Bilan

Un colonel EMG dans les assurances

Haut gradé, Pierre Zumwald œuvre à l’efficience des Rentes genevoises qu’il dirige depuis 2004. Résultat: le bilan a doublé, l’effectif est inchangé.

Pour Pierre Zumwald, «rien ne devrait être un centre de coûts».

Crédits: Lionel Flusin

Arrivé à la tête des Rentes genevoises en 2004 comme directeur général, le Vaudois Pierre Zumwald est un prodige d’efficience. Innovateur tout en puisant dans l’histoire de cette institution, pionnière genevoise de la prévoyance et des assurances, il a amélioré la productivité du groupe, ce qu’il démontre par une comparaison parlante: «En 2005, les Rentes genevoises affichaient un bilan de 1 milliard de francs et 90 millions de chiffre d’affaires, tout en employant 30 personnes. Aujourd’hui, le bilan est proche de 2 milliards, avec plus de 200 millions de chiffre d’affaires, et nous employons toujours une trentaine de personnes.»

Signe d’une gestion prudente, le degré de couverture de l’institution s’élève à 112,8%. En 2016, le groupe a connu l’un de ses meilleurs exercices, dégageant 220 millions de chiffre d’affaires grâce à une hausse des primes d’assurance-vie individuelles et une croissance des polices de libre passage. Une bonne santé garante de l’indépendance de cette entité de droit public constituée en mutuelle, qui n’a pas d’actionnaires ni de dividendes à verser, et qui peut rester fidèle à son histoire : «Il y a près de 170 ans, James Fazy a créé les Rentes genevoises sans sortir un sou des caisses de l’Etat, et aujourd’hui, c’est toujours le cas»,  Pierre Zumwald.

Au plan opérationnel, tout cela ne tient pas du miracle, mais de la bonne gestion. La règle, pour Pierre Zumwald, est que «rien ne devrait être un centre de coûts». En treize ans, le CEO a constamment revu les processus des différentes activités afin de s’assurer que chacune apporte sa contribution à l’ensemble. Pour ce natif d’Epalinges (VD) de 58 ans, qui a gradé au rang de colonel EMG, l’armée de milice a joué un rôle clé. Il évoque l’importance de la résistance physique et mentale, apprise aux cours d’état-major général.

«Sans compter le réseau que procure le parcours militaire.» Après ses débuts en informatique et comptabilité au CHUV, ce diplômé de sciences à HEC Lausanne rejoint le groupe chimique Ciba au poste d’adjoint du directeur informatique à Monthey (VS), puis c’est chez Unicible qu’il travaillera entre 1992 et 2004, dans la stratégie, les finances et comme secrétaire général.

«Lors de mon recrutement par cette société d’informatique bancaire, mon parcours militaire a été vu comme un atout, puis aux Rentes genevoises également. Les recruteurs – qu’ils soient militaires eux-mêmes ou non – tendent à voir dans les patrons ayant gradé à l’armée des leaders hors normes, car leur formation leur confère des capacités de gestion de crise.

L’armée est le seul endroit où vous apprenez le management de manière à la fois disciplinée et pratique, où vous êtes confronté à la gestion de personnes que vous n’avez pas choisies, où vous apprenez à décider. Ce que j’ai retiré de mes 1700 jours d’armée est incroyable», témoigne-t-il. Jamais autosatisfait, il complète en 2014 une thèse de doctorat à Lausanne sur le thème de la gestion des risques.

Taux technique à 0,6%

Les résultats des Rentes genevoises en 2016 doivent également beaucoup à l’attrait de produits de prévoyance avec des taux garantis, et à la bonne tenue des placements. Malgré un taux technique à 0,6%, contre 4% il y a dix-huit ans, les assurés cherchent une sécurité de leur épargne retraite. Les rentes à taux garantis ont moins le vent en poupe, mais restent un outil intéressant.

«Les rentes certaines, notamment, qui offrent un attrait fiscal, sont une forme de prévoyance qui se finance par un versement unique, qui permet de toucher un revenu fixe sur 5 à 25 ans», évoque Pierre Zumwald. Aujourd’hui, le débat s’échauffe alors que le Conseil fédéral voudrait contraindre les assurés à toucher leur retraite uniquement sous forme de rente et non plus sous forme de capital.

«La plupart de nos clients ne feront pas le choix du capital, mais de la rente, commente le CEO. Reste que l’épargnant ne veut pas être privé du choix de retirer son capital. Chez nous, vous pouvez partir avec une partie de votre capital, et rester en rente viagère avec le solde», suggère-t-il.  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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