Bilan

Pharmacie Principale cède ses cinq centres Audilab

Le groupe a vendu sa filiale à la multinationale AudioNova. Le marché de l’audition se durcit pour les petits acteurs.

Le groupe familial Pharmacie Principale (Groupe PP Holding) poursuit son recentrage dans son cœur de métier: la pharmacie (la chaîne Pharmacie Principale) et l’optique (Visilab, leader suisse), lesquels représentent 95% de son chiffre d’affaires. Après avoir cédé ses parfumeries, son agence de voyages Destinations Santé ou encore Pharmap (importateur de fournitures et appareils), elle vient de se défaire de ses cinq centres Audilab (audition). La vente est intervenue le 14 décembre dernier pour un prix qui n’a pas été rendu public. Le repreneur n’est autre que le groupe AudioNova. Il s’agit d’une filiale du géant HAL, qui détient toujours 30% de Visilab, entre autres.

Des aides moins bien remboursées

Audilab avait gagné son indépendance vis-à-vis de Pharmacie Principale dès l’été 1999, date à laquelle s’ouvrait son premier magasin en propre, à Confédération Centre. Au gré des réaménagements de surface, le Groupe PP Holding va installer des magasins dans divers centres commerciaux: à Crissier, Montreux et Fribourg (alors à Avry-Centre). A l’époque, la direction prévoit l’ouverture de vingt autres points de vente en Suisse à l’horizon 2005. L’Office fédéral des assurances sociales ayant progressivement durci son système de participation aux frais, l’avenir en a décidé autrement. Ce que reconnaît Daniel Mori, précédemment à la tête d’Audilab Suisse et directeur de Visilab: «Le marché de l’aide auditive ne s’est pas développé selon les prévisions des études de marché. La Confédération a décidé de diviser par deux le montant remboursé pour les aides auditives.» Un des meilleurs spécialistes de ce marché des audioprothésistes, Adel Hamdan (NovaSon), confirme ce constat: «Depuis le 1er juillet 2011, l’OFAS a décidé de rembourser forfaitairement les coûts de l’aide auditive. Le montant pour appareiller les deux oreilles a été fixé à 1650 francs pour les personnes à l’AI. Avant cela, un médecin ORL décidait du niveau de prise en charge, et le remboursement pouvait s’élever à 3355 francs, y compris les prestations de services.»

Un secteur en pleine mutation

Comment en est-on arrivé là? «En 1996, le fabricant danois Widex a créé le premier appareil numérique automatique qui a révolutionné la technologie des aides auditives. Peu après, les dépenses de l’OFAS ont grimpé exponentiellement. Alors qu’un appareil standard était facturé en moyenne 2000 francs, celles-ci revenaient environ à 3200 francs. C’est alors que l’OFAS a mis sur pied un système de prescriptions des appareils acoustiques en indiquant trois différents niveaux de prise en charge, suite à une visite chez un médecin ORL», résume Adel Hamdan. L’OFAS aurait même souhaité pouvoir acheter lui-même les appareils en question pour les distribuer ensuite, mais cela n’a pas été possible. Profitant de la 6e révision de l’AI, l’OFAS a donc introduit le système actuel. Ce changement favorise la consolidation du secteur avec le développement des grandes chaînes: Amplifon (leader mondial coté à la Bourse de Milan, il dispose de plus de 50 points de vente en Suisse), Kind, Newroth (déjà présent en Suisse romande). «Seuls les intervenants importants au niveau européen tireront leur épingle du jeu, tandis que les petits acteurs seront défavorisés, prédit Daniel Mori. La vente à l’un de ces acteurs était la meilleure option pour assurer la pérennité de l’enseigne et des emplois concernés.» A l’heure actuelle, seule la moitié des quelque 800 000 personnes souffrant de problèmes auditifs en Suisse sont équipées. De quoi attirer encore d’autres groupes étrangers, tels que le français Audika, par exemple.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également esponsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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