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"Chacun de mes mandats a servi de tremplin pour le suivant"

Parce plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices.

"Il faut être visible, prendre des responsabilités et saisir sa chance à chaque occasion qui se présente" pour Jacqueline Curzon.

Crédits: csda

Cette semaine, rencontre avec Jacqueline Curzon, qui vient d'une famille de nomades ayant jeté l'ancre à Genève. Après des études de droit à Londres et à Paris, elle n'avait qu'une idée: voyager comme eux et y trouver son métier. Après un MBA en Finance de la Wharton Business School, elle réalise son rêve. D'abord avec PriceWaterhouse au Kyrgyzstan et en Ukraine, où elle conseille les gouvernements en matière de programme de privatisation. Puis elle traverse l'Afrique et l'Asie Mineure comme directrice de Business Development, négociant l'achat de gisements aurifères pour la société australienne Normandy Mining. Dès 2000, la vie de famille la pousse à devenir plus sédentaire, à Genève, dans des postes d'administratrice ou à la tête de sa société de conseils, Curzon SA.

Comment êtes-vous devenue administratrice?

Mon premier mandat était pour un fonds de private equity. Je n'avais que 24 ans! Fraîchement sortie de la faculté de droit, je ne mesurais probablement pas les responsabilités que cela impliquait. Mais j'ai eu de la chance et chacun de mes mandats a servi de tremplin pour le suivant. Aujourd'hui je dirige notamment le siège international d'Arkas, société de transport maritime qui opère plus de 70 porte-containers sur la mer Méditerranée. 

Qu'est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction, les compétences que vous avez développées?

C'est le devoir fiduciaire qui me passionne et plus particulièrement les relations entre les actionnaires, la direction, les employés et d’autres acteurs économiques. Par exemple, je suis au conseil de la Fondation Patrimonia, une caisse de prévoyance collective qui gère une fortune d’environ un milliard de francs suisses. Les intérêts des 700 affiliés et des 8000 assurés ne convergent pas toujours. Ce même devoir fiduciaire a une dynamique très différente lorsque l'actionnaire est familial, comme pour les groupes Arkas ou Clairfield International, une société de conseil M&A, dont les cinq actionnaires fondateurs sont des entreprises indépendantes ayant chacune leur identité propre.

Quels sont les moyens dont vous usez pour faire passer vos convictions en tant qu'administratrice?

D'abord, j'écoute pour me forger une opinion. Ensuite, je passe du temps pour étudier la problématique. Ce n'est qu'après ce travail que je peux défendre une position et convaincre mes co-administrateurs. Souvent, un consensus de groupe se crée naturellement, et les positions des uns et des autres s’alignent.

Quelles sont les difficultés de cette fonction, le challenge que vous avez connu?

Un bon conseil d'administration est un groupe de personnes dont la force totale est plus grande que la somme de chaque membre individuel. L’un des défis est de mettre chaque membre en valeur pour que l'organisation en profite pleinement. C'est également un des plaisirs de la fonction!

Comment améliorer la représentation des femmes en politique ou dans l'économie selon vous, pourquoi est-ce important?

Personnellement, je n'ai jamais souffert de discrimination ou alors je ne l'ai pas remarqué! Lorsque Morgan Stanley et la banque Pictet ne m'ont pas engagée, je n’ai pas estimé que c’était en raison de mon genre. J'ai plutôt décidé de passer les examens du CFA. Mon père m'a donné cette confiance en moi qui ne m'a jamais fait douter. Ma mère était Professeur d'université et un modèle évident. Celles qui ont moins de soutien familial ont sans doute un parcours plus difficile. Ce sont ces valeurs que les parents doivent transmettre aux jeunes femmes d'aujourd'hui pour qu'elles croient en leur potentiel. Les choix familiaux sont également importants. Si la carrière professionnelle du mari prime sur celle de l'épouse, c'est un peu plus compliqué. 

Quel conseil donneriez-vous à une femme qui aimerait devenir administratrice? 

Je donnerai le même conseil aux jeunes hommes qu'aux jeunes femmes: il faut être visible, prendre des responsabilités et saisir sa chance à chaque occasion qui se présente. 

A titre personnel, que pensez-vous des quotas?

Les suffragettes argumentaient autrefois que donner le droit de vote aux femmes améliorerait la société. Les caractéristiques plus altruistes et prudentes des femmes compenseraient les tendances plus égoïstes et dominantes des hommes. Plus personne ne tiendrait de tels propos aujourd'hui (vous pouvez lire l'excellent article de Cordelia Fine dans le Financial Times du 2.3.2018 à ce sujet). Il est accepté que le droit de vote des femmes est basé sur le droit naturel et non sur quelque logique utilitaire. 

Est-ce qu'il y a une analogie possible pour le débat actuel des quotas de femmes aux conseils d’administration? Prétendre que les résultats des sociétés sont améliorés si on ajoute des voix féminines aux conseils est d'après moi un argument tout aussi choquant que celui justifiant le droit de vote des femmes au début du XXème siècle. La seule question est la légitimité naturelle d'une représentation féminine aux conseils. La réponse est peut-être différente selon l'actionnariat. S'il s'agit d'une société cotée en bourse, son actionnariat est un reflet de l'épargne de la société, et l’on peut simplifier en supposant que les hommes et les femmes y sont représentés de manière égale. 

L'argument du droit naturel des femmes à compétence égale, et des hommes d'ailleurs, d'être représentés de manière paritaire est défendable. Une règle de quota non paritaire présente, par contre, un risque réel pour l'administratrice symbolique de perdre toute légitimité personnelle. Pour les sociétés non cotées, la liberté économique doit primer et à mon sens aucun droit naturel ou logique utilitaire ne sauraient être invoqués! 


A propos du Cercle Suisse des Administratrices:
Le Cercle Suisse des Administratrices regroupe des femmes expertes ou dirigeantes, aux compétences recherchées par les conseils d'administration d'entreprises et d'organisations. Par ses actions concrètes, le Cercle favorise l'accession des femmes aux postes de gouvernance sur la base de leurs compétences. Leader d'opinion en matière de diversité et de gouvernance en Suisse Romande, ses membres se mettent à disposition de l'économie pour participer activement au développement de nos entreprises et organisations. Il n'est désormais plus possible de dire que les femmes ne sont pas assez nombreuses à vouloir s'engager ou encore qu’il est difficile de les trouver.

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