Bilan

Syngenta est en mains chinoises depuis 100 jours

Syngenta est aux mains de Chemchina depuis 100 jours, mais pour l'heure, la direction et la stratégie n'ont pas changé.

Syngenta profite également en Suisse du savoir-faire, de faibles impôts, d'une position centrale et de conditions idéales concernant le décalage horaire.

Crédits: Keystone

Syngenta est en mains chinoises depuis 100 jours, mais pour l'heure, pratiquement rien n'a changé au niveau opérationnel. Dans un entretien accordé à l'ats, le directeur général Erik Fyrwald se montre serein et optimiste quant à l'avenir du groupe agrochimique bâlois. Il voit la société s'épanouir en Suisse à long terme.

Erik Fyrwald vient de rentrer de Pékin, comme cela a souvent été le cas ces derniers mois. Une fois par trimestre, le directeur général de Syngenta s'envole vers la Chine, le pays du nouveau propriétaire ChemChina. "J'ai discuté avec nos équipes, des partenaires, mais aussi avec des représentants du gouvernement", explique-t-il.

ChemChina étant aux mains de l'Etat chinois, les responsables gouvernementaux sont en effet étroitement impliqués. "Les discussions ont porté sur l'industrie agricole chinoise, les objectifs que le pays souhaite atteindre et comment Syngenta peut y contribuer", indique M. Fyrwald.

Si la Chine affiche des taux de croissance très élevés, elle ne peut toutefois pas rivaliser avec les meilleurs en tant que pays agricole. L'acquisition de Syngenta répondait ainsi à une logique d'apprentissage.

"En dehors de la Chine, Syngenta n'a pas beaucoup changé", relève son directeur général. "Nos nouveaux propriétaires n'ont pas modifié l'équipe de direction et nous appliquons la même stratégie, la même vision".

La décotation du groupe de la Bourse suisse, consécutif au changement de propriétaire, ne fera aucune différence, estime M. Fyrwald. Syngenta ne va pas disparaître des radars et continuera à informer de manière transparente sur la marche des affaires.

Concernant la stratégie du groupe, Erik Fyrwald relève que les propriétaires chinois ne pensent pas en cycles à court terme et ne se focalisent pas sur les chiffres trimestriels. "Leur intérêt est un avenir sur dix ans", explique-t-il.

Sur cette période, ChemChina veut toutefois doubler son chiffre d'affaires. "C'est ambitieux, mais je vois cela positivement", note le dirigeant américain. Celui-ci voit de bonnes opportunités de développement en Chine, où l'agriculture ne dispose pas encore forcément des moyens les plus performants.

Au cours des cinq prochaines années, la Chine veut faire sortir 70 millions de personnes supplémentaires de la pauvreté. "Les petits agriculteurs jouent ici un rôle important. Voilà pourquoi nous établissons pour eux des centres de formation".

Cette vision est conforme à celle de Syngenta, qui veut, dans les grandes lignes, améliorer la sécurité alimentaire dans le monde, préserver les ressources environnementales et lutter contre la malnutrition.

Faire bouger les choses

Une vision que Erik Fyrwald a reprise à son compte. Le dirigeant, âgé de 57 ans, a pris les rênes de Syngenta en juin 2016. Auparavant, il était le président et patron de la société américaine de distribution de produits chimiques Univar.

"Oui, je pourrais maintenant me contenter de jouer au golf", souligne-t-il, interrogé sur sa motivation. "Mais cela ne serait pas quelque chose qui me rend heureux. Je veux faire bouger et améliorer les choses."

Les petits agriculteurs - pas seulement en Chine, mais aussi au Bangladesh, dans les pays africains ou en Russie - doivent pouvoir améliorer le rendement de leurs récoltes grâce aux produits de Syngenta, tout en réduisant les émissions de CO2 et en épargnant les réserves d'eau.

Cela nécessite des investissements dans les nouvelles technologies, ainsi que dans la recherche et développement, explique Erik Fyrwald. Ce dernier veut également atteindre ses objectifs de ventes grâce à des acquisitions dans le domaine des semences.

En Suisse, le rachat du groupe bâlois par ChemChina a suscité des critiques et des inquiétudes. S'élevant à 43 milliards de dollars (41 milliards de francs au cours actuel), l'opération est la plus grosse acquisition jamais lancée par un groupe chinois à l'étranger.

Les racines ne seront pas coupées, avaient rassuré les propriétaires. "Ceux-ci n'ont jamais évoqué une délocalisation du siège ou un départ de Suisse", relève Erik Fyrwald. Une telle démarche n'aurait aucun sens, dit-il, pour un groupe souhaitant se développer.

En effet, la Suisse compte l'un des trois plus grands centres de recherche, à Stein (AG), mais aussi un site pour les produits pilotes à Münchwilen (AG), ainsi que le plus important site de production mondial de nouveaux produits à Monthey (VS).

Syngenta profite également en Suisse du savoir-faire, de faibles impôts, d'une position centrale et de conditions idéales concernant le décalage horaire. "Depuis la Suisse, il est facile d'entrer en contact avec l'Asie ou les Etats-Unis", explique M. Fyrwald.

Le ressortissant américain aux racines norvégiennes, qui vit avec sa famille à Bâle, en profite également. Culturellement, la ville rhénane a beaucoup à offrir, estime-t-il. En tant que scientifique, il trouve également inspirant et intéressant d'être entouré d'entreprises pharmaceutiques et chimiques de taille mondiale.

Erik Fyrwald aime par ailleurs la Suisse pour ses montagnes, ses lacs, ses rivières, ses courtes distances et ses trains ponctuels. Pouvant se déplacer rapidement partout, il n'a pas besoin et ne veut pas de voiture. Le dirigeant aime aussi particulièrement nager dans le Rhin.

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