Bilan

Polémique autour de l’Hôtel Métropole

La gestion future du cinq-étoiles qui appartient à la Ville de Genève, déchaîne les passions. Un candidat dénonce des couacs dans le processus de sélection.

Le Métropole, unique cinq-étoiles de la rive gauche genevoise, a vu le jour en 1854.

Crédits: Pierre Abensur/TDG

Qui sera le prochain exploitant de l’Hôtel Métropole? Construit en 1854, l’unique cinq-étoiles de la rive gauche genevoise a été racheté en 1941 par la Ville de Genève. En 1977, les électeurs refusent sa démolition-reconstruction, avant d’être entièrement rénové aux frais des contribuables.

Sa gestion est confiée en 1998 à Swissôtel, en mains du groupe Swissair. Au début des années 2000, ses 111 chambres et 16 suites sont de nouveau rénovées, mais cette fois-ci sans que cela coûte aux Genevois, l’exploitant puisant dans le fonds de roulement. Alors que la collaboration avec Swissôtel s’est achevée en 2016, la Ville de Genève a confié sa gestion à Independent Hospitality Associates (IHA), pour une période transitoire de dix-huit mois, soit le temps de mener un appel d’offres pour l’attribution d’un nouveau contrat de gestion.

Quatre dossiers retenus

Pour faire son choix, un comité d’évaluation composé de cinq membres a été constitué. Présidé par Nathalie Böhler, directrice du Département des finances et du logement de la Ville de Genève, ce comité comprend Arnaud Andrieu, CEO d’Orox Asset Management, Emmanuel Coissy, journaliste à 20 minutes rubrique lifestyle, Philippe Krenzer, consultant, ex-enseignant à l’Ecole hôtelière des Roches, et Pierre Verbeke, consultant dans l’hôtellerie. Dans un premier temps, ceux-ci ont sélectionné quatre finalistes parmi les dizaines de dossiers reçus. D’après nos informations, il s’agit de Mövenpick, m3 Hospitality, Michel Reybier Hospitality et IHA, soit l’exploitant actuel. Depuis lors, c’est le silence radio. 

Du côté des élus, cela commence à «grenouiller». Le conseiller municipal PLR Vincent Subilia «regrette amèrement que les critères d’attribution ne semblent pas tenir compte d’un paramètre essentiel: le financement de la rénovation de l’hôtel. Une collectivité publique n’a pas vocation d’être hôtelier. A fortiori, ce n’est pas au contribuable genevois de financer les travaux conséquents de rénovation du Métropole.» Il faut dire qu’il faudra investir entre 15 et 40 millions de francs, selon les estimations. 

Des éléments «surprenants»

Faisant partie des candidats écartés, Swiss Hospitality Partners (fondé par les deux fils Manz, dont la famille est propriétaire entre autres des murs de l’Hôtel de la Paix Ritz-Carlton à Genève) a saisi, vainement jusqu’ici, la justice. SHP a découvert des éléments surprenants. A commencer par le document d’appel à candidature. Celui-ci indique que la Ville «a décidé de se différencier des concurrents cinq-étoiles de Genève tout en se profilant au mieux de son emplacement (…). Pour cela, elle souhaite transformer le Métropole en hôtel au concept lifestyle. Ces transformations ont pour but d’augmenter la fréquentation et la rentabilité de l’établissement.»

Pourtant, nulle part il n’est mentionné l’un des six critères retenus comme impératifs: la continuité dans le positionnement haut de gamme «abordable». C’est pourtant ce critère qui semble avoir été déterminant pour exclure l’offre de SHP. En effet, dans l’offre soumise par SHP, le prix moyen d’une chambre passerait à 620 francs dans douze ans. Une montée en gamme rendue possible entre autres en abandonnant les plus petites chambres (la moitié des chambres sont inférieures à 20 m2!) qui compromettent une stratégie ciblée sur le lifestyle haut de gamme, mais aussi en créant au 6e étage une suite présidentielle composée de 5 chambres, et en dynamisant le restaurant en toiture en recrutant un chef à l’année.

Cela sous la férule d’Autograph Collection, une marque du géant Marriott lequel dispose du plus grand programme de fidélisation du monde depuis sa fusion avec Starwood. A ce propos, relevons que l’Hôtel Métropole a vu le prix moyen de ses chambres passer de 500 francs à 400 francs ces dernières années, comme d’autres hôtels 5 étoiles. Ce qui est extrêmement bas pour un hôtel 5 étoiles. Il est même inférieur aux tarifs obtenus par certains hôtels 4 étoiles.

Interpellé à ce propos, le Département municipal des finances et du logement, par le biais de Valentina Wenger-Andreoli, nous rétorque que «l’appel à candidature demandait de proposer un concept lifestyle, concept qui, dans le milieu de l’hôtellerie, est connu et défini. La tarification proposée a été jugée à l’unanimité des experts comme irréaliste et incompatible non seulement avec le concept lifestyle proposé, mais également en regard des travaux proposés.» Un expert du secteur relève pourtant que lorsque le concept lifestyle est apparu à New York dans les années 1980, les chambres étaient proposées à des prix très élevés. 

Autre élément troublant lié à cet «appel d’offres»: le rôle joué par l’un des cinq membres du comité d’évaluation. L’homme en question a été mandaté par la Ville de Genève alors que Swissôtel était encore en place. Avant cela, il avait œuvré comme consultant sur quelques dossiers de la société Swiss Hospitality Global, structure créée en 2015 par le directeur général qui gère ad interim l’Hôtel Métropole pour le compte de la société IHA. Or, celle-ci a concouru pour le mandat de gestion de douze ans et a été retenue parmi les quatre finalistes.

La Ville de Genève est-elle au courant de ce possible conflit d’intérêts? Si oui, pourquoi l’avoir nommé dans le comité restreint d’évaluation? «C’est un expert reconnu dans son domaine et il n’avait pas de conflit d’intérêts puisqu’il a désormais sa propre entreprise à Paris et qu’il ne travaille plus pour SHG», nous répond Valentina Wenger-Andreoli. 

A chacun de se faire son opinion. Mais on comprend mieux la déception de certains participants, à commencer celle des frères Manz.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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