Bilan

Angela Au-Yeung, championne de la mobilité

La nouvelle cheffe digitale de Vacheron Constantin a fait tout son parcours dans le commerce digital en Asie. elle veut rajeunir la marque.

Crédits: Vacheron

Angela Au-Yeung est arrivée il y a quinze mois chez Vacheron Constantin à Genève, où elle occupe la fonction de chief digital officer. Un changement notable pour la prestigieuse maison horlogère fondée en 1755, qui mise ainsi sur une femme dirigeante, chinoise, anglophone, et a créé à cette occasion un nouveau poste. 

La nouvelle responsable digitale a déménagé de Shanghai, mais son background est diversifié culturellement, ayant travaillé à l’international. «Cela m’a néanmoins pris quelque temps pour opérer la transition vers la culture suisse et la culture francophone, mais l’équipe m’a beaucoup soutenue», confie-t-elle. Née à Hongkong, sa famille a beaucoup bougé, entre la Chine et les Etats-Unis. Elle s’intéressait avant tout aux sciences, puis à la linguistique, domaine où elle a obtenu sa licence universitaire à Hongkong en même temps qu’une licence d’études internationales, avant de décrocher un master en muséologie à l’université américaine Johns-Hopkins. «J’ai suivi mes passions plutôt que de viser des diplômes liés à une carrière précise», raconte-t-elle. 

S’ensuit une période où, hyperdynamique, elle passe d’un travail à l’autre. «Je saisissais les opportunités qui se présentaient, ce qui étonnait mon entourage mais qui s’est avéré très formateur.» Elle débute dans une agence de relations publiques, apprend les ficelles du secteur publicitaire, travaille avec des annonceurs (banques, hôtels), participe à des campagnes globales pour des groupes comme eBay. Hongkong était un fantastique terrain de jeu où le digital était en plein décollage. Travaillant pour un site de vente de cosmétiques, elle approfondit son expérience dans le domaine de la vente. 

A 28 ans, elle s’installe à Shanghai, se rapprochant des clients finaux et travaillant avec des marques américaines aussi importantes que Timberland ou North Face pour les aider à pénétrer le marché chinois. C’était il y a huit ans. Les multiples fonctions qu’elle occupe durant ces années incluent la mise en place d’une plateforme digitale à partir de zéro, le rachat d’une société chinoise en faillite, le travail au sein d’une startup. L’esprit entrepreneurial est inscrit dans son parcours, liant dès le départ commerce traditionnel et digital. «La composante digitale, importante, devait toujours être très intégrée avec la distribution offline», résume-t-elle. 

«Je me suis fait confiance»

Quand Richemont la recrute en 2012, elle entre dans le monde du luxe haut de gamme, au moment où le groupe suisse veut monter une plateforme digitale pionnière en Chine. Elle met en place toute l’équipe de l’e-commerce et, au bout de quatre ans, ils sont déjà 85. C’est à la suite de ce succès qu’elle rejoint Vacheron Constantin fin 2017. «Je me suis fait confiance en me disant que je pouvais le faire, mais aussi en me reposant sur l’esprit d’équipe et une culture entrepreneuriale.» 

Pour construire le «Vacheron digital», Angela Au-Yeung met l’accent sur la communication avec les clients et l’engagement de ces derniers, le renforcement de l’identité digitale de la marque, les collections, les événements, et l’interaction avec les jeunes générations. L’occasion pour elle de déployer son expertise des clients chinois natifs digitaux. «Ce sont eux les clients futurs, sur lesquels il faut miser. En Chine, Vacheron jouit d’une notoriété auprès des jeunes clients. La deuxième génération a hérité de grosses fortunes. Une partie dépense à tout-va en produits de luxe, l’autre veut créer plus de valeurs et investit dans l’entrepreneuriat. Nous voulons ces clients. Ils utilisent leur téléphone sans cesse pour travailler, il faut donc être présent sur mobile.» Son autre source d’information précieuse: discuter avec les ambassadeurs de la marque en boutique afin de rester proche des préoccupations des clients de la maison, qui utilisent aussi bien l’online que l’offline.  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

Du même auteur:

L'INSEAD délivre 40% de MBA en Asie
La bombe de la dette sera-t-elle désamorcée ?

Newsletter Femmes Leaders

Retrouvez chaque semaine les conseils et analyses de la rubrique Femmes Leaders

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."