Bilan

Tornos replonge dans le rouge et mise sur la délocalisation

Le groupe Tornos entend poursuivre l'expansion de sa production à partir de ses sites asiatiques, pour ne conserver à terme en Suisse que celle des machines haut de gamme.

Le groupe Tornos a bouclé 2016 sur une perte nette de 3,6 millions de francs, contre un bénéfice de 0,9 million l'exercice précédent.

Crédits: Keystone

Le groupe Tornos a bouclé 2016 sur une perte nette de 3,6 mio CHF, contre un bénéfice de 0,9 mio l'exercice précédent. Le constructeur de machines-outils prévôtois explique que si ses progrès "ne se reflètent pas dans les chiffres", cela est dû à la "grande réserve" de la part des investisseurs.

Face à un contexte économique défavorable et des résultats jugés décevants par la direction, Tornos doit encore raboter ses coûts et augmenter sa flexibilité. Le groupe entend poursuivre l'expansion de sa production à partir de ses sites asiatiques, pour ne conserver à terme en Suisse que celle des machines haut de gamme.

"L'externalisation est la seule réponse possible face à la volatilité du marché pour renouer avec la rentabilité", a assuré mardi lors d'une conférence de presse le directeur général (CEO) Michael Hauser. Sur l'exercice écoulé, le groupe a réduit de 44 équivalents temps plein (ETP) ses effectifs en Suisse pour les ramener à 353, sur un total de 631.

Une tendance appelée à se poursuivre, a déclaré le président François Frôté. Entre 2012 et 2016, le volume de production a augmenté de deux tiers, alors que le personnel a été réduit de près d'un quart (-22%) au niveau du groupe et de près de moitié (-49%) en Suisse. L'objectif est de conserver en Suisse uniquement la production des machines haut de gamme.

Les chiffres de vente, publiés fin janvier, faisaient état d'une baisse des recettes de 16,9% à 136,2 mio CHF et des entrées de commandes de 16,6% à 133,5 mio. Le résultat opérationnel (Ebit) s'inscrit à -3,0 mio, contre un bénéfice de 2,4 mio en 2015. La copie rendue par Tornos s'inscrit peu ou prou dans le cadre des pronostics des analystes consultés par AWP.

Le plan de réduction des coûts introduit en janvier 2016 a porté ses premiers fruits. Les charges ont pu être ramenées à 44,7 mio CHF, en baisse de 6,4%. Des économies ont été réalisées notamment dans la vente et le marketing (1,0 mio), la recherche et le développement (0,9 mio) et l'administration (1,0 mio).

Durant l'année sous revue, le groupe a par ailleurs vendu pour 1,9 mio CHF d'immeubles non utiles à l'exploitation, dégageant un bénéfice de 1,1 mio.

Manque de visibilité

Pour l'exercice en cours, la direction évoque des perspectives "difficiles à établir" en raison de l'influence de facteurs exogènes sur la conjoncture et sur la propension à investir. "La retenue dans les investissements reste de mise au sein de l'industrie automobile et le secteur horloger ne montre lui non plus toujours pas de retournement de tendance dans ce domaine", relève Tornos dans son communiqué.

S'appuyant sur la "forte augmentation" des entrées de commandes au 4e trimestre, le groupe s'estime "bien positionné" sur tous les segments de marché grâce aux nouvelles machines commercialisées en 2016 et se dit "préparé pour faire face à une reprise de la demande", mais ne s'aventure pas sur le terrain des prévisions chiffrées pour 2017.

Le patron de Tornos estime que la réticence à l'investissement des fournisseurs de la branche automobile est à mettre sur le compte des incertitudes qui ont suivi le scandale du "dieselgate". Toutefois, la demande du secteur en tourneuses multibroches a connu un regain au dernier trimestre 2016 et sur les deux premiers mois de 2017.

M. Hauser voit un fort potentiel dans l'avènement de la mobilité électrique. Non seulement, le système de propulsion de nouveaux véhicules fait appel à un nombre croissant de composants électroniques, mais de manière générale les voitures sont équipées de plus en plus de servomoteurs, explique le CEO.

Si les analystes ne se montrent pas surpris, ils ont en revanche de la peine à dégager des aspects positifs.

Les résultats sont aussi décevants que prévu, commente Pascal Furger de la banque Vontobel. Même avec de nouvelles économies et des mesures d'efficience, il faudra au groupe un sursaut des entrées de commandes pour espérer renouer avec les bénéfices, prévient l'expert.

Pour la Banque cantonale de Zurich (ZKB), la performance de Tornos montre que l'entreprise est toujours aux prises avec sa masse critique et que la transformation en cours n'a pas encore porté ses fruits. L'analyste Alexander Koller souligne que seule la patience de son actionnaire de référence Walter Fust (à 45%) évite à Tornos de devoir recourir à l'emprunt. Selon lui, la valorisation du titre peut sembler avantageuse, mais elle est justifiée au vu des risques.

Les investisseurs n'ont pas non plus semblé convaincus. A 14h40, la nominative Tornos accusait un repli de 2,5% à 3,57 CHF, alors que le SPI évoluait proche de l'équilibre (-0,09%).

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