Bilan

Quand les banquiers tombent la cravate

A l’heure des discussions sur le management libéré et du bonheur au travail, les dress-code font débat. Pourtant certains établissements innovent, c'est le cas de la Caisse d'Epargne de Courtelary.
  • Un workshop a permis aux équipes de définir les tenues dans lesquelles ils se sentaient le mieux.

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  • Pour le dirigeant de l'établissement, Rémy Defilippis, l'un des buts de l'opération est de permettre aux employés de se rapprocher de leurs clients.

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  • L'entreprise compte une trentaine de salariés: sa vocation est avant tout locale.

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Dès janvier prochain les trente-cinq salariés de la Clientis Caisse d’Epargne CEC SA de Courtelary, ne seront plus tenus de porter l’uniforme adopté jusque-là par leur établissement. Un changement radical pour cette équipe, qui passera d’une tenue extrêmement normée à une grande liberté: ils pourront venir habillés comme ils le veulent, ou presque. Une révolution –et pas des moindres- dans un secteur très normé, dont les codes ont parfois fait couler beaucoup d’encre. On se souvient ainsi de «l’affaire» du dress-code d’UBS en 2010, critiqué pour sa rigidité.

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Pour autant, les équipes de cette banque du Jura bernois ne sont pas totalement dépourvues de guidelines. Car cette décision s’inscrit dans une démarche globale entreprise par la direction, qui a sollicité au printemps dernier la conseillère en image Sandra Pérez Chitra, pour une réflexion globale sur le dress-code de ses équipes.

«Il y a trois ans nous avons décidé d’affirmer plus fortement notre identité, via notamment des tenue noire et blanche, des foulards et cravates aux couleurs de l’entreprise, le logo brodé sur la chemise. La démarche a très bien fonctionné à l’externe. En interne, nous avons essuyé beaucoup de critiques de la part de nos employés», explique le directeur de l’établissement, Rémy Defilippis.

Etre plus proche des clients

Après un audit et un workshop, Sandra Pérez Chitra a rédigé quelques guidelines, et apporté un coaching individuel à cinq employés «identifiés au cours de l’audit» et des ateliers en groupe pour le reste de l’équipe. Ses mots d’ordre: «on peut porter ce qu’on veut mais il faut l’assumer. Il ne faut pas dissimuler sa personnalité». L’idée principale est aussi et surtout de se vêtir en fonction des circonstances: rencontrer son client dans un club de tennis, une foire agricole ou lors d’une soirée implique des tenues différentes.

Au final, les shorts sont à éviter, et pour participer à une assemblée générale, la cravate n’est pas à exclure. Cependant, à part cette occasion formelle, elle est bannie, tout comme les jeans et pantalons de joggings. Les tatouages et piercings visibles sont acceptés tant qu’ils restent «discrets», tous comme les chinos, tuniques, baskets élégantes, et vêtements à motifs. «Au final, le contrôle est fait par les employés eux-mêmes, puisqu’ils ont pu choisir leur dress-code à partir du workshop et de guidelines», résume Sandra Pérez Chitra.

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Pour cette banque rurale, l’objectif principal est de paraître proche de ses 12'000 clients, dépoussiérer son image. «L’image de la banque, ce sont les costumes bien taillés. Nous sommes autour de Saint-Imier, en zone rurale, ici pas besoin de se présenter comme si on était en ville: notre clientèle, ce sont des pères de famille, des agriculteurs, des industriels et ils ne mettent pas de costumes. Nous voulions être plus proches d’eux. Et écouter nos employés pour qu’ils se sentent à l’aise», ajoute Rémy Defilippis. D’autres initiatives complèteront cette démarche «nous allons par exemple changer de nom, dès janvier 2018 nous passerons du terme assez anonyme CEC à celui de Caisse d’Epargne Courtelary, afin de jouer davantage sur l’aspect local», poursuit le directeur.

«Le banquier n’est plus un notable»

Au niveau des employés, l’accueil est enthousiaste. «On a plus de liberté pour s’exprimer, et c’est une marque de confiance de la part de la direction. Evidemment le changement n’est pas radical, car nous travaillons dans une banque. Mais comme certains clients nous l’on fait remarquer, le costard avait tendance à créer une barrière. Pour moi, le costume cravate n’a plus sa raison d’être, le banquier n’est plus un notable», assure Jordan Leblois, conseiller auprès de la clientèle. Pour sa part, il ne délaissera pas tout à fait le costume. «Je le conserverai mais sans cravate, et au lieu du noir ou de l’anthracite, je vais essayer le vert ou le beige».

La proximité avec les clients: une valeur qui devient clef depuis la crise de 2008, qui a obligé les banques à revoir leur image. JP Morgan avait ainsi notamment assoupli ses règles à l’intention de ses employés, acceptant jeans et shorts. Goldman Sachs a emprunté la même direction en prônant des tenues plus adaptées aux circonstances. A l’inverse de la Banque cantonale de Bâle, qui a fait le choix, tout à l’inverse, d’un dress-code beaucoup plus traditionnel. Non sans susciter –comme d’habitude- quelques réactions de surprise ou d’indignation face à ce regain de conservatisme.

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Fanny Richet

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