Bilan

Vers des salaires «à la carte» en Suisse?

Les offres de rabais et autres avantages destinés aux employés se développent dans le pays. Ils pourraient ouvrir la porte à des rémunérations plus flexibles, sur le modèle de l’Europe du Nord.
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  • Ivan Brustlein. Fondée depuis à peine plus d'un an, la startup Swibeco travaille déjà avec plus de 30 sociétés, dont Altran ou encore BG Ingénieurs Conseils.

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  • Christophe Lukundula, CEO de Kireego, qui «touche plus de 40 000 employés en Suisse».

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Lentement, mais sûrement, la flexibilisation du salaire gagne du terrain en Suisse. Entre 2002 et 2014, la part de salariés suisses au bénéfice d’un bonus est passée de 25,5 à 35,1%, pour un montant moyen de 8346  francs. En revanche, les compléments salariaux offerts par les entreprises à leurs employés restent encore relativement modestes en comparaison internationale. Selon le baromètre salarial Jobcloud 2016, ces «fringe benefits» (compléments de salaire) représenteraient 4,4% du salaire brut en Suisse.

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Pour Daniel Cerf, directeur du HR Bench Institute qui mesure annuellement les pratiques RH (ressources humaines) en Suisse, ce levier pourrait être mieux exploité dans un contexte de faible hausse des salaires: «Avec les restrictions budgétaires, les RH ont tendance à rogner sur les fringe benefits. Pourtant, donner un choix à l’employé d’accéder à des avantages personnalisés est capital pour valoriser la «marque employeur».

Surtout en période de stagnation salariale, comme ces dernières années, où il faut savoir trouver des moyens alternatifs de se différencier pour attirer et retenir les collaborateurs. Toutefois, on a peut-être un début de prise de conscience, puisque près d’une entreprise sur trois, parmi les 700 sondées, le fixe comme objectif de travail à court terme.» 

Application mobile personnalisée

Certaines entreprises en Suisse romande ont déjà entamé une refonte de leur programme d’avantages aux employés, en particulier via des plateformes externes plus ou moins spécialisées. Kireego met en relation des communautés privées (clubs, associations) et des prestataires, permettant d’accéder à des offres personnalisées (rabais sur des produits, abonnements de fitness, banques, assurances, hôtels…).

Le CEO Christophe Lukundula constate que ce sont les entreprises qui sollicitent aujourd’hui le plus ses services: «80% de notre revenu est réalisé avec les services RH d’une vingtaine d’entreprises (Nestlé, le CIO, Swica, Nespresso, GSK, TCS…), qui paient un abonnement annuel leur permettant de valider chaque offre et de déployer une application mobile personnalisée aux couleurs de l’entreprise. On touche plus de 40 000 employés en Suisse.» 

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La société de travail temporaire Interiman propose ainsi Kireego à ses 250 collaborateurs permanents et à 15'000 temporaires chaque année, comme le détaille Robin Gordon, CEO: «La plateforme est d’autant plus utilisée qu’à la différence d’un site intranet, l’app permet une identification ultrasimple par QR code. Les employés reçoivent sur mobile une alerte pour les nouvelles offres. C’est une manière de se différencier de la concurrence, tout en créant du lien et en renforçant le sentiment de communauté. On donne ainsi l’image d’une entreprise qui veut aller de l’avant, grâce à une offre novatrice qui laisse un large choix à l’employé.»

Face à l’intérêt croissant des entreprises pour l’externalisation des fringe benefits, certaines plateformes veulent aller plus loin, en se positionnant comme un outil RH à part entière. C’est le cas de la lausannoise Swibeco, lancée en avril  2016. La jeune pousse travaille déjà avec plus de 30 sociétés, dont Altran ou encore BG Ingénieurs Conseils, et vient de signer avec les pharmacies BENU (près de 1000 employés en Suisse).

Site web et application à l’interface très soignée, elle permet aux services des ressources humaines des entreprises clientes de piloter un tableau de bord et suivre quantitativement et qualitativement l’utilisation des prestations proposées. Swibeco propose aux employés des rabais notamment sur des primes d’assurance, l’achat et le leasing de véhicules, auprès de LeShop.ch, Salt ou encore 75'000 hôtels dans le monde.  

Avantages fiscaux

Pour Ivan Brustlein, fondateur de Swibeco, l’objectif est d’étendre les prestations proposées au-delà de simples rabais, afin que l’employé personnalise son propre package salarial, sur le modèle de ce qui se pratique en Europe du Nord (voir encadré): «Nous proposons déjà des chèques Reka et venons de lancer notre Swibeco Lunch Card, respectivement défiscalisés jusqu’à 600  francs et 2160  francs annuels. Mais nous proposons aussi un système de distribution individualisée de points, qui sont convertis soit en épargne, dans un 3e pilier par exemple, soit utilisés pour consommer à la convenance de l’employé. Nous avons demandé un «tax ruling» à l’administration pour clarifier le statut fiscal des points et leur utilisation potentielle.»

En effet, la défiscalisation est au cœur du développement des compléments de salaire. La loi suisse impose en principe de déclarer sur le certificat de salaire les avantages en nature et rabais. Toutefois, le guide d’établissement du certificat de salaire et de l’attestation de rentes – édité par l’administration fiscale – prévoit une série d’exceptions, dont les places de parc et téléphones d’entreprise, «cadeaux usuels» et billets pour des événements culturels, jusqu’à 500 francs chacun, des adhésions à des clubs jusqu’à 1 000 francs... Une opportunité d’autant plus exploitable que l’employeur y trouve également son compte, de telles prestations n’entrant pas dans le calcul des cotisations AVS et de prévoyance professionnelle.

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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