Bilan

Lombard Odier veut se projeter dans le futur

L’établissement genevois déménagera de son site historique de la Corraterie pour occuper un bâtiment avant-gardiste à Bellevue.
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  • Charles Odier

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  • «Des Etats de l’Amérique du Nord», par Alexandre Lombard, 1841.

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  • Affiche pour la commémoration des 100 ans de Lombard Odier & Cie, 1898.

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  • Excursion au lac Bleu en 1949. L’entreprise comptait alors une centaine de collaborateurs.

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  • Le bâtiment historique de la rue de la Corraterie au début du XXe.

    Crédits: Bibliothèque de Genève
  • La Corraterie abrite aujourd’hui encore le siège social du groupe.

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  • Emplacement du futur site de Lombard Odier à Bellevue.

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  • La campagne «Rethink everything» lancée par Lombard Odier.

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  • La campagne «Rethink everything» lancée par Lombard Odier.

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  • La campagne «Rethink everything» lancée par Lombard Odier.

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  • La campagne «Rethink everything» lancée par Lombard Odier.

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  • Patrick Odier, associé senior de la banque privée.

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«Rethink everything», c’est le nouveau slogan de Lombard Odier, la plus ancienne banque privée genevoise. Fin mars, l’établissement lançait une grande campagne de pub qui marquait la volonté du groupe de «repenser en permanence tout ce que nous faisons». Cette formule préfigure le point de départ d’une nouvelle étape dans l’histoire de Lombard Odier qui projette de s’installer d’ici à la fin 2021 dans «un nouveau bâtiment avant-gardiste» à Bellevue.

La banque vient en effet d’acquérir un terrain de 26 600 m2 pour y implanter son nouveau siège mondial, qui permettra à l’ensemble des équipes basées à Genève – 1500 collaborateurs – de se retrouver sous un même toit, dans une infrastructure moderne avec vue plongeante sur le lac. «L’innovation a toujours fait partie de notre ADN, souligne Patrick Odier, associé senior de la banque privée, smartwatch au poignet. Ce projet s’inscrit dans la continuité de ce que nous avons toujours fait: être à la pointe de la nouveauté et de l’innovation grâce à la technologie, un cadre de travail motivant et un projet immobilier d’envergure.» Ce dernier fera l’objet d’un concours d’architecture international sur invitation. 

Juste en face de l’Hôtel La Réserve, le site se trouve à un emplacement stratégique, à la convergence de l’aéroport, de la gare toute proche, de l’autoroute et peut-être un jour du futur pont traversant la rade. «Situés entre campagne et ville, au cœur d’un nœud de transports publics et privés, ces locaux ultramodernes permettront de faire évoluer les modes de travail de nos équipes», commente le Genevois qui a dirigé l’Association suisse des banquiers (ASB) de 2009 à 2016.

«Le nouvel établissement, dont le caractère respectueux de l’environnement et du développement durable sera assuré, se veut un moteur d’efficience, de créativité et d’échanges pour nos collaborateurs et nos clients. Sans compter que nous espérons qu’il devienne un fleuron architectural du canton.» Une tendance à l’écoefficience qui s’illustrait également dans le bâtiment des Acacias où Pictet, plus grande banque privée genevoise, a emménagé en 2007.

Un goût pour l’avant-garde

Fondée en 1796, Lombard Odier a démontré un goût pour l’avant-garde en matière de services financiers, mais aussi de plateforme technologique. «Cette maison possède un véritable héritage, c’est une maison à caractère familial avec des valeurs fortes. Tout au long de son histoire, elle a vécu des moments charnières où elle a dû se réinventer. Heureusement, notre capacité à repenser constamment les choses nous a apporté beaucoup de stabilité», explique Patrick Odier, qui rappelle que la banque a traversé 40 crises financières depuis ses débuts. 

En termes de nouveautés, c’est notamment la première banque à avoir instauré un fonds de prévoyance pour les employés de la maison, en 1910 déjà. Elle a ensuite été pionnière dans la création et la distribution de fonds d’investissement en Europe dans les années 1950. Puis, Lombard Odier a été la première banque privée suisse à s’implanter à l’étranger (ouverture d’un bureau à Montréal) en 1951. A suivi l’implantation d’un système informatique en son sein en 1957.

Sans cesse en quête de nouveauté, l’établissement genevois sera le premier en Europe à acquérir un siège au New York Stock Exchange en 1979. En 2009, il innove encore en lançant E-merging, un réseau social conçu pour les professionnels de la finance, puis, en 2013, la banque lance sur cette même plateforme le premier salon financier dédié au monde entièrement virtuel (Virtual FinFair), avant de la laisser voler de ses propres ailes.

A noter également que la banque privée a été la première en Suisse romande à nommer une femme associée, Anne-Marie de Weck, en 2002. En juillet prochain, c’est d’ailleurs une nouvelle femme, Annika Falkengren, patronne de la banque suédoise SEB, qui rejoindra l’établissement genevois en tant qu’associée. 

Remises en question

«Dans nos trois cœurs d’activité – clientèle privée, asset management, services technologiques et bancaires – nous avons toujours conservé ce que traditionnellement nous faisions de bien et remis en question ce qui pouvait changer, explique Patrick Odier. Cela a été le cas, par exemple, pour l’activité de gestion de fortune, notre seule activité durant cent cinquante ans. La banque a ensuite été pionnière dans le développement de la gestion institutionnelle dans les années 1970. Nous avons toujours repensé de manière systématique ce que nous faisions.» 

Des changements de stratégie ont marqué son histoire. En 2002, la fusion entre les deux établissements historiques Lombard Odier & Cie et Darier Hentsch & Cie a constitué une des plus importantes prises de risque stratégiques du groupe. 

Durant la première décennie 2000, alors que ses fonds privés sous gestion stagnaient sous l’effet du changement des conditions-cadres et de la concurrence des plus grands établissements, la banque a anticipé la fin du secret bancaire pour accélérer son développement dans la gestion institutionnelle, tout en renforçant sa présence en Europe. Sa banque au Luxembourg détient les succursales et filiales de la zone euro. Ayant développé sa propre infrastructure au Grand-Duché, elle peut y servir la clientèle européenne, mais aussi internationale. 

En 2004, la banque a restructuré ses activités de gestion institutionnelle à Londres, avant de s’y redéployer dès 2008 (elle emploie 140 personnes aujourd’hui, contre 307 personnes pour Pictet), en se positionnant sur quelques niches fortes telles que la gestion d’obligations convertibles. 

En 2006, la banque a décidé que ses activités de banque d’affaires (courtage institutionnel et corporate finance) devenaient incompatibles avec son profil de risque, et a vendu ce segment à Vontobel. A la suite de la crise financière de 2008, l’établissement a réduit son importante activité dans les fonds de hedge funds, qui n’avaient plus la cote auprès des investisseurs privés et institutionnels.

En 2014, la banque, dont les associés étaient jusque-là indéfiniment responsables, a changé de forme juridique pour devenir une société anonyme, afin de répondre aux exigences de son temps et à ses besoins de développement international, le groupe prenant la forme de société en commandite par actions, dont les associés demeurent à la fois propriétaires et dirigeants.

Il y a tout juste un an, une autre page d’histoire se tournait pour la banque : l’associé gérant Thierry Lombard (qui prenait sa retraite) et son fils Alexis ont quitté le groupe pour rejoindre la banque privée lausannoise Landolt. La famille Lombard n’est donc plus associée au sein de Lombard Odier. La banque reste organisée sous forme de partenariat. Patrick Odier en est l’associé senior depuis 2008. Traditionnellement, l’associé senior préside aux discussions du collège des associés et dispose de pouvoirs élargis de représentation.

La plateforme IT, centre de profits

Ces dernières années, la banque a également étudié de près les tendances, notamment les problématiques fiscales, à mesure qu’elle développait sa présence en Europe. Aujourd’hui, elle pratique la gestion fiscalement efficiente dans une douzaine de juridictions. Quant à la plateforme d’infrastructure bancaire initiée en 1985, elle sera bientôt autofinancée par ses propres revenus. Lombard Odier commercialise, en effet, sa technologie informatique à des institutions financières, des family offices et des banques privées en Europe et en Suisse, dont Valiant et Bordier. 

Proche du CICR depuis sa création en 1863, Lombard Odier est sensible au rôle responsable de la finance. «Pour moi, c’est la quintessence de ce que devraient être les métiers de la finance, souligne Patrick Odier: contribuer au bien-être collectif et industriel.» La maison a ainsi créé il y a près d’un an un «impact hub» qui regroupe toutes les compétences professionnelles liées à la gestion financière durable. «On essaie de comprendre comment la finance durable peut être utile à la société, tout en s’assurant qu’elle ne sacrifie pas la rentabilité des investissements.

Sinon, il s’agirait  purement de philanthropie.» Avant cela, Lombard Odier avait intégré, il y a plus de vingt ans, son propre modèle de travail analytique et financier relatif au développement environnemental et durable. «Dans notre définition de la performance, le social, l’environnemental et l’économique se rejoignent.» En 2007, l’établissement avait été parmi les premiers en Suisse à signer les principes de gestion responsable des Nations Unies. Puis, il s’est intéressé à «l’impact investing». «Nous avons contribué à la création de BlueOrchard en 2001, société devenue un des leaders mondiaux de la  microfinance.»

La banque s’est ensuite focalisée sur la recherche de véhicules d’investissement responsables, comme des fonds de fonds dans le domaine de l’impact, afin d’offrir un univers de placement sur mesure pour les investisseurs. Puis, elle a développé l’axe des «green bonds», ces obligations vertes dont le concept a été créé par la Banque mondiale. Ces titres obligataires de dettes sont émis par des collectivités publiques, des gouvernements ou des entreprises qui financent des projets avec un impact positif sur l’environnement. 

«Le modèle d’affaires sera crucial»

La banque conservera, par ailleurs, son site historique de la Corraterie où elle est établie depuis le milieu du XIXe siècle pour le transformer et accueillir des événements destinés à la clientèle. Les cinq autres immeubles répartis dans le canton seront soit mis en vente, soit conservés. Et puis l’établissement entend surtout continuer à évoluer dans ses domaines de spécialisation. Dans une industrie en mutation – 65 établissements bancaires ont disparu en Suisse ces dix dernières années – Lombard Odier continue à se développer à l’international.

«Le modèle d’affaires des banques sera crucial pour l’avenir. Il faut des résultats – en termes de performance et de valeurs – et le maintien d’une prestation à forte composante humaine», souligne Patrick Odier. La Suisse est reconnue pour être à la pointe dans le secteur de la finance, mais le conseil restera, selon lui, primordial. 

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