Bilan

Qui est Safra Catz, nouvelle CEO d'Oracle?

En prenant la succession de Larry Ellison, Safra Catz, qui partagera le rôle avec Mark Hurd, devient l'une des dirigeants les plus puissantes au monde. Mais qui est l'ancienne CFO du groupe?
  • Safra Catz accède au sommet d'Oracle après quinze ans au sein de l'entreprise.

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  • Larry Ellison avait choisi Safra Catz et Mark Hurd pour le seconder depuis 2010 et c'est le même duo qui lui succède à la tête d'Oracle.

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  • Safra Catz a mené le département financier d'Oracle à deux reprises entre 2005 et 2008 puis de 2011 à 2014.

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  • Safra Catz devra partager les rênes d'Oracle avec Mark Hurd, ancien de NCR Corporation et de HP.

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Si l'annonce du départ de Larry Ellison a créé la surprise jeudi 18 septembre, le nom de celle qui va lui succéder n'est par contre pas inattendu: Safra Catz va partager le rôle de CEO d'Oracle avec Mark Hurd, mais de nombreux observateurs voient dans la facette féminine du duo la réelle force du binôme.

Mark Hurd a pour lui une longue carrière dans les sociétés tech américaines, de NCR Corporation à Hewlett-Packard en passant par Teradata. Mais c'est surtout l'amitié que lui porte Larry Ellison qui lui a valu de rebondir aussi haut (co-président d'Oracle) et aussi vite (un mois d'inactivité) après sa démission forcée de HP à l'été 2010. Aux yeux de nombreux analystes, les accusations dont il a été l'objet (malversations financières, harcèlement sexuel) constituent un handicap trop lourd pour qu'il puisse être le leader du nouveau duo.

Un parcours sans faute

A contrario, Safra Catz a une aura intacte. Son parcours sans faute depuis ses débuts au sein de la défunte banque Donaldson, Lufkin & Jenrette (rachetée par Credit Suisse en 2000) jusqu'à ses multiples casquettes de dirigeante d'Oracle n'a jamais prêté laissé apparaître la moindre faiblesse. Cette native de Holon, dans la banlieue de Tel-Aviv, se présente régulièrement comme un exemple de la méritocratie américaine: arrivée aux Etats-Unis à l'âge de six ans avec ses parents, elle a suivi une scolarité exemplaire au sein de la Brookline High School (une des meilleures écoles publiques américaines) et de la Wharton School, intégrée à l'Université de Pennsylvanie. Mais son cursus ne se limite pas à l'économie: elle a également obtenu un diplôme de droit à UPenn, ce qui lui a valu d'être choisie par Larry Ellison comme sa conseillère juridique.

Au sein de Donaldson, Lufkin & Jenrette, elle se hisse progressivement jusqu'aux postes de vice-présidente senior (1994-1997) et de directrice executive (1997-1999). A la fin des années 1990, elle glisse du milieu de la finance vers le domaine de la technologie juste avant le rachat de la banque par Credit Suisse: c'est par la grande porte qu'elle entre chez Oracle en devenant vice-présidente senior. Elle intègre le conseil de direction dès octobre 2001et devient CFO en novembre 2005.

Au sein du département financier d'Oracle, elle pilote pas moins de 85 rachats et acquisitions de sociétés, dont ceux de PeopleSoft (pour 10,3 milliards de dollars) ou encore Sun Microsystems (pour 7,4 milliards de dollars). Ces dossiers menés sans polémiques ni scandales lui ont permis d'atteindre de 2005 à 2008 d'abord, puis depuis 2011 le poste très convoité de CFO.

La CFO la mieux payée au monde

Un poste assorti d'une rémunération hors-normes: en 2013, elle a touché 44,3 millions de dollars dont 950'000$ de salaire, 717'232$ dans le cadre d'un programme compensatoire hors fonds propres, 20'105$ en compensations et primes diverses et surtout 42,620 millions de dollars en revenus de titres et stock-options. Ce qui fait d'elle la CFO la mieux payée au monde et la première femme à se retrouver au sommet de ce classement. Une somme astronomique qui est à relier à un programme dont elle a pu bénéficier en 2012 portant sur 51,7 millions de dollars en guise de gains divers pour 2011.

Mais ses activités dans le département financier d'Oracle ne la détournent pas des autres facettes de l'entreprise. Lorsque Larry Ellison appelle Mark Hurd à le rejoindre en tant que co-président d'Oracle fin 2010, il confie des responsabilités similaires à Safra Catz. Et c'est elle qui prend le leadership très rapidement. Ainsi, c'est elle qui a annoncé en mai le développement prochain d'Oracle en Roumanie avec la création de 3000 places de travail. Une annonce qui lui tenait à coeur, son père étant originaire de ce pays (qu'il a quitté pour Israël au début du XXe siècle).

Cette mère de deux enfants a aussi surpris les observateurs en refusant en septembre 2013 un bonus de 717'000$ lié aux bons résultats financiers d'Oracle. Ces mêmes observateurs se montrent sceptiques sur le management en duo vers lequel s'oriente Oracle suite au départ de Larry Ellison. Selon les annonces du groupe, Safra Catz devrait laisser les ventes, les activités de service et des unités de global business à Mark Hurd pour se focaliser elle sur la production, les aspects financiers et les activités juridiques de l'entreprise. Mais des analystes dont ceux du Wall Street Journal doutent de la pérennité et de l'efficacité du binôme.

Tout au long de sa carrière, Safra Catz a su s'affranchir de ses mentors et tuteurs, sans jamais susciter de clash. En acceptant de partager la direction du groupe avec Mark Hurd, elle applique finalement le slogan d'Oracle: «Hardware and software, engineered to work together». Les prochains mois diront si les deux sont réellement programmés pour piloter ensemble l'un des géants mondiaux de la tech.

Seul bémol dans le concert de louanges qui accompagne l'arrivée de Safra Catz à la tête d'Oracle: la procédure engagée par l'état de l'Oregon pour fraude et racket contre elle dans le cadre d'un important contrat dans le domaine de la santé. Certains procédures troubles ont poussé le gouverneur et l'attorney general de l'état à engager des poursuites à la fin du mois d'août contre Oracle et celle qui était alors la CFO de l'entreprise.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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