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Apprendre à composer avec les jeux de pouvoir

Parce plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures ? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices.

Christine Deuschel est active dans les conseils d'administration de startups et de PME.

Crédits: Cercle Suisse des Administratrices

Cette semaine rencontre avec Christine Deuschel, une administratrice au profil scientifique. Après un doctorat de Chimie à l’Université de Fribourg et des études post-doctorales à l’université de Berkeley en Californie, elle a obtenu un MBA à HEC Lausanne et suivi plusieurs formations sur les conseils d’administration, à l’IMD, l’ACAD et à la Board Academy start up.

Passionnée par l’innovation dans les sciences de la vie, Christine Deuschel nous fait part de son expérience de membre de conseil d'administration dans des startups et PME, parmi celles-ci, Biocartis qui a levé en 2015 100m€ lors de son IPO. Elle a occupé le poste de «Senior Vice President, Portfolio & Project Mangement Office» auprès de Debiopharm International SA jusqu’en 2017. En 2018, après une carrière de 23 ans dans la biotech, la medtech et la pharma, Christine rejoint la Vice-Présidence de la Fondation Eclosion, incubateur des Sciences de la Vie à Genève. Aujourd’hui consultante indépendante, elle est toujours active dans diverses compagnies toujours biotech et medtech.

Comment êtes-vous devenue administratrice ?

J’ai fait mes premiers pas en 2004 dans le Conseil d’Administration d’une biotech en tant que secrétaire du Conseil et membre de l’équipe dirigeante, c’est là que j’ai attrapé le virus. Par la suite j’ai représenté Debiopharm dans deux Conseils d’Administration de sociétés de diagnostics. Plus récemment, Monica Malacarne, Présidente de la Fondation Eclosion m’a contactée, via le Cercle Suisse des Administratrices (CSDA), pour rejoindre leur Conseil. J’ai aussi eu un coup de cœur qui m’a poussé à rejoindre le Conseil d’une entreprise qui peut améliorer la qualité de la vie des femmes africaines en les déchargeant de la lourde tâche de porteuses d’eau.

Qu'est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction ?

La stratégie d’entreprise, qui est au cœur du conseil, ma motivation : créer de la valeur tout en satisfaisant les attentes des actionnaires, de l’équipe dirigeante et des employés de la société, qui sont par ailleurs, la véritable valeur de l’entreprise. Travailler avec une équipe pluridisciplinaire de compétences et d’horizons divers est également très stimulant. Il faut sans cesse se remettre en question.

Quelles sont les compétences clés, et la valeur ajoutée que vous apportez au CA ?

J’apporte mon expertise métier (développement de médicaments, business, gestion des risques, gestion de portefeuilles) ainsi que mes compétences entrepreneuriales. Ayant occupé diverses positions dans des domaines variés des sciences de la vie, je contribue à construire et à transmettre une vision globale des enjeux de la société. Ma créativité me permet d’élaborer des solutions audacieuses et de motiver les équipes à délivrer les résultats attendus. Je porte également beaucoup d’importance à la rigueur et à l’éthique.

Quelles sont les difficultés de cette fonction, les défis que vous avez rencontrés ?

Il faut non seulement comprendre rapidement le business de l’entreprise, mais aussi saisir la culture du conseil avant de pouvoir interagir efficacement. Très souvent la bonne gouvernance au sein des CA est négligée. Les startups en sciences de la vie ont besoin de financements très élevés avant d’atteindre le break-even. Leurs conseils sont souvent composés d’investisseurs (VC) qui n’ont pas toujours les mêmes agendas et les mêmes objectifs, il faut être capable de savoir saisir et composer avec les jeux de pouvoir.

Anticiper le/ ou les marchés porteurs alors que le développement peut prendre encore de longues années et ne pas se disperser est un véritable challenge pour les jeunes entreprises dans la biotech.

Quelles est votre meilleure bonne pratique en termes d’obtention de mandat dans les CA ?

Il est indispensable de se faire connaître via un réseautage actif et de participer à des associations telles que le Cercle Suisse des Administratrices. Il faut non seulement être visible, mais faire savoir que l’on est disponible pour des postes de conseil d’administration. Les bonnes pratiques du CA cela s’apprend, donc compléter son éducation avec des cours ad hoc est indispensable.

Quelles sont les grandes préoccupations actuelles des organes stratégiques des entreprises ?

Une bonne gouvernance est essentielle au bon fonctionnement de l’entreprise et de son conseil d’administration. L’innovation couplée à l’exploitation de nouvelles technologies sont les principales priorités des entreprises des sciences de la vie. Dans cette industrie le défi est de taille car les investissements sont considérables, le taux d’attrition est important, et il faut de nombreuses années pour amener un produit sur le marché. Pour ces entreprises, les changements dans les réglementations et les politiques de remboursement auront également un impact majeur dans la rentabilité des investissements.

Que manque-t-il pour que les CA d'entreprises suisses comptent davantage de femmes ?

Pour constituer un CA équilibré, il est nécessaire d’évaluer les besoins de façon systématique et recruter en fonction des compétences requises et non pas seulement via les contacts personnels. Au niveau des sciences de la vie, le nombre de femmes CEO est également très faible, il faut commencer par leur donner confiance afin qu’elles puissent exploiter leur potentiel. Heureusement la situation évolue et dans l’Arc lémanique, j’ai rencontré plusieurs femmes CEO extraordinaires.

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