisation ou simplement l’ère du temps? Toujours est-il que jamais la question de la réorientation ou des changements de carrière n’ont été si centrales dans nos vies. Petit guide pour celles qui veulent entamer leur mue professionnelle.
Si 12% des actifs ont quitté leur emploi en 2015, pour un autre poste, impossible de quantifier, sur les mêmes bases, celles et ceux qui montent leur entreprise en restant en poste (les slasheurs), celles et ceux qui changent de métier au sein de la même entreprise, mènent des projets professionnels durant un temps de vie particulier: maladie, congés, grossesse, chômage, ont repris une formation dans l’optique de changer de métier, se sont expatriés pour entamer une nouvelle vie professionnelle… car aujourd’hui, la reconversion professionnelle a tous ces visages. Cette dernière répond souvent à une série d’envies personnelles: quête de sens, envie d’un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle, ras-le-bol d’un chef, d’un collègue, d’un cadre professionnel trop strict, meilleure connaissance de soi. Face à toutes ces envies confuses et avec la facilité actuelle à s’installer à son compte, monter sa propre entreprise est souvent un échappatoire ‘facile’ à ses débuts. Mais est-ce toujours la bonne solution? Etre son propre chef n’exclue pas d’avoir des clients très exigeants et demande beaucoup de rigueur. Par ailleurs, changer de secteur, peut faire peur à raison lorsqu’on est une femme. «Les profils de carrière non linéaires font encore peur aux recruteurs traditionnels car ils ont l’impression de prendre plus de risques en présentant des personnes aux parcours atypiques», reconnaît Eglantine Jamet, recruteuse pour le cabinet Artémia, spécialisé sur les profils de femmes cadres et dirigeantes. Mais cette situation actuelle est temporaire ; en raison de l’évolution des métiers et du marché de l’emploi, les doubles parcours deviendront très probablement une norme, et effrayeront moins les entreprises, car ils seront tout simplement plus fréquents. Ils permettent souvent d’acquérir une richesse, des compétences, une agilité valorisée par les entreprises. La reconversion, auparavant obligation, désormais effet de mode, pourrait au final devenir un atout voire une compétence en soi. Ses enjeux sont nombreux et profonds. Le point pour réussir au mieux cette transition.

1.Identifiez vos aspirations profondes

Vous avez envie de changement, mais quel changement au juste? Et pourquoi? «Cela peut être lié à la vie privée, l’arrivée d’enfants, le départ des grands, souvent c’est aussi lié à la quête de sens dans son  travail, ou d’un meilleur équilibre de vie,… ou tout simplement qu’avec le temps on se connaît mieux qu’en étant jeune», explique Sigolène Chavane, recruteuse chez Artémia. Listez vos attentes professionnelles, privées. Comparez-les ensuite à votre réalité quotidienne: êtes-vous très éloignée de vos objectifs? Pouvez-vous mettre facilement en place des actions pour changer cela? Parfois un changement radical n’est pas nécessaire. Et du coup la reconversion en devient moins effrayante et s’apparente, en réalité, à une évolution. Dans tous les cas «n’attendez pas de qui que ce soit qu’on vous dise quoi faire, cela doit venir de vous seule», indique Natacha Bakir qui est passé en une dizaine d’années du management dans le secteur commercial à un poste d’ingénieur en cybersécurité à Annecy.

2.Cherchez la cohérence

Difficile de devenir chercheuse en neurologie avec un apprentissage dans la coiffure. «Il est plus facile de passer d’un métier avec compétences techniques très fortes vers un job aux compétences sociales», reconnaît Eglantine Jamet. Sa collègue Sigolène Chavane explique qu’un changement de carrière bien mené est «écologique envers soi»: c’est un juste équilibre à trouver entre le respect des aspirations intérieures et les moyens que l’on se donne pour les atteindre. Vous avez envie de nature? Plutôt que de tout plaquer pour repartir de zéro dans le domaine de l’agriculture, ne serait-il pas possible, dans votre propre entreprise de trouver une fonction qui vous en rapproche? Ou auprès d’une association dont vous êtes membre depuis longtemps? Dans tous les cas considérez objectivement les moyens –personnels, financiers- que vous êtes prête à investir dans ce changement, car une vraie reconversion en demande beaucoup.

3.Parlez-en autour de vous

A une conjoncture qualifiée par certains de ‘guerre des talents’, la question du sens n’est plus un tabou pour nombre d’employeurs, ni celle de l’équilibre vie privée-vie professionnelle. «Les employeurs savent que ce sont aujourd’hui des conditions importantes pour les collaborateurs•rices, cela impacte fortement la motivation et l’engagement dans le travail», assure Eglantine Jamet. Dans votre entreprise ou organisation, tâtez-le terrain pour savoir si vos requêtes sont audibles. Parfois une mutation ou une reconversion interne peut ainsi être envisagée. Si le problème concerne votre secteur professionnel, ou une hiérarchie inamovible: il est temps de partir. Vous pouvez alors faire part de vos motivations… à un recruteur.

4.Blindez-vous

Le terme est volontairement fort, voire guerrier: en tant que femme, changer de parcours professionnel demande du courage. «Il faut être clair : il y aura une série d’obstacles à en-dehors de vous. Or les femmes ont tendance à se rajouter plein de freins en-dedans ! Elles vont se dire que ce n’est pas possible, trop dur, trop cher, trop long, trop compliqué… car on ne leur a pas appris à croire en elles ! Il est important de prendre conscience de ces freins car on peut travailler dessus pour gagner en confiance, retrouver de l’enthousiasme et oser!», insiste Eglantine Jamet. Croyez en vous, c’est indispensable ! Répétez-vous cette célèbre citation 'motivationnelle': «d’autres font déjà ce que vous voulez faire, et parfois avec moins de talents et de compétences, simplement car ils ont eu le courage d’oser». Si vous avez mûrement réfléchi et que votre décision est prise, c’est que vous êtes en accord avec vous-même, au fond. Alors donnez-vous les moyens d’y parvenir, restez déterminée coûte que coûte, et pour cela, soyez connectée à votre voix intérieure !

 5.Assurez-vous le soutien de votre entourage

«Les pressions de l’entourage sont tout sauf anodines», remarque Sigolène Chavane. Le changement, la nouveauté, l’inconnu sont rarement accueillis avec enthousiasme surtout s’ils supposent de l’inconfort «Les personnes de notre environnement projettent souvent sur nous leurs propres peurs. Il faut beaucoup d’audace pour y faire face et oser montrer sa vulnérabilité, et son enthousiasme», glisse la recruteuse. Assurez-vous du soutien de votre partenaire de vie, vos enfants, votre famille, d’un réseau pertinent. Vous aurez suffisamment de gens à convaincre par ailleurs: financeurs, recruteurs… Pas besoin de devoir être dans l’affrontement sur tous les fronts. Pour cela, affichez votre motivation, votre réflexion… et les limites que vous prévoyez afin de préserver la vie de l’entourage.

6.Donnez-vous du temps

Pour changer de métier, le bilan de compétences est un point de départ utile, mais il ne suffit pas. Il vous permet de prendre conscience de tous vos atouts, et des besoins réels de formations éventuels selon les secteurs ou métiers qui vous intéressent. L’idéal est de le faire avec un professionnel, et de lister à la fois les compétences purement techniques ainsi que les fameux soft skills, savoirs-faire sociaux et de communication toujours plus prisés à mesure que les environnements de travail s’internationalisent. Rappelez-vous que vos compétences ne sont pas uniquement issues du monde professionnel, mais proviennent aussi de toute votre vie privée et sociale. «Plus on veut  prendre des responsabilités dans sa vie professionnelle, plus on doit être consciente de ses compétences de leadership, d’authenticité, d’adaptabilité», remarque Sigolène Chavane. Lister ses atouts et ses expériences passées, -parfois très concrètement- prend du temps. Si vous avez l’impression de sécher, demandez-vous quelles sont les choses dont vous êtes fières, ce que vous avez pu réaliser dans le passé. Certaines professionnelles n’hésitent plus à mettre en avant leur maternité et leur rôle de mère sur LinkedIn, lorsqu’elles sont particulièrement investies dans cette fonction ! Cette étape doit vous permettre de trouver votre «zone de génie»: ce dans quoi vous excellez, que vous aimez faire, qui a du sens pour vous et vous épanouit profondément et de manière durable. Une notion proche du fameux ikigaï japonais. Rappelez-vous qu’à ce processus s’ajoute celui de trouver un financement pour acquérir de nouvelles compétences, se former, réaliser des stages et mandats dans le nouveau secteur envisagé, acquérir ses codes culturels….autrement dit, une vraie transition professionnelle ne se fait pas en six mois. Un à deux ans sont des durées bien plus réalistes pour envisager cette étape, voire une dizaine pour vous permettre de retrouver le chemin de carrière que vous vous étiez fixé.

7.Donnez-vous des moyens

Les formations professionnelles sont onéreuses et les places sont chères ! Pour être assurée de la sienne, Natacha Bakir a notamment monté un dossier ‘béton’. «On m’a demandé de fournir une liste de cinq postes possibles, j’en ai fourni…. 400. Ainsi que des promesses d’embauches. J’ai été prise notamment en raison de ma motivation. Et aussi car je suis une femme, et qu’elles sont aujourd’hui recherchées dans ce secteur! Il faut jouer avec les cartes qu’on a.» Plusieurs possibilités de financement existent, mais il faut les rechercher activement. «Beaucoup de gens utilisent leur période de chômage pour monter un projet», reconnaît Aurore Bui, elle-même issue elle-même issue de l'informatique et reconvertie dans l’innovation sociale   elle-même issue de l'informatique et reconvertie dans l’innovation sociale, à la tête de SoftWeb, incubateur pour les entreprises innovantes dans le domaine du social, notamment fondées par des femmes. Autre option, se tourner directement vers des fondations privées. Parfois, se retrouver dans une situation vraiment difficile –par exemple élever un enfant seul à sa charge- donne droit en priorité à certaines aides. En Suisse, celles-ci dépendent des cantons, et sont souvent listées par les Offices cantonaux en charge de la formation professionnelle.

8.Capitalisez sur votre expérience passée

N’oubliez jamais que tout ce qu’on fait dans la vie n’est jamais réalisé en vain mais peut toujours s’avérer utile. «Une reconversion fonctionne bien quand on sait se réapproprier une part de son passé professionnel et ses talents et techniques pour un autre objectif, de manière consciente», affirme Aurore Bui. Aller chercher la cohérence, la complémentarité, et le fil rouge entre vos expériences passées et votre nouveau secteur professionnel est aussi un moyen de rassurer un futur recruteur. Il est normal qu’un employeur soit un peu effrayé par le dossier d’une personne qui a changé de parcours en cours de route. «Rappelez-vous de vous demander sur quoi la personne en face de vous a besoin d’être rassurée lorsque vous tentez de la convaincre», explique Sigolène Chavane.

9.Mettez en avant votre motivation

Vous avez réussi à quitter un job parfois confortable, prendre des risques, convaincre votre entourage, décrochez de quoi financer une formation, trouvé des stages, appris de nouvelles compétences ? C’est une carte de visite en or face à recruteur. Certes vous n’avez pas l’expérience d’une personne qui est dans le secteur depuis dix ans. Mais vous savez prendre des risques mesurés, surmonter des obstacles, mener un projet, vous vous connaissez, et vous vous êtes réellement battue pour être là où vous vous trouvez. De plus vous êtes agile et capable d’apprendre et de vous remettre en question. Le profil rêvé ! Lorsque vous négociez un poste, rappelez-vous toujours que votre reconversion est un atout.

10.Réseautez et allez vers ce qui vous inspire

Allez voir de près le champ professionnel que vous convoitez: stages, formations… Rencontrez plusieurs membres d’une entreprise pour vous faire une idée de son fonctionnement, allez dans des évènements au format innovant, sortez de votre zone de confort et de vos cercles habituels. «Les mentors et réseaux sont absolument essentiels», explique Chantelle Brandt Larsen, qui cumule un parcours très riche, entamé dans la psychologie, pour être aujourd’hui experte en digital, titulaire d’un DBA (doctorat en business administration) et Senior digital engagement Lead chez Capgemini à Zurich. Son conseil le plus précieux, par ailleurs? «J’ai toujours investi dans ma carrière.»  
Camille Andres

JOURNALISTE

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