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Les super-entrepreneurs suisses au pied du podium mondial

Qui a dit que les patrons suisses ne sont pas ambitieux? Notre pays présente la 4e plus forte densité de super-entrepreneurs au monde, selon la dernière étude du Centre for policy studies de Londres.

Les super-entrepreneurs sont ces créateurs d'entreprises qui ont amassé un capital d'un milliard de dollars et ont figuré au moins une fois dans le classement Forbes entre 1996 et 2010.

Crédits: Image: Reuters

Si la motivation première des entrepreneurs, quand ils créent leur business, n'est pas toujours uniquement de faire fortune, des gains importants constituent un indice révélateur du succès d'une activité et de la récompense que peut en tirer un patron. A ce jeu-là, le Centre for policy studies de Londres, un think tank libéral britannique, a enquêté sur les super-entrepreneurs, ces dirigeants d'entreprises qui ont amassé par leur activité propre (et non par héritage) un capital d'au moins un milliard de dollars et sont apparus dans le classement Forbes des personnalités les plus riches au monde.

Or, sur la période 1996-2010, la Suisse a enregistré neuf super-entrepreneurs. Ce chiffre peut paraître modeste, a fortiori quand on le compare aux 411 super-entrepreneurs américains. Mais ramené à la population, cela place la Confédération au 4e rang mondial avec 1,2 super-entrepreneur par million d'habitants, juste derrière les Etats-Unis (3e; 1,3 super-entrepreneur par million d'habitants), Israel (2e avec 13 super-entrepreneurs, soit 1,8 par million d'habitants) et Hong-Kong (1er avec 20 super-entrepreneurs, soit 2,8 par million d'habitants).

La Suisse en tête des pays européens

La Suisse constitue donc le pays d'Europe où les créateurs d'entreprises peuvent espérer faire fortune, devant la Norvège (6e du classement avec 5 super-entrepreneurs, soit un par million d'habitant) et l'Irlande (7e avec 4 super-entrepreneurs, soit 0,9 par million d'habitants). Surtout, à l'échelle continentale, la Suisse distance largement le noyau des quinze pays qui composaient la zone Euro à la fin de la période étudiée par les auteurs de l'étude (soit en 2009).

Loin de n'être pertinents que pour la richesse accumulée par quelques ultra-riches, les chiffres dévoilés par cette étude pointent l'intérêt pour un pays et son économie de favoriser le succès des entrepreneurs: la moitié des cent plus grandes entreprises nées depuis 1945 ont été créées par des super-entrepreneurs, dont la réussite et celle de leur business étaient étroitement liées.

Tito Sanandaji, chercheur au Research Institute of Industrial Economics (IFN) de Stockholm, et Nima Sanandaji, auteur de plusieurs ouvrages sur les politiques de réforme et la promotion des femmes dans l'économie, ont travaillé pendant près d'un an sur cette étude afin d'établir un classement mondial, mais aussi de définir des facteurs de réussite et de repérer des conditions cadres favorables à ces succès. Avec un podium composé de Hong-Kong, d'Israel et des Etats-Unis (mais aussi en se basant sur le détail de leurs analyses au-delà du trio de tête), ils ont établi une corrélation entre un faible niveau de fiscalité sur les personnes morales et physiques et un taux élevé de super-entrepreneurs dans la population.

Moins de taxes, plus de propriété intellectuelle

Dans le même ordre d'idées, les deux auteurs ont constaté qu'un corpus normatif et réglementaire allégé et une forte propension aux dons et legs phlanthropiques constituent des caractéristiques des pays présentant de forts taux de super-entrepreneurs.

En se basant sur leurs analyses du phénomène, les deux auteurs donnent, dans une deuxième partie de l'étude, un certain nombre de clefs pour favoriser l'émergence de super-entrepreneurs. Les programmes gouvernementaux et supranationaux destinés à favoriser l'entrereneuriat (comme la «Stratégie de Lisbonne», adoptée par l'Union européenne) ne trouvent pas grâce à leurs yeux et ont même, selon eux, largement échoué. Ils recommandent davantage de diminuer la fiscalité (notamment celle pesant sur les revenus financiers des activités, laquelle représente des rentrées minimes mais découragent l'esprit d'entreprise), d'alléger le corpus normatif et de se montrer par contre plus sévère dans la réglementation liée à la propriété intellectuelle.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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