Bilan

Apprendre à ne plus se faire marcher sur les pieds

Scoop: l’affirmation de soi ne s’apprend pas par la lecture d'un article. Mais rien de tel que quelques conseils pour savoir comment la travailler.

Vous avez encore accepté de traiter un dossier ou une situation qui n’est pas de votre ressort juste pour aider un collègue ? Vous gardez vos petits-enfants un week-end sur deux? Voilà six mois que vous aimeriez bien trouver un moment ‘juste pour vous’…? Vous répondez oui à toutes les invitations avant de décliner en dernière minute parce que parfois elles se chevauchent?

Le point commun de toutes ces situations, qu’elles soient professionnelles ou personnelles: la difficulté à s’affirmer. A une époque où les sollicitations ne manquent pas, et où la charge mentale est clairement identifiée comme l’un des freins à la carrière professionnelle d'une femme, l’affirmation de soi, plus qu’un trait de caractère, apparaît comme une compétence indispensable.

Comment la définir ? «C’est la capacité d’exprimer ses émotions, ses pensées et ses opinions, de défendre ses droits tout en respectant ceux des autres, ceci de façon directe, honnête et appropriée», estime Mireille Régis, psychologue en entreprise et fondatrice de Walk2talk.ch, service de consultation psychologique en plein air.

Si sur le papier, ce programme paraît évident, en pratique, c’est tout autre chose. Par peur de blesser, horreur du conflit, ou méconnaissance de ses besoins, s’exprimer honnêtement est parfois difficile. Sans compter certains mécanismes pernicieux comme «le renforcement positif des comportements soumis antérieurs», explique Mireille Régis, c’est-à-dire le fait d’accepter certaines situations inconfortables «parce que la docilité ou l’obéissance dont on a fait preuve auparavant ont toujours été récompensés.» Insidieux, mais ravageur.

Pour sortir de ces cercles vicieux, quelques pistes à explorer.

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«Poser des questions ne veut pas toujours dire qu’on a pas les compétences pour une tâche, cela montre aussi notre intérêt et notre capacité à exprimer nos propres limites et à y trouver des réponses», souligne Mireille Régis. DR[/caption]

1-Travailler la conscience de soi

Elle permet évidemment de se connaître, d’être à l’écoute de soi et de connaître ses besoins. Aujourd’hui, les cours de pleine conscience et de méditation pullulent. In real life ou via des chaînes You Tube, des apps ou des podcasts, selon les envies et les possibilités de chacun. La conscience de soi c’est aussi apprendre à connaître ses capacités et ses limites, afin de «ne pas s’engager dans des tâches que nous n'avons pas le temps de faire, ou pour lesquelles nous n’avons pas les compétences», note Mireille Régis. Et inversement, c’est savoir regarder avec lucidité tout ce que nous donnons déjà : avez-vous déjà listé tout le temps que vous consacrez aux autres –amis, famille, collègues- parfois sans contrepartie? Un exercice pas si anodin.

2-Savoir s’exprimer

Si on sait s’écouter, encore faut-il pouvoir se faire entendre. Pour cela, parlez en ‘je’ plutôt qu’en ‘tu’. Par exemple: dire d’abord «je suis fatiguée» plutôt que «quand en as-tu besoin?», lorsqu’on vous sollicite.

Il faut aussi oser questionner ! «Poser des questions ne veut pas toujours dire qu’on n'a pas les compétences pour une tâche, cela montre aussi notre intérêt et notre capacité à exprimer nos propres limites et à y trouver des réponses», souligne Mireille Régis. Avant de dire oui à une nouvelle mission, assurez-vous d’en avoir bien compris toutes les dimensions, tenants et aboutissants pour votre propre situation. Prendre la parole de manière affirmée est également une compétence à ne pas négliger.

3-Négocier

Parfois refuser une tâche n’est tout simplement pas possible. Dans ce cas, temporisez. Apprenez à négocier: vous le faites pour un contrat, un salaire; il faut apprendre à l’appliquer dans tout rapport de force, et au travail, un grand nombre de situations sont des rapports de force, que vous l’envisagiez ainsi ou non.

Dire oui tout de suite, au travail ou dans la vie privée, vient d’une conception parfois dysfonctionelle voire compulsive des rapports humains. «On est élevé à faire tout ‘vite’ ; depuis tout petit on nous dit ‘viens petit, on va vite à la Migros’, ou ‘je t’amène vite à la crèche’, ‘on va vite dire coucou à grand maman demain’. Pourquoi toujours faire tout vite ? Avec ces phrases qu’on entend depuis petit, on apprend que si on ne fait pas les choses vite, on ne sera pas aimé. On a tendance à dire oui à tout pour pouvoir ‘vite’ répondre à la sollicitation, sans même se poser la question des rôles et des responsabilités», analyse Mireille Régis.

4-Déculpabiliser

La culpabilité croît comme une mauvaise herbe qui finit par tout envahir, y compris votre inconscient. Evitez de vous excuser à tout bout de champ, surtout lorsque vous n’avez aucune responsabilité dans une situation d’échec. Vous n’y arrivez pas ? Apprenez à différencier votre ‘zone d’apprentissage’, qui sert à vous améliorer, de votre ‘zone de performance’. «La vraie confiance en soi vient en façonnant un apprentissage continu. Et si, au lieu de passer nos vies à faire, faire, faire, performer, performer, performer, nous passions plus de temps à explorer, à demander, à écouter, à expérimenter, à remettre en question, à lutter et à devenir ? », suggère ainsi l’entrepreneur Eduardo Briceno dans un Tedx Talk.

Enfin rappelez-vous que si on ne peut jamais plaire à tout le monde, la confiance en soi, elle, est un ‘cadeau des autres’, comme l’explique le philosophe Charles Pépin. Loin d’être une donnée ou une compétence que vous maîtrisez à vous toute seule, elle se construit dans le temps, et avec les autres. Autrement dit: si s’affirmer est une compétence qui se travaille, la confiance en soi, son corollaire, ne dépend pas que de vous. C’est le travail d’une vie.

 

Camille Andres

JOURNALISTE

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