Bilan

Tout ce qu’il touche se transforme en or

Le Finlandais Jari Ovaskainen est devenu millionnaire à de multiples reprises grâce à ses investissements dans les start-up des jeux mobiles en Finlande et de la science en Suisse.
  • Etabli à Genève, Jari Ovaskainen a été nommé business angel européen de l’année 2014.

    Crédits: Lionel Flusin
  • L’équipe de Preon Capital: Alberto De Min, Pierluigi Catastini, Francisco Tajada et Stefano Torre.

    Crédits: Lionel Flusin

Quand on évoque l’écosystème de l’innovation en Suisse, c’est souvent à propos d’une technologie révolutionnaire ou d’une levée de fonds spectaculaire. Beaucoup plus rarement à propos d’un retour sur investissement de type «fois 100» ou plus. Arrivé discrètement à Genève via Londres en 2004, le Finlandais Jari Ovaskainen appartient à cette catégorie rare d’investisseurs qui ont réitéré des multiples phénoménaux sur certains de leurs investissements. Cela l’a amené à faire fortune puis à créer un family office, Preon Capital, au bout du lac. 

Un premier «fois 100», un deuxième «fois 1000»

Quand il arrive à Genève en 2004, Jari Ovaskainen n’a encore réussi qu’un gros coup. D’abord consultant chez Accenture, il s’est lancé dans l’aventure entrepreneuriale en créant en 1999 un équivalent de Yahoo! en Finlande: Iobox. Il le revendra en juillet 2000 à Terra Mobile, filiale de Telefonica, pour 230 millions d’euros. Un exploit si l’on se souvient que la bulle internet a commencé à se dégonfler quelques mois avant et que cette transaction est payée en cash et non en actions. 

Ayant réussi ce premier «fois 100» sur un investissement, Jari Ovaskainen est propulsé au rang de business angel star dans son pays d’origine. On n’a pourtant encore rien vu. S’il commence par investir dans les sciences de la vie, le naufrage de Nokia fait paradoxalement émerger dans le domaine du logiciel une multitude d’opportunités. «La montée et la chute de Nokia ont créé et inspiré une génération de talentueux experts numériques en Finlande qui avaient besoin de se réinventer», explique-t-il.

C’est de cela qu’est sorti Rovio, et son fameux hit: le jeu Angry Birds. En 2011, quatre technologistes finlandais qui ont compris la leçon de Nokia et du smartphone fondent à leur tour Supercell, qui va faire du jeu gratuit Clash of Clans un succès mondial. Ayant investi dès le départ dans ce studio, Jari Ovaskainen en voit la valorisation décoller pour atteindre 3,1 milliards de dollars lors du rachat de 51% des actions par le japonais Softbank fin 2013 et même plus de 10 milliards lors de la vente de l’entreprise au chinois Tencent en juin 2016. Son multiple dépasse les 1000 fois. Entre-temps, il est nommé business angel européen de l’année 2014. 

Chasseur de truffes

«Le secret, explique Jari Ovaskainen, est d’investir de petits montants dans chaque entreprise. Cela vous rend plus tolérant aux pertes. Mais pour être significatifs, ces investissements doivent intervenir très tôt, quand l’entreprise est à peine plus qu’une idée sur un PowerPoint.» Ces «idées», Jari Ovaskainen en a financé une quinzaine. Beaucoup dans l’écosystème du gaming finlandais comme PlayRaven, Miivies ou Boomlagoon (qui vient d’être revendu) ainsi que Next Games et Snowprint Studios. D’autres relèvent de l’économie numérique: le site Stylewhile (mode), the Button Corporation (internet des objets) ou DoReMIR (musique en ligne). 

En Suisse, où l’équipe de Preon Capital est, pour moitié, composée d’anciens du CERN, ses investissements sont au contraire orientés sur la science. «Je crois que cette région est unique en Europe pour ses start-up issues d’un terreau scientifique et académique à cause du CERN et de l’EPFL.» C’est ce qui l’a conduit à entrer au capital du spin-off du CERN dans la médecine nucléaire Advanced Accelerator Applications (AAA) et dans celui de l’EPFL dans la génomique GenomSys. 

Le premier ayant réussi son introduction en bourse l’an dernier et le second étant particulièrement prometteur, le taux de succès de Jari Ovaskainen avec ses start-up – qu’il appelle des «truffes»  – est si élevé qu’il lance maintenant un nouveau véhicule: Truffle Pig Ventures. Cela ne l’empêche pas d’investir dans d’autres instruments comme un hedge fund «maison»: Agilis. Comme l’algorithme du roman de Robert Harris L’indice de la peur, il a été construit par des physiciens du CERN.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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