Bilan

Look irréprochable: attention aux abus

Chaque entreprise possède un code vestimentaire tacite. Mais lorsqu’il est écrit noir sur blanc, jusqu’où doit-il aller? Les conseils des spécialistes, entre nœud de cravate et fil dentaire.
  • Les dress codes sont apparus car les employés prenaient «trop de liberté», relève Agnès Gabirout Perron, responsable formation. Crédits: Olivier Evard
  • «Certains parfums, sont envahissants», note la consultante en images Marianne Müller. Crédits: Dominic Büttner/Pixsil
  • «Le savoir-être est un atout» dans un monde «très concurrentiel», affirme Pascal Gauthier, directeur RH de l’EHL. Crédits: François Wavre/Rezo

Porter un costume anthracite foncé, noir, ou bleu foncé. Avec une cravate, nouée par un nœud de type Windsor ou Four-in-Hand. Choisir des chaussettes noires, sans motif. Se raser de près, et ne pas omettre d’aller chez le coiffeur régulièrement pour dégager ses oreilles. Limer ses ongles, se brosser les dents et s’épiler les poils du nez. Parmi ces instructions, lesquelles ont réellement leur place dans un dress code fourni aux collaborateurs?

En 2010, les instructions d’UBS publiées dans la presse avaient largement fait ricaner avec des conseils vestimentaires se glissant jusqu’au tissu de la culotte. Par la suite, la banque avait annoncé un remaniement du document moqué au-delà des frontières. 

En août dernier, c’est le dress code de Credit Suisse qui tombait entre les mains des journalistes du Matin Dimanche. Selon les informations relayées, la banque demanderait par écrit à ses employés d’avoir «une haleine fraîche» et aurait un chapitre «hygiène personnelle». Encore plus récemment, le site américain BuzzFeed dévoilait la politique ultrastricte de la marque américaine de prêt-à-porter Abercrombie & Fitch. Coiffures imposées, conseils maquillage, nombre limité de bijoux, etc, le tout dans un document détaillé fourni aux employés.

Comment les entreprises en sont-elles arrivées à rédiger des dress codes si détaillés? Selon Agnès Gabirout Perron, responsable de la formation et du développement chez Audemars Piguet et ex-responsable du recrutement au World Economic Forum, les dress codes ont fait leur apparition aux Etats-Unis, peu après l’instauration du «Casual Friday».

Ce dernier admet, le vendredi, une tenue plus décontractée. «Cela a commencé avec l’autorisation de porter des pantalons en toile ou des jeans. Dans la durée, les gens ont pris trop de liberté. On a vu des employés en tongues ou en short, alors que cela restait un jour de travail avec, parfois, des visiteurs importants dans l’entreprise. Cela a amené les ressources humaines à renforcer les règlements.»

Chaque entreprise a un code vestimentaire. Même tacite. Le patron d’une agence de communication n’aura pas forcément le même que celui d’une banque privée… Mais il devra refléter une certaine image véhiculée par la boîte. Les domaines les plus pointilleux en la matière seront certainement l’hôtellerie, la banque, et l’industrie du luxe. 

«Il y a une notion de respect. Le personnel ne doit pas faire de l’ombre au client», souligne Agnès Gabirout Perron. C’est donc au sein de ces secteurs que l’on trouvera plus facilement des instructions écrites noir sur blanc.

La démarche qui vaut de l'argent

Une notion largement appliquée par l’Ecole hôtelière de Lausanne, tant au niveau du personnel que des étudiants. «Un document existe. Il est présenté aux étudiants dès leur arrivée, et, durant les semaines d’introduction, ce thème est l’un des sujets d’atelier», explique Pascal Gauthier, nouveau directeur des ressources humaines de l’école. «Nous construisons sur le potentiel des étudiants, précise-t-il. Le code vestimentaire est souvent perçu comme une restriction des droits, mais il faut le voir de manière différente. Le savoir-être permet d’ajouter une corde à son arc. C’est un atout supplémentaire dans un domaine très concurrentiel.»

Une démarche qui «apporte de l’argent», confirme Marianne Müller, citant les principes du Guide Livit du savoir-vivre. Consultante en image dans la région zurichoise, elle donne régulièrement des workshops qui abordent ce sujet et note «un grand besoin des entreprises de sensibiliser les employés».

Pour cette spécialiste, il est important que les collaborateurs aient entre les mains «une base à laquelle se référer. Cela les sécurise. Si vous êtes invité à une soirée et que le dress code n’est pas indiqué, vous allez vous demander ce qu’il faut porter. En même temps, un document précis pourra servir de point de discussion au cas où un employé ne respectait pas ces demandes.»

D’où ce besoin, pour certains, d’y mentionner les thèmes les plus délicats. Marianne Müller n’est donc pas surprise de ces règlements relevant de l’intime. «Certains parfums, par exemple, sont envahissants. Il est important de sensibiliser les employés sur le fait de ne pas en mettre trop. Si un client ne se sent pas bien à côté d’un conseiller, cela peut l’inciter à partir…»

Certes, mais où se situe la limite? Car ce qui ne devrait ne toucher qu’à l’apparence déborde largement sur le b.a.-ba de l’hygiène personnelle ou des choix intimes. «Ce côté intrusif donne à réfléchir», relève Agnès Gabirout Perron. 

Et pour Pascal Gauthier, «ce n’est pas le rôle de l’Ecole hôtelière de se positionner en remplacement des parents pour faire de l’éducation. On ne va pas forcément dans de tels détails. Les règles d’hygiène de base ne sont pas indiquées par écrit. Mais on fera une remarque si nécessaire.»

Lorsque des employeurs décident de donner des recommandations formelles concernant le choix du déodorant ou la fréquence du brossage des dents, c’est certainement, parfois, dû à une unique mauvaise expérience. Mettre ces instructions par écrit permet aux responsables RH de signaler que «ça, on ne veut plus». 

«C’est une problématique des ressources humaines de parler de certains sujets, comme le parfum ou l’odeur corporelle. Et les managers ont également une grande part de responsabilité. Ils sont des modèles et doivent oser aborder ces points sensibles», estime la responsable de la formation et du développement chez Audemars Piguet, qui précise qu’il n’existe pas de dress code écrit au sein de l’entreprise.

Et si un code vestimentaire s’en tenait à ce que son nom indique? Pour le reste, on devrait pouvoir en parler entre adultes. Avec une haleine irréprochable, bien sûr…

Camille Destraz

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