Bilan

Multiple: du Minitel aux capsules de café

Niché à La Chaux-de-Fonds (NE), le bureau de design industriel et prospectif a su s’imposer en quarante ans comme le plus grand de Suisse. Il gère des projets toujours plus complexes.
  • Le designer Rémy Jacquet est le cofondateur du bureau Multiple, avec Claude Raval.

    Crédits: Dr
  • Balance Mettler Toledo dessinée par le cabinet neuchâtelois.

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Multiple est le fruit d’une rencontre intervenue en 1974 entre deux designers, Rémy Jacquet (généraliste) et Claude Raval (spécialiste de l’horlogerie), concrétisée grâce au responsable marketing de la marque horlogère Longines. 

Peu après son association, le duo multiplie les mandats pour la société HIH (Habillement Industriel Horloger),  qui était très demandeuse d’innovation. Multiple œuvre ainsi pour Omega, Longines ou encore Breitling jusqu’à la crise de 1976. Puis le bureau neuchâtelois parvient à rebondir grâce au développement du secteur informatique, notamment en dessinant des disques durs et des terminaux. Grâce à ses contacts avec les dirigeants des montres Lip, il entre en relation avec Alcatel qui travaille au développement du fameux Minitel, en parallèle avec Matra et Philips.

C’est ainsi que Multiple participe au design de la première série de Minitel (20 000 exemplaires), testée en Ille-et-Vilaine (F) à partir de 1979. Sise alors au Locle, la PME neuchâteloise développe le concept industriel de l’habillage et de l’intégration du Minitel français. Ce client lui permet de gagner en visibilité. Un jour, le responsable design de Texas Instruments vient sonner à la porte. Ils obtiennent quelques mandats, notamment pour les montres et les jeux développés par le groupe américain.

En 1980, les designers cessent de travailler pour le secteur horloger après avoir développé le secteur médical, notamment pour bioMérieux. Mais pas uniquement, puisqu’ils vont dessiner des skis pour Salomon, des chaussures pour Rossignol, avant de faire des projets pour Charmilles Technologies et Schaublin. Exposant à la Swisstech à Bâle, ils reçoivent la visite d’ingénieurs de chez Mettler (avant la fusion avec Toledo), fabricant de balances. Au milieu des années 1980, Multiple passe à une dizaine de collaborateurs. Près de quarante ans après, elle œuvre toujours pour ce client. 

Autre rencontre clé: un responsable innovation de Nespresso leur confie un premier mandat autour des consommables. Ils doivent réinventer la capsule. «Cette rencontre va nous ouvrir les portes du groupe Nestlé, devenu notre premier client dès 2004», relève Rémy Jacquet. Ils remportent un concours et font le design de la première machine Dolce Gusto. Désormais, une grande partie de leurs effectifs sont impliqués dans la recherche prospective pour le System Technology Centre inauguré à Orbe en 2013. «Il faut anticiper pour l’après-demain», insiste le cofondateur de Multiple. 

Essentielle: la multidisciplinarité

Aujourd’hui forte de 30 salariés, cette PME est devenue le plus grand bureau de design industriel et prospectif du pays. «Nous avons intégré des compétences à l’interne en recrutant quatre ingénieurs pour démontrer la faisabilité des produits, mais aussi des spécialistes de l’image (3D, images de synthèse, animation) et en créant un atelier maquettes qui se charge de parfaire les finitions des dizaines de maquettes en provenance principalement d’Asie. Cette multidisciplinarité nous permet de gérer des demandes toujours plus complexes et de mener plusieurs grands dossiers en parallèle», ajoute Eric Tissot, responsable du marketing et de la communication de Multiple.  

L’un des rares secteurs dans lesquels la PME n’a pas été active est celui de l’automobile, «même si nous avons dessiné une partie de la cabine du tram de Bordeaux pour Siemens et des aménagements de wagons passagers pour le groupe Schindler». Le développement de l’agence n’aurait sans doute pas été possible sans la présence de l’ECAL à Renens, l’une des meilleures écoles d’art et de design dans le monde et son principal pourvoyeur de talents.  

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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