Bilan

Pas de 3e édition pour la Geneva Gaming Convention

Malgré une progression de 109% de sa fréquentation, l’association organisatrice de la Geneva Gaming Convention vient d’annoncer sa faillite: ceci pourrait conduire à la fin d'un des plus importants événements de Suisse dédiés à l'univers des jeux vidéos.
  • Malgré la hausse de fréquentation, la 2e édition de la Geneva Gaming Convention en 2017 pourrait avoir été la dernière.

    Crédits: Harley Anderegg
  • Les amateurs de cosplay pourraient se retrouver orphelins du rendez-vous en 2018.

    Crédits: Harley Anderegg
  • La compétition à la seconde Geneva Gaming Convention.

    Crédits: Harley Anderegg

«Il n’y aura pas de 3ème Geneva Gaming Convention (GGC). Nous avons pêché par excès d’optimisme. Nous visions un triplement du nombre des entrées, or elles n’ont fait que doubler», regrettent Nicolas Pidancet et Adrien Martinoli, deux des permanents du collectif en charge de l’organisation de la GGC à Geneva Palexpo du 22 au 24 septembre 2017.

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Très concrètement, le nombre de visiteurs est passé de 5500 à 11'500 entre la 1ère et la 2ème édition de la GGC (+109%). Derrière ce résultat apparemment excellent se cachent d’autres chiffres peu réjouissants: l’excédent de charges a plus que décuplé, passant d’environ 30'000 francs à plus de 400'000 francs. Comment cela se fait-il? «Nous avons identifié trois problèmes majeurs: des lacunes managériales à l’interne, ainsi qu’en matière de démarchage auprès des sponsors potentiels; un nombre de visiteurs inférieur aux 15'000 visés; la quasi-absence des éditeurs de jeu (à l’exception de PlayStation).»

Deux événements concurrents en Suisse

Le collectif d’associations soutenu par la Fondetec, par la Fondation Genève Tourisme et par Geneva Palexpo a sans doute voulu grandir trop vite. Il faut dire qu’en 2017 deux nouvelles conventions se sont lancées en Suisse: Zurich Game Show (en octobre) et Bâloise International Gaming Show à Lausanne en novembre dernier. «Beaucoup de professionnels que nous avons démarché l’étaient également par les organisations en charge de ces deux salons», relève Nicolas Pidancet. Surtout, ces deux concurrents sont organisés par des structures totalement professionnelles (Bâloise International Gaming Show est mis sur pied par Grand Chelem Event, qui est en charge notamment du tournoi de tennis de Gstaad ou du Bol d’Or Mirabaud).

Bref, parmi l’équipe de quatre permanents de la GGC, il manquait un spécialiste de la vente. Au final, l’association vient de se placer en faillite, après un mois de discussions avec la direction de Geneva Palexpo pour tenter de faire reprendre par celle-ci les actifs et les passifs de la GGC. «Nous restons convaincus que notre projet a toujours un potentiel et cette expérience nous donne envie de continuer dans ce milieu; si l’occasion se présente, nous sommes prêts à mettre notre expérience, notre enthousiasme et nos contacts à profit en nous joignant à une nouvelle équipe.»

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Les coûts ont pris l’ascenseur en 2017 car ses organisateurs voulaient attirer trois fois plus de monde. Ils ont fait construire une grande scène pour parvenir à attirer des grands joueurs professionnels lors des prochaines éditions. Surtout, pour essayer de doper le nombre de visiteurs, le budget communication avait gonflé. «Nous avons trop peu communiqué auprès des amateurs domiciliés dans les départements français voisins, lesquels n’ont représenté au final que 17% des visiteurs. A cela s’est ajouté l’aléa météo: après deux semaines de météo vraiment mauvaise, il a fait grand beau durant la GGC», constate Adrien Martinoli.

Moins de sponsoring que lors de la première édition

La vente de stands devait aussi permettre de mieux équilibrer les coûts. Or, les grandes sociétés de jeux vidéo disposent de budgets par marchés géographiques. Bien que Genève soit proche de la France, la Suisse dans son entièreté dépend du marché Allemagne-Autriche-Suisse, très germanique. Dans ces conditions, les directions française et germanique se sont renvoyées le dossier sans finalement donner suite. Quant au sponsoring, l’association a récolté moins de fonds que lors de la 1ère édition.

Au final, la GGC aura permis de montrer le gaming sous un tout nouveau jour, loin des clichés habituels. «C’est le revers de la médaille de ne travailler qu’entre passionnés, on s’est un peu trop concentré sur la qualité et on a négligé la rentabilité… Selon une étude menée par l’Espace Entreprise, 91% des visiteurs souhaitaient revenir pour la troisième GGC. Nous sommes tellement déçus de ne pas pouvoir continuer.» Le collectif à la tête du projet a pu également favoriser la collaboration entre une vingtaine d’organisations e-sportives, qui elles continuent leurs activités. Gageons que cet écosystème très dynamique du gaming romand (qui a offert plus de 20'000 heures de bénévolat) n’a pas dit son dernier mot.

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Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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