Bilan

Un modèle d'affaires qui repose sur la conscience collective

L’entreprise valaisanne Opaline produit des jus de fruits frais et locaux. Elle mise sur la conscience collective. Décryptage.
  • Opaline fait appel à des producteurs locaux et privilégie la qualité des produits utilisés. Les jus de fruits sont 30 à 40% plus chers que la normale.

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  • Sofia De Meyer a fondé son entreprise en 2011.

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Sofia De Meyer est en terrain conquis. Pas besoin de convaincre qui que ce soit aujourd’hui. La majorité des participants au workshop intitulé «business vert made in Switzerland» croit au modèle économique bien particulier que cette juriste de formation défend. A l’occasion du G21 Swisstainability Forum, mercredi passé à Lausanne, la CEO d’Opaline Factory a présenté ce qu’elle croit être la recette du succès: un modèle économique prenant en compte les critères écologiques.

La firme valaisanne produit des jus de fruits frais depuis 2011. Sa marque de fabrique? Faire appel à des producteurs locaux et privilégier la qualité des produits utilisés. Même si cela lui a déjà été proposé, pas question de délocaliser. Revers de la médaille: qui dit fruits frais et produits locaux, dit prix plus élevés. Comptez 30 à 40% plus cher pour les jus de fruits Opaline.

La jeune entreprise semble aller de bon train: la croissance double chaque année. A l’heure actuelle, une moyenne de 16'000 litres de jus de fruits est vendue chaque mois. Il existe environ 600 points de vente dans toute la Suisse, dont Manor Food en Suisse romande. D’ici l’automne, une extension est d’ailleurs prévue aux magasins alémaniques du groupe.

Entrepreneur de conscience

La recette du succès? Le modèle économique de l’entreprise, qualifié de «novateur et quasi alternatif». Il repose sur la conscience collective. Autrement dit, les personnes sensibilisées aux questions écologiques achèteront des jus de fruits Opaline, même si elles doivent sortir quelques pièces de plus de leur porte-monnaie. «Si la communication est claire et que le produit est bon, explique la CEO, le consommateur n’associera pas le prix à un frein à la consommation.» Il devient donc un acteur à part entière, participant à une économie plus écologique.

Ce qui est aussi le cas de l’entreprise. «L’entreprenariat complète l’engagement politique», lance-t-elle. Et d’ajouter: «le capitalisme est un moteur pour une prise de conscience sociétale des enjeux écologiques». Le but d’Opaline: générer des parts de marché et devenir un réel «entrepreneur de conscience».

«Tout a commencé en 2011, lorsque j’ai commencé à faire mes premiers essais de recettes dans ma cuisine», se souvient Sofia De Meyer. Elle avait auparavant développé un concept d’écotourisme, sans jamais pouvoir trouver un jus de fruits de bonne qualité pour ses clients. La suite est simple: la CEO vend le concept et se lance dans les jus de fruits. «J’ai choisi les jus de fruits, mais j’aurais pu choisir totalement autre chose, raconte-elle. Le modèle économique reste le même.»

Récompense

L’entreprise ne compte pas seulement sur la conscience collective des consommateurs. Selon Sofia De Meyer, il faut également que ses fournisseurs «croient au projet» pour que la confiance puisse se développer entre ces derniers et l’entreprise. La confiance, justement, est aussi essentielle de la part des clients. Partant du constat que le consommateur se sent aujourd’hui trahi, Opaline multiplie les animations pour présenter et faire connaître ses produits.

Pour rester compétitive, l’entreprise limite les coûts. Pas de bureaux physiques par exemple: les 6 employés travaillent de chez eux et communiquent par téléphone. Pas de ressources humaines non plus. L’entreprise se veut horizontale. La CEO souhaite d’ailleurs récompenser «équitablement», sous forme de bonus, tous ceux qui ont travaillé pour le bien de l’entreprise. Ce qui inclut les employés ainsi que les actionnaires passifs. Une récompense est également prévue pour «tous ceux qui participent au projet mais ne sont pas dans l’opérationnel». Comprenez les fournisseurs et – non, vous ne rêvez pas – les consommateurs.

Adèle Thorens, conseillère nationale (Verts/VD) et co-présidente des Verts suisses, trouve le travail de l’entreprise «exemplaire». Pourtant, «ce modèle reste encore très minoritaire et le travail à fournir est inouï», regrette-elle. En 2014, Opaline Factory a reçu le Prix Suisse de l’Ethique décerné par la HEIG-VD.

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