Bilan

Les sept vies d’André Schneider

Nommé à la tête de Genève Aéroport, le Genevois avait commencé sa carrière en tant que musicien professionnel, avant d’œuvrer notamment au sein d’IBM, du CERN, du WEF et de l’EPFL.

Ancien musicien professionnel, André Schneider, 57 ans, a aussi été le bras droit de Klaus Schwab et de Patrick Aebischer.

Crédits: Nicolas Righetti/lundi13

Il nous reçoit avec un large sourire dans ce bureau qui donne sur le tarmac genevois. Sur les étagères héritées de ses prédécesseurs, les maquettes sont légion: cela va du «Starship Enterprise» («Star Trek») aux figurines de la saga «Star Wars», en passant par celle de «Solar Impulse» (reçue de son équipe à l’EPFL lors de son départ).

Le 1er septembre dernier, il prenait les rênes de Genève Aéroport, un «orchestre» d’un millier d’hommes et de femmes. Celui qui a démarré professionnellement comme tubiste à Munich en 1979 avoue ne plus pratiquer le tuba depuis une éternité. Trop perfectionniste, il ne supporterait pas de jouer à un niveau inférieur à celui qu’il avait à l’époque. Après avoir gagné plusieurs concours et avoir changé d’orchestre à plusieurs reprises pendant environ cinq ans, il s’est rendu compte qu’il allait «stagner» durant le reste de sa vie. «Cela m’a fait sérieusement peur», dit-il, avant d’avouer: «J’avais choisi de faire de la musique aussi pour embêter mon père.» 

Il décide alors de revenir à une activité qui l’a toujours intéressé: l’informatique. «J’avais envie de reprendre des études pour exercer un job où je pouvais être mobile professionnellement.» Celui qui a passé toute son enfance du côté de la Thurgovie, puis de Berne, souhaite aussi parfaire son français. Il décroche une bourse pour venir étudier en Suisse romande. Mais à l’époque, en 1985, l’EPFL ne propose pas l’informatique en branche principale, et il opte pour l’Université de Genève. Il ne pouvait pas savoir alors qu’un jour il deviendrait le bras droit de Patrick Aebischer... 

«J’aime repenser les organisations»

En 1989, il décroche son diplôme universitaire. Cela fait pourtant déjà plus de deux années qu’il est salarié à mi-temps chez IBM... Il prend alors ses quartiers au CERN dans le cadre du programme européen Esprit (European Strategic Program on Research in Information Technology) pour développer un nouvel ordinateur basé sur des processeurs parallèles européens. Après avoir défendu sa thèse de doctorat en 1993, il retourne à plein temps chez IBM. Au sein du géant américain, ses fonctions vont pas mal évoluer: responsable du développement d’un logiciel pour les banques puis à la tête d’une unité de conseil jusqu’en 1998. 

Désirant alors ne plus exercer un poste de manager, il postule au World Economic Forum (WEF) qui cherche un chief technology officer. Raté, puisque, assez rapidement, Klaus Schwab le nomme chef operating officer. A ce titre, il va notamment gérer le déménagement de Davos à New York (du 31 janvier au 4 février 2002), monter un grand sommet en Chine (dès 2007) ou encore à Dubaï. A ce poste clé, il acquiert une grande expérience dans la négociation avec les gouvernements.

Cela lui donne envie de changer d’orientation et de monter sa propre société de conseil en développement durable. Durant deux années, sa PME décroche pas mal de mandats, comme par exemple la création d’un index de la mobilité durable pour la SNCF. 

L’homme est repéré par le gourou de l’EPFL, Patrick Aebischer. De juin 2013 à août 2016, il est vice-président de l’école polytechnique, chargé de la planification et de la logistique. A ce titre, il hérite de la fin du chantier du SwissTech Convention Center et va créer une structure permettant d’assurer sa gestion. André Schneider va contribuer à repenser l’organisation des ressources humaines au sein de l’EPFL. Il va aussi faire évoluer le système de financement pour les infrastructures. 

Lorsqu’un cabinet de chasseur de têtes le contacte concernant la prochaine succession de Robert Deillon, à la tête de Genève Aéroport, il découvre que le poste va être disponible et indique être intéressé. «J’ai toujours bien maîtrisé le volet technologies (informatique, nouveaux processus). J’aime repenser les organisations, notamment celles qui rencontrent une grande croissance, d’où le risque de perte d’agilité. Cela m’a toujours attiré, comme réfléchir sur la vision et la stratégie.» 

La recherche constante de l’efficacité

L’homme aime définir des espaces de respect mutuel entre les secteurs public et privé. Que ce soit au WEF qui est une plateforme relative aux relations entre l’économie et le politique, à l’EPFL qui est aussi une plateforme, mais autour de la formation et de l’innovation, ou à Genève Aéroport, lequel joue aussi un rôle d’accélérateur économique. 

A 57 ans, André Schneider aspirait sans doute aussi à être enfin le numéro un, après avoir été le bras droit d’un Klaus Schwab et d’un Patrick Aebischer. Il entend se consacrer à 200% au challenge qu’il a relevé. Ce père de quatre enfants (dont deux enfants adoptés) vit à Genève depuis plus de trente ans. Une proximité qu’il apprécie, lui dont la religion est la recherche constante de l’efficacité. Voilà paradoxalement qu’il prend de moins en moins l’avion: «J’aime bien voler, mais il faut être réaliste. Le train est plus pratique pour aller à des distances de moins de trois heures car on peut y travailler et on arrive directement au centre-ville.» 

Le nouvel homme fort de Genève Aéroport a rapidement pris la mesure des défis, des enjeux et des problématiques de cette plateforme. D’emblée, il a souhaité davantage de communication et a rencontré la majeure partie des opposants à la croissance de l’aéroport. Au sein de la direction, il essaie de favoriser au maximum les discussions ouvertes, la collaboration et l’échange.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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