Bilan

Swissquote, une banque à l’ère des robots

Le CEO Marc Bürki fait évoluer sa banque en ligne, leader en Suisse, en une grande fintech.
  • Marc Bürki : «En 2016, nous visons 10% de croissance.»

    Crédits: François Wavre/Lundi13
  • Le siège à Gland (VD). Un tiers des employés travaillent exclusivement dans la technologie.

    Crédits: François Wavre/Lundi13

Marc Bürki, CEO de Swissquote Bank, nous reçoit au siège du groupe, fondé en 1990 à Gland (VD) et symbole de la réussite d’une banque suisse 100% basée sur le web, créée six ans avant Google et douze ans avant Facebook.

On est encore à la veille du Brexit. Ce jour-là, le cofondateur avec Paolo Buzzi de la première plateforme suisse de trading en ligne n’évoque pas la sortie de l’Angleterre de l’UE, qui sera finalement votée le 23 juin, mais il nous parle du football anglais. Il vient en effet de reconduire le contrat qui lie depuis 2015 la plateforme suisse avec le club Manchester United, et pour lequel Swissquote paie presque 3 millions de francs par année. «En Chine, Manchester est très regardé, explique-t-il, et nous souhaitions atteindre les clients asiatiques; on se devait donc de soutenir un club anglais.» Plus de 600 millions de personnes suivent le club de par le monde.

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Une plateforme de trading est en effet un produit difficile à vendre dans les différents pays, observe Marc Bürki, en raison de réglementations nationales très spécifiques. «Nous avons une filiale à Londres, mais elle sert uniquement à commercialiser les produits licenciés en Angleterre.» Les marchés sont cloisonnés, et il ne serait pas possible de promouvoir par exemple auprès des Anglais l’ouverture de comptes en ligne sur la plateforme Swissquote depuis la Suisse ou depuis la France.

Forte expansion du marché obligataire

Faire connaître Swissquote à l’international oblige dès lors à des stratégies de communication relativement innovatrices, à l’instar du sponsoring de football.

En Suisse, Swissquote est le leader du marché, en particulier depuis le rachat en 2013 de MIG, la plateforme de courtage de devises. Le marché suisse a la particularité de compter un niveau très élevé de personnes qui investissent à titre privé. La grande partie des clients traite des actions helvétiques, des actions américaines, et des actions européennes. «Nos clients effectuent 12 à 13 transactions par an en moyenne, estime le patron du groupe. Certains traders actifs vont jusqu’à 200 à 300 transactions, mais c’est une minorité.»

En général, les clients de Swissquote se spécialisent sur 10 titres, qui deviennent leurs titres de référence, et les suivent de très près. D’autres se spécialisent dans les devises (Forex), le pétrole ou l’or. «Dans la vie du client, les débuts se font avec des transactions simples, et puis il évolue vers des opérations plus sophistiquées.»

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Le marché obligataire a connu une forte expansion ces dernières années, tendance qu’a suivie Swissquote, qui propose sur son site 40'000 lignes obligataires de toute nature que le client peut trouver à l’aide des moteurs de recherche, par maturité, par monnaie, par sous-jacent. 

Actuellement, Marc Bürki observe, comme nombre d’acteurs sur les marchés, que la liquidité des marchés est faible. «Il y a des contraintes sur la liquidité pour des raisons réglementaires. On le voit sur notre propre titre, coté en bourse, les restrictions sur le market making nous empêchent de le rendre plus liquide. Les fournisseurs de liquidité ne pouvant pas aller au-delà d’un certain volume, on observe un assèchement sur les marchés.»

Les taux d'intérêt négatifs coûtent cher

Depuis une année, le marché suisse est en phase de correction, après avoir traversé trois années de hausse continue, interrompue brièvement par le choc du taux plancher en janvier 2015. Ce 23 juin, le choc du Brexit a quant à lui été contenu, mais ses effets se déploieront surtout si le franc suisse se renforce. En 2015, Swissquote a réalisé 145 millions de chiffre d’affaires. La politique des taux d’intérêt négatifs de la BNS lui a coûté près de 5 millions de pénalités, regrette le CEO.

Les investissements accrus du groupe vaudois dans ses bureaux extérieurs de Hongkong, Dubaï et Malte, mais aussi dans la technologie, ont réduit sa marge bénéficiaire l’an dernier. «En 2016, nous visons 10% de croissance», souligne Marc Bürki.

Un aspect clé de l’expansion d’une plateforme de trading est la facilité, pour les clients, d’ouvrir un compte. Or, la réglementation suisse n’est toujours pas au niveau des pays leaders sur ce plan comme le Royaume-Uni, selon le dirigeant de Swissquote. Jusqu’à récemment, la Finma (Autorité des marchés en Suisse) exigeait que le client fournisse une copie certifiée authentique de ses pièces d’identité, qu’il devait envoyer par courrier. La procédure durait entre dix et trente jours, alors qu’elle ne prend que quelques minutes pour une ouverture de compte auprès d’un prestataire londonien par exemple, qui ne demande que la version électronique de la pièce d’identité.

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Mais les choses évoluent. «Il y a une prise de conscience du régulateur que la Suisse n’est pas compétitive dans ce domaine. Un premier pas a été fait pour rendre l’identification des clients plus rapide, mais cela ne va pas assez loin pour nous. On peut maintenant ouvrir des comptes par correspondance, mais il faut que le premier paiement vienne d’une banque suisse. On aurait aimé qu’il puisse venir d’une banque de qualité de surveillance équivalente à la Suisse.» La Finma autorise par ailleurs désormais l’identification des nouveaux clients par vidéo. «On peut le faire en effet, répond Marc Bürki, mais on sait que cela demande une organisation interne assez lourde, avec la mise en place de protocoles.»

L’ère de la robotisation

Cela n’arrête pas Swissquote, qui se profile désormais comme une grande fintech. Le groupe a racheté deux terrains aux abords de son bâtiment à Gland, sur lesquels il accueille un incubateur de start-up qui expérimente différentes solutions susceptibles d’être intégrées par la suite à Swissquote. La vision de Marc Bürki est que certains acteurs, comme son groupe, doivent aller au bout de la tendance du big data et de la gestion algorithmique.

Dès 2010, Swissquote avait développé des solutions de gestion robotisée pour ses clients, puis tous les autres acteurs se sont faufilés dans la brèche. «Il nous faut à présent vulgariser davantage notre solution, la rendre moins complexe», estime-t-il. Swissquote travaille avec PostFinance – devenue elle-même banque en 2013 – pour développer leur nouvelle plateforme E-trading, mise en ligne en 2016. «Nous investissons beaucoup dans ce domaine, souligne Marc Bürki. Un tiers du personnel de Swissquote travaille exclusivement dans la technologie, en plus de 200 ingénieurs à l’international.»

«La machine peut battre le marché»

Le patron de la première banque en ligne observe que les grandes banques développent aussi la gestion de fortune automatisée. Des logiciels analysent les données du marché en temps réel et proposent des stratégies de placement. «Nous pensons qu’on entre très fortement dans l’ère de la robotisation», souligne-t-il, évoquant ces «modèles hybrides où l’on intègre le conseiller à la clientèle dans le processus, mais avec un ensemble d’outils intelligents qui vont l’aider à répondre au client».

Ces nouveaux services permettent aux banques de réduire le nombre de gérants. Si les grandes banques travaillent à ce modèle hybride, les courtiers en ligne historiques comme Swissquote en Suisse ou Charles Schwab aux Etats-Unis se profilent dans le big data, l’algorithme, l’analyse informatique. 

Reste la question: croit-il que l’algorithme peut faire mieux que le marché? «Oui, je pense que la machine peut battre le marché. Chez nous, dès 20'000 fr., un robot gère la fortune. On définit le niveau de risque, le secteur et le pays, et le système vous sélectionne des titres et vous crée un portefeuille géré par un robot.» Une promesse de rendement supérieur? «Non, mais une promesse de gestion du risque», rectifie Marc Bürki.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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