Bilan

Tesla déplace le coeur de l'auto américaine vers la Silicon Valley

L'ascension de Tesla, en passe de ravir à General Motors le titre de premier constructeur automobile américain, symbolise la révolution en cours dans l'industrie.

Tesla, qui pourrait lancer sous peu un service de voiture autonome à la demande, serait le groupe le mieux placé pour bénéficier de cette transformation.

Crédits: AFP

Tesla est en passe de ravir à General Motors (GM) le titre honorifique de premier constructeur automobile américain par capitalisation boursière, une ascension symbolisant la révolution en cours dans une industrie dont le coeur bat désormais à la Silicon Valley plutôt qu'à Detroit.

Le spécialiste des véhicules électriques, lancé en 2003 et dirigé par le milliardaire d'origine sud-africaine Elon Musk, a supplanté lundi en terme de valeur en Bourse Ford, à l'origine de la production de voitures en série et de l'assemblage à la chaîne introduites avec la Ford T il y a plus d'un siècle.

Tesla était valorisé 48,63 milliards de dollars à la clôture de la Bourse lundi contre 45,47 milliards à Ford. Des chiffres qui ne reflètent pas le rapport de force: l'an dernier, la jeune firme californienne a produit quelque 84.000 véhicules pour un chiffre d'affaires de 7 milliards de dollars, contre 6,7 millions de voitures à son aîné pour 151,8 milliards de revenus.

Sur sa seule valeur en Bourse, Tesla n'est plus qu'à moins de 3 milliards de dollars de General Motors (51,19 milliards), premier groupe automobile américain en termes de ventes et troisième mondial.

M. Musk a profité de cette redistribution des cartes pour moquer les financiers ayant parié sur l'effondrement boursier de Tesla tel Jim Chanos, rendu célèbre pour avoir misé sur la chute du courtier en énergie Enron.

"Avis de tempête à +Shortville+", s'est-il amusé sur son compte Twitter en faisant allusion à la technique boursière qui consiste à gagner de l'argent en pariant sur la baisse d'une action.

GM et Ford s'accrochent 

Entamé la semaine dernière suite à un investissement de 1,8 milliard de dollars du groupe chinois Tencent, le nouvel élan boursier de Tesla a été conforté par l'annonce dimanche d'un nombre trimestriel record de livraisons de voitures (plus de 25.000 voitures au premier trimestre).

Cette flambée suggère que les marchés financiers font le pari que l'électrique pourrait remplacer à long terme le moteur à combustion et que la voiture autonome et les services à la mobilité sont l'avenir des modes de transport de demain.

Tesla, qui pourrait lancer sous peu un service de voiture autonome à la demande, serait le groupe le mieux placé, selon les investisseurs, pour bénéficier de cette transformation. La banque Morgan Stanley estime ainsi que son cours en bourse devrait monter à court terme jusqu'à 305 dollars le titre, contre 298 dollars actuellement.

Outre ses deux modèles haut de gamme - Model S et model X - Tesla doit démarrer en juillet la production du Model 3, censé lui ouvrir le marché grand public.

Cette berline, annoncée au prix de base de 35.000 dollars et pouvant parcourir un trajet équivalent à Paris-Rennes avec une seule charge, a déjà reçu près de 400.000 pré-commandes. Elle devrait aider Tesla à produire 500.000 véhicules par an à partir de 2018.

L'envolée boursière de Tesla conforte aussi le déclin de Detroit, capitale historique de l'automobile américaine, déjà bousculée par la percée des groupes japonais et meurtrie par la faillite en 2009 de GM et Chrysler.

Malgré de gros efforts pour revenir au premier plan en s'imposant par exemple comme le chantier des tests d'hiver des véhicules autonomes, "Motor City" peine à résister à la Silicon Valley dont les fleurons (Apple, Alphabet, Uber...) développent chacun le véhicule de demain.

Ford et GM, les deux membres forts du "Big Three" de Detroit, n'ont pas pour autant plié et sont en train de se renouveler.

Ils testent actuellement sur les routes américaines des flottes de voitures autonomes. Ford promet d'en produire une en masse à partir de 2021 et la destinera à l'auto-partage.

GM commercialise pour sa part une voiture électrique dont le prix de base est de 30.000 dollars une fois déduites les aide publiques, la Chevrolet Bolt.

Tesla doit encore lever un grand nombre d'incertitudes: le groupe reste très endetté, son système d'aide à la conduite Autopilot est au centre de polémiques à travers le globe et sa diversification dans le solaire avec le rachat de SolarCity doit encore faire ses preuves.

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