Bilan

Procter & Gamble morcelée comme DuPont ?

Après avoir obtenu le démantèlement du chimiste DuPont en trois entités, l’activiste financier Nelson Peltz pourrait récidiver avec le fabricant de produits ménagers et d’hygiène. Il a demandé 13 milliards d'économies au groupe la semaine dernière... alors même que les effectifs à Genève ont largement reculé ces derniers mois.
  • Le Lancy Innovation Center serait rapidement devenu trop vaste pour les besoins actuels de P&G.

    Crédits: Guiraud/TDG
  • Nelson Peltz est un actionnaire exigeant dont les demandes ont amené plusieurs grands groupes à opérer des restructurations majeures.

    Crédits: CNBC

Nelson Peltz: l’homme n’est guère connu sur les rives du Lac Léman. Et pourtant… Chez DuPont de Nemours & Company, en passe d’être rebaptisée «DowDuPont» suite à l’autorisation de la fusion entre Dow Chemical et DuPont, on ne risque pas d’oublier Nelson Peltz. Cet Américain de 75 ans semble «semer la terreur» partout où il achète des actions. Ce «serial killer du capitalisme américain» est entré au capital de DuPont dès 2013. Généralement, il choisit des cibles qu’il estime sous-évaluées, peu performantes en bourse et réclame des mesures, comme par exemple des milliards d’économies, voire un démantèlement en plusieurs parties séparées.

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C’est ce qui s’était passé chez Mondelez, puis chez General Electric et plus récemment chez DuPont. Cela a amené au départ d’Ellen Kullman, sa CEO, et à l’annonce de la fusion de DuPont avec Dow Chemicals. Annoncé en décembre 2015, ce rapprochement vient de recevoir l’aval des autorités des différents pays concernés. Le nouveau DowDuPont sera scindé d’ici fin 2018 en trois entités indépendantes: agriculture (engrais et pesticides), science des matériaux, et, enfin produits spécialisés (nutrition, électronique, sécurité,  etc.).

DuPont vers un départ du Grand-Saconnex?

Or, de quelque 700 places de travail sur Genève en 2011 (y compris avec son Centre de recherches à Meyrin), la multinationale n’en emploie plus déjà qu’environ 400. Le scénario qui semble se dessiner est celui d’un départ du site du Grand-Saconnex (immeuble la Suzette). En effet, le siège Europe, Moyen-Orient et Afrique de DuPont n’est que locataire de ce complexe devenu trop grand et où les doublons avec le siège européen de Dow situé à Zurich sont nombreux. A l’inverse, DuPont Performance Materials (DPM), sis à Meyrin est propriétaire de son site créé en 1967 déjà et où une centaine de spécialistes sont actuellement actifs, lequel pourrait accueillir une partie des équipes de la Suzette.

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Cette nouvelle tendance des activistes financiers  - scinder les activités pour mieux valoriser la valeur d’une participation dans une société cotée – pourrait être de mise chez P&G. D’autant qu’on parle du même homme, Nelson Peltz. Certes, chez General Electric (GE), on a pas encore assisté à un démantèlement du géant. Entre temps, GE a annoncé un plan de réduction de ses dépenses d'un milliard de dollars en 2017, et autant en 2018. Soit deux fois plus qu’annoncé par le CEO en janvier dernier. De quoi calmer momentanément l’activiste.

P&G reste le 5e employeur à Genève

Nelson Peltz détient pour 3,3 milliards d’actions de P&G. Pour l’instant, il demande 13 milliards de dollars d’économies supplémentaires et un siège au conseil d’administration. Rien ne semble arrêter cet Américain qui a commencé sa carrière professionnelle comme livreur de produits frais et congelés dans l’entreprise de son grand-père. Il n’est pas étranger au démantèlement de Cadburry Schweppes et à la restructuration de Heinz également. Ainsi, outre la possible perte pour Genève d’une centaine de places de travail chez DowDuPont (au profit de Zurich), il est à craindre que l’on assiste à une nouvelle restructuration chez P&G à Genève. Au sein de cette dernière, contactée par Bilan, on ne souhaite pas commenter les spéculations.

La multinationale y a occupé plus de 3100 personnes en 2011, ce qui l’a placé au 3e rang des plus grands employeurs du secteur privé du canton. Actuellement, après la cession de diverses activités (les chips Pringles, les piles Duracell et plus récemment sa division de produits beauté), P&G occupe moins de 2000 personnes sur le canton. Actuellement, elle est encore le 5e plus important employeur du canton. Cela étant, que ce soit Pringles, Duracell (désormais en mains de Warren Buffet) ou la division Prestige de P&G intégrée au sein de Coty, sis à Versoix, ont maintenu la majeure partie des emplois dans le canton.

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Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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