Bilan

Nestlé projette la délocalisation de son IT à Barcelone

Après le centre de recherche sur le chocolat déplacé en Grande-Bretagne, Nestlé projette le déplacement de son informatique en Espagne. Et propose à ses collaborateurs de poser leur candidature.

L’arrivée du nouveau patron de Nestlé, l’Allemand Mark Schneider, produit ses effets à Vevey. Appelé à serrer les boulons, le CEO entame un «nettoyage» en profondeur. Après le centre de recherche sur le chocolat Cailler en Gruyère, qui va déménager à York, le 1er mai, c’est au tour des services IT du groupe de regarder loin des rivages lémaniques. 

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Les contrats signés avec de nombreux sous-traitants romands n’ont pas été renouvelés et arrivent à terme en 2018. Au lieu de continuer à recourir à des consultants externes avec qui le groupe travaille depuis des années, la direction projette de regrouper ses forces en Catalogne. Là même où Nestlé a ouvert un nouveau «hub digital» global en 2016 et où vient d’être nommé à sa tête l’Italien Filippo Catalano. Il occupait jusqu’alors le poste de chef des opérations digitales de Nestlé, à Vevey, avec la responsabilité de toutes les plateformes numériques du groupe (web, social, mobile, consumer analytics, etc).

Les explications de Nestlé

«Depuis sa création en 2016, le principal objectif du «Global Digital Hub» à Barcelone a été de concevoir, construire, mettre en œuvre et maintenir les plates-formes numériques avec lesquelles Nestlé communique avec les consommateurs (Business to Consumer) dans le monde entier, y compris des solutions dans les domaines du marketing numérique, du commerce électronique et des réseaux sociaux», commente la porte-parole du groupe à Vevey, Caroline Biétry. 

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«Barcelone a été choisie en raison de son écosystème technologique et d'innovation reconnu et bien établi, avec des capacités de classe mondiale, notamment dans les domaines de la mobilité, du numérique et des nouvelles technologies. C'est également un lieu attrayant pour les meilleurs talents ainsi qu’un site opérationnel important pour Nestlé. De nouveaux postes à Barcelone sont ouverts aux collaborateurs de Nestlé intéressés à poser leur candidature», précise-t-elle.

Plusieurs centaines d’employés concernés ?

En ce qui concerne l’informatique à Vevey, Nestlé a informé, en juin et en novembre dernier, les personnes travaillant dans ce service de sa volonté de mener une analyse de son support IT, en vue d’améliorer ses produits, services et processus internes. 

Cette analyse n’est pas encore terminée, tempère la porte-parole du groupe qui refuse d’en dire davantage sur le nombre de délocalisations prévues. Un chiffre en tout cas nettement supérieur à celui du centre de Broc, qui ne concernait que 25 personnes. Un indice? Rien que pour Nespresso, dont la division informatique a rejoint celle du groupe en avril 2016, le regroupement a concerné 200 personnes qui ont rejoint l’équipe IT de Nestlé. La réorganisation a provoqué quelques départs, dont celui du CEO de Nespresso, Philip Greenwood. Même si Nestlé ne donne pas de chiffres, on peut estimer l’ensemble du service IT à plusieurs centaines de personnes. Le chiffre d’affaires total du groupe alimentaire est près de neuf fois supérieur à celui de Nespresso.

En centralisant son informatique, l’objectif de Nestlé vise aussi à augmenter ses ventes en ligne. Le groupe a signé un partenariat avec le géant chinois Alibaba et doit affronter un boycott de Coop et divers détaillants européens à propos des prix élevés de ses produits, obligeant la multinationale veveysanne à réduire ses marges, notamment parmi 163 produits des marques Thomy, Cailler, Nescafé et Buitoni. D’où l’affaiblissement de l’action Nestlé qui visait un objectif de cours de 92 francs et qui tourne autour de 76 francs aujourd’hui pour un objectif ramené à 80 francs.

Conséquence du projet GLOBE

Cette réorganisation n’est pas due qu’à Mark Schneider. Elle est la conséquence logique du projet GLOBE (Global Business Excellence), mis en route sous le règne de Peter Brabeck en 2001. Ce projet à 3 milliards devait réorganiser le géant mondial de l'agro-alimentaire et ses 90 milliards de chiffre d'affaires en 2017. Au cours des ans, Nestlé n'a cessé d'avaler des concurrents: l’italien Buitoni et le britannique Rowntree en 1988, le français Perrier en 1992, l’italien Sanpellegrino en 1998, etc. 

La plus grande entreprise de Suisse est devenue un énorme conglomérat, où chaque usine fonctionne parfois de manière autonome. Avec autant de cultures différentes, Nestlé a hérité de systèmes informatiques pas forcément compatibles: «Nous ne réfléchissons pas seulement sur la standardisation de l'informatique et des données fondamentales, nous la mettons dès à présent en pratique dans plusieurs pays, comme la Malaisie et Singapour, obtenant déjà des avantages significatifs», soulignaitl’Américain Chris Johnson, membre de la direction générale, lors du lancement de GLOBE.

Inquiétudes sur la Riviera

Les projets de délocalisation en Espagne ne vont pas sans susciter des inquiétudes tout autour de Vevey et au-delà. La multinationale de l’alimentaire est la poule aux œufs d’or de la Riviera et ses velléités de prendre le large font frissonner tous les secteurs (immobilier, restauration, hôtellerie, écoles privées, sous-traitants, etc.) qui tournent autour du nid. Le monde politique n’a pas été tenu au courant officiellement, comme le confirme le syndic de Montreux, Laurent Wehrli, qui ajoute avoir «entendu dire». Au Centre patronal vaudois, la surprise de voir le secteur informatique de Nestlé regarder du côté de l’Espagne est toute relative, son directeur général Christophe Reymond rappelant le cas de Philip Morris en Pologne.   

Oliver Grivat

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