Bilan

Uber veut garder la connexion start-up

Huit ans après sa naissance, la société est devenue un géant mondial du transport. Dans un exercice de transparence, Uber Suisse romande a ouvert ses portes à Bilan, avec accès à ses collaborateurs.
  • Le responsable Uber Suisse romande Alexandre Molla (debout), et une partie de son équipe.

    Crédits: Lionel Flusin
  • Différentes offres ont été déployées, dont UberEat pour livrer des repas.

    Crédits: Lionel Flusin

Printemps 2015, Uber est à Genève depuis moins de six mois et fait face à une fronde de la part des taxis. Ces derniers dénoncent une concurrence déloyale alors qu’Uber, par la voix de Steve Salom (manager d’Uber Suisse romande jusqu’en septembre 2016), assure que son activité est différente de celle des taxis.

Et à l’appui de ce propos, différentes offres et propositions sont déployées: UberEat pour livrer des repas, UberTREES pour les sapins de Noël, UberLaundry pour le pressing… Cette dernière opération conduite pour la première fois le 13 avril 2015 (et rééditée le 10 octobre 2016) a été menée en partenariat avec une start-up suisse, On My Way. Pour son fondateur, Cédric Rimella, le partenariat allait de soi: «Pour une jeune pousse comme la nôtre, Uber est une référence par sa capacité à proposer au client une solution facile via des solutions digitales. Nous étions en contact pratiquement depuis la création de la société et, quand l’opportunité s’est présentée, nous avons immédiatement sauté sur l’occasion.»

Même écho favorable quelques mois plus tard auprès de Batmaid. Andreas Schollin-Borg, cofondateur de la société qui propose des services de ménage via une plateforme en ligne, s’est appuyé sur la tradition américaine du «Clean your Fridge Day» («Journée du nettoyage du réfrigérateur») pour monter le partenariat le 15 novembre 2016: «Nous avions cette occasion en faisant connaître cette journée en Suisse, et nous avons proposé cela à Uber qui a immédiatement accepté et trouvé des chauffeurs partants pour conduire chez les clients des femmes de ménage pour nettoyer le réfrigérateur.» 

Un écosystème ouvert

Du côté d’Uber, ces opérations sont du ressort d’Eric Roditi, chargé du marketing, et d’Alice Valenti. Cette dernière détaille les enjeux de tels partenariats. «Pour ces jeunes pousses, une opération avec Uber leur offre une visibilité supplémentaire et un gage de sérieux à d’éventuels interlocuteurs, et pour nous ça nous permet de réaffirmer notre ancrage suisse, de démontrer que nous sommes ouverts à d’autres idées et que notre app est un levier puissant et efficace.»

Pour elle qui a travaillé pour Uber à Milan avant de rejoindre Genève, chaque action doit s’inscrire dans un contexte local: «En Italie, Uber a livré des panettones lors d’une opération spéciale, ici à Genève nous livrons des marmites pour l’Escalade.» D’autres opérations peuvent inspirer des collègues Uber ailleurs dans le monde: les équipes de Genève ont été les premières à proposer une offre en lien avec le pressing et d’autres antennes ont repris ailleurs dans le monde.

Ce lien avec les start-up a aussi poussé Uber à mettre sur pied UberPITCH: des rencontres entre start-up et investisseurs dans une voiture Uber qui circulait pendant une journée sur le campus de l’EPFL au printemps 2016. Andreas Schollin-Borg a d’ailleurs «pitché» ce jour-là à l’arrière de la berline: «Une expérience nouvelle car on est en mouvement.»

Et au sein de l’entreprise, cette mentalité start-up reste de mise: «Tous les trois mois, l’entreprise n’est plus la même: nous devons constamment nous poser la question de comment nous adapter, quelles solutions trouver…  Ne pas devenir une entreprise comme les autres mais rester agiles, conserver l’esprit pionnier», confie Eric Roditi.

Cette mentalité de pionnier, Guillaume Malfait a pu la découvrir récemment dans le berceau d’Uber. Recruté cet automne, il a pu, comme tous les nouveaux employés, passer une semaine à San Francisco et rencontrer  le fondateur Travis Kalanick. Dès son retour, il a travaillé sur plusieurs opérations, dont les Saturnales, afin de permettre aux étudiants de rentrer sans danger dans la nuit après avoir célébré la fin de l’année. S’il avoue n’avoir «jamais jusque-là formé de staff», il insiste sur l’importance de l’apprentissage par l’expérience, le «learning by doing». Et sur la complémentarité de chaque membre de l’équipe: «A chaque fois qu’on parle à une personne, on comprend instantanément pourquoi elle a été recrutée, quel est son talent.»

A la recherche de chauffeurs

Le talent de Chloé Baruchel, c’est de savoir trouver de nouveaux chauffeurs qui vont utiliser l’app. Actuellement, il y aurait autour de 1000 chauffeurs qui utiliseraient l’app sur le pourtour lémanique. «A chaque fois qu’on a des questions, on leur explique que plus on aura de chauffeurs utilisant l’app, plus rapide sera la prise en charge des clients et donc leur satisfaction… et donc plus cela va générer de demande de transport», argumente la jeune femme. Pour atteindre de nouveaux chauffeurs potentiels, elle utilise trois canaux différents: la publicité et les annonces payantes, les parrainages de chauffeurs qui utilisent déjà l’app, et la croissance organique.

Une démarche cruciale à plus d’un titre. «Chaque mois, 3000 nouveaux téléchargements de l’app Uber sont mesurés en Suisse romande. Il faut être capable de proposer à ces nouveaux utilisateurs des courses rapidement, donc d’avoir un maximum de chauffeurs disponibles», précise Eric Roditi. Et aussi de pouvoir disposer d’une flotte suffisante pour des événements comme les Saturnales où la demande est importante sur une soirée en plus de l’activité normale. 

Quid des voitures autonomes?

Pour adapter la flotte aux besoins, la solution des voitures autonomes n’est pas écartée par Alexandre Molla, qui a succédé en septembre 2016 à Steve Salom à la tête d’Uber Suisse romande: «Evidemment que c’est une solution d’avenir, ne le nions pas. Mais les véhicules autonomes, ce n’est pas pour tout de suite, nous n’en sommes qu’aux essais actuellement dans certaines villes américaines. Alors oui, ça viendra, mais graduellement, à l’horizon 2025 ou 2030 en Europe sans doute», concède-t-il, avant d’ajouter que, «si certains métiers vont disparaître avec la technologie, d’autres vont apparaître», et de citer les cochers et écuyers qui appartiennent au passé, tandis que des millions de développeurs sont recrutés chaque année.

Alexandre Molla a «ouvert» Uber dans huit villes de province en France. Ce Lyonnais de 33 ans avoue s’être «pris des murs en France pendant trois ans». D’où sa surprise depuis son arrivée en octobre: «Je trouve ici une volonté de consensus et de pragmatisme de la part de toutes les personnes concernées.» Un terreau dans lequel il se voit bien «poursuivre la dynamique innovante afin de rester nous aussi une start-up, aussi agile, réactive et innovante que celles avec qui nous travaillons ici sur le terrain suisse».   

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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