Bilan

Un couple arménien s’investit à Genève

Etablis en Suisse depuis 2008, deux investisseurs ont réussi à faire grandir la manufacture MCT. Leur pôle horloger occupe aujourd’hui une quarantaine de personnes.

Kristina Ripsime Ambartsumyan a racheté MCT avec son mari en 2012.

Crédits: Lionel Flusin

Tombés amoureux de la ville de Genève lors d’un voyage pour raison médicale, Kristina Ripsime Ambartsumyan et Agadzhan Avanesov s’y sont installés en 2008. Ce couple d’origine arménienne rachète alors le domaine historique des Vollandes à la route de Frontenex, avec son magnifique cèdre du Liban. Cette maison de 300 m2 classée, datant du XVIIe siècle, sera entièrement retapée par les nouveaux propriétaires.

Ils y installeront Cage Holding, leur société qui investit dans des entreprises du secteur de l’immobilier, de la banque et finance, du courtage et de l’hôtellerie. «Nous sommes constamment à la recherche d’opportunités, principalement en Russie mais également en Europe et en Suisse», explique la présidente de la holding. 

Kristina et son mari avaient 18 ans lorsque le mur de Berlin est tombé. «Nous savions que c’était le moment de trouver des opportunités de business dans des pays d’Asie centrale qui n’avaient rien, raconte la femme d’affaires. L’avantage était que nous parlions le russe, l’anglais et l’allemand couramment.» C’est donc au Turkménistan, au Kazakhstan et en Ouzbékistan que le couple s’installe pour investir dans des sociétés productrices de coton et textile. En 2003, ils vendent leur groupe afin de s’implanter à Moscou où ils se lanceront dans l’immobilier, la construction, le design et l’architecture avant de s’établir en Suisse quelques années plus tard.

Agadzhan Avanesov, époux de Kristina, est un homme discret qui apprécie peu de s’exposer publiquement. Collectionneur d’art, de voitures et de montres, l’Arménien d’origine a eu un coup de cœur pour la manufacture horlogère MCT (Manufacture Contemporaine du Temps). «Nous sommes tombés amoureux de cette entreprise qui produit uniquement 100 montres à complications par année (pour des prix allant de 40 000 à 120 000 francs)», explique son épouse Kristina. Ils rachètent ainsi la société en 2012 à son fondateur Denis Giguet.

«Ce fut très difficile au début car nous ne venions pas du sérail horloger, explique la Genevoise d’adoption. Nous ne connaissions pas les codes ni les règles du jeu, n’avions aucun contact dans ce secteur très fermé et compliqué pour les novices. La compagnie était saine mais il fallait investir beaucoup d’argent pour redémarrer ce projet lancé en 2008.»

Pari gagné pourtant aujourd’hui: toute la nouvelle production a déjà été vendue durant le SIHH et Baselworld. Sans compter que la marque indépendante est aujourd’hui l’une des seules à fabriquer entièrement ses propres mouvements à l’interne et à sortir un nouveau modèle chaque année. Par la même occasion, Cage Holding a aussi racheté deux sociétés à Neuchâtel, l’une spécialisée dans l’assemblage et l’autre dans l’ingénierie. Son pôle horloger occupe aujourd’hui une quarantaine de personnes en Suisse. 

Une histoire commencée un siècle plus tôt

Kristina Ambartsumyan évoque l’histoire de ses arrière-grands-parents, qui ont fait leurs études à Genève au tout début du XXe siècle. Son arrière-grand-père a suivi des études à la faculté de chimie alors que son arrière-grand-mère était l’une des premières femmes à terminer son cursus à la faculté de médecine. Tous deux se sont rencontrés sur les bancs de l’université, sont tombés amoureux puis ont décidé de rentrer en Arménie après leurs études.

«Mon arrière-grand-père, M. Ghazar Ter-Ghazaryan, est devenu un professeur émérite et a largement contribué au développement de la science chimique en Transcaucasie et à la mise en place d’industries chimiques», raconte un siècle plus tard son arrière-petite-fille, revenue sur les terres où se sont rencontrés ses aïeuls. «Comme eux, j’ai trouvé à Genève un esprit ouvert, une tolérance, de l’hospitalité, du respect pour la nature, une qualité dans l’éducation, une richesse linguistique et culturelle et j’en passe.» De quoi insuffler au couple d’investisseurs une réelle dynamique.  

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