Bilan

Sika et Saint-Gobain trouvent un accord après plus de trois ans de litige

Sika et Saint-Gobain ont résolu vendredi le bras de fer qui les opposait depuis près de trois ans et demi sur la prise de contrôle du groupe zougois par la société française.

L'entreprise de Courbevoie acquiert pour 3,22 milliards de francs la holding Schenker-Winkler de la famille Burkard, les héritiers des fondateurs de Sika.

Crédits: keystone

Saint-Gobain, Sika et les héritiers du groupe de spécialités chimiques ont enterré la hache de guerre après près de trois ans et demi de litige sur fond de prise de contrôle. Dans un accord qualifié de "gagnant-gagnant", le géant français des matériaux de construction devient le premier actionnaire de la société zougoise, mais cette dernière conserve son indépendance.

Pour le président de Sika, Paul Hälg, "la famille obtient un peu plus qu'initialement prévu, Saint-Gobain empoche une prime et nous restons une société indépendante".

"Nous voulions entrer en négociation depuis longtemps", a admis M. Hälg. Mais depuis l'accord initial en décembre 2014 entre le groupe de Courbevoie et la holding Schenker-Winkler (SWH), deux éléments ont évolué: le cours de Bourse de Sika a dépassé le prix de vente et il n'était plus envisageable de parvenir à un épilogue judiciaire avant la fin de l'accord, a énuméré M. Hälg.

Pour Pierre-André de Chalendar, une série d'éléments ont permis de débloquer une situation qui semblait vouée à l'échec. "L'appréciation du cours de Bourse de Sika a été un facteur très important, apportant la possibilité à Sika d'offrir une prime pour changer sa structure actionnariale. Par ailleurs, le sentiment d'incertitude au niveau juridique et du timing allait croissant", a expliqué le patron français.

Selon les termes de l'accord, Saint-Gobain acquiert pour 3,22 milliards de francs SWH de la famille Burkard, les héritiers des fondateurs de Sika, qui détient 17,7% de cette dernière. Ce montant représente une prime de 500 millions par rapport au prix d'acquisition initialement convenu en décembre 2014.

Saint-Gobain revend par la suite une participation de 6,97% dans Sika à cette dernière pour 2,08 milliards de francs et s'engage à conserver les 10,75% de capital-actions et de droits de vote restants pour un minimum de deux ans. Ce montant inclut une prime de 795 millions de francs par rapport au cours de Bourse du 4 mai.

Fin de la clause d'opting-out

Concernant les droits de vote - qui se trouvaient au coeur du litige - Sika va organiser le 11 juin une assemblée générale extraordinaire afin de fusionner ses deux actions cotées à la Bourse suisse, d'annuler la close de sortie ("opting out") et la limitation statutaire de transfert des titres à 5% et de supprimer les 6,97% d'actions acquises auprès de SWH. Cette dernière s'est engagée à voter en faveur de toutes les résolutions.

Le groupe français, qui ne sera pas représenté au conseil d'administration, s'est par ailleurs engagé à ne pas soumettre d'offre publique d'achat pendant six ans.

A l'origine de cette transaction se trouve un accord conclu décembre 2014 par Saint-Gobain et SWH. La famille Burkard avait alors accepté de Saint-Gobain 2,75 milliards de francs en échange de ses parts, qui se montaient alors à 16,1% du capital et 52,4% des droits de vote. La direction et une partie du conseil d'administration de Sika s'étaient farouchement opposés à cette opération, portant l'affaire devant la justice cantonale.

La situation paraît désormais apaisée. "Toutes les options sont ouvertes. Dans l'immédiat, je suis très satisfait de notre niveau de participation", a dit à AWP le PDG de Saint-Gobain. Le patron français a cependant affirmé ne "pas du tout (être) dans l'état d'esprit d'une OPA".

Synergies importantes

Saint-Gobain, qui a réalisé une plus-value de 720 millions de francs avec cet accord, a convenu d'approfondir ses relations commerciales avec Sika.

"La participation dans Sika ouvre la porte à des coopérations entre les deux groupes. Il y a des synergies extrêmement importantes à trouver. Mais dans l'immédiat, il faut pacifier notre relation et travailler ensuite au développement de possibles coopérations sur le plan commercial et dans l'innovation", a dit M. de Chalendar, sans entrer dans le détail.

La transaction a été accueillie avec soulagement par les investisseurs et à la Bourse suisse le titre Sika s'envolait de près de 9% en début d'après-midi.

Les analystes saluaient unanimement l'accord. La Banque cantonale de Zurich a évoqué une situation "gagnante-gagnante". L'établissement ne s'attendait pas à une résolution à l'amiable. Quant à la participation du groupe français, elle ne devrait pas entraver le développement de la société de Baar.

"Le conseil d'administration ne va pas passer de mauvaises nuits en ayant Saint-Gobain comme actionnaire à hauteur de 11%", a ajouté la banque d'affaires américaine Bernstein dans un commentaire, ajoutant que cela "pourrait créer des opportunités de collaboration entre les deux entreprises".

Cette transaction "sauve la face (de Saint-Gobain) dans une opération devenant de plus en plus complexe", a souligné Bernstein. Le groupe français aurait en effet eu du mal à exercer ses droits de vote, même en cas d'avis favorable de la justice zougoise.

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