Bilan

Les rendements de la R&D s'effondrent dans la pharma

Le retour sur investissement en R&D des plus grandes sociétés comme Roche ou Novartis atteindra seulement 3,2 % cette année, le niveau le plus bas depuis 2010. Une étude de Deloitte décrypte le phénomène.
Crédits: AFP

L’année 2018 commence par un coup de semonce pour la pharma. Les rendements de la recherche et développement (R&D) continuent de baisser fortement dans le secteur, faisant dire au cabinet de conseil Deloitte que « le modèle actuel n'est pas viable ».  

Selon une étude annuelle réalisée par le Centre de Deloitte dédié aux solutions de santé (disponible en anglais), les prévisions de retour sur investissements en R&D des 12 plus grandes sociétés biopharmaceutiques, dont Roche et Novartis, atteignent seulement 3,2 % cette année, soit le niveau le plus bas enregistré en l’espace de huit ans. En 2010, ce chiffre était encore de 10,1 %. 

2 miliards pour lancer un nouveau médicament  

Le coût moyen de la mise sur le marché d'un médicament par ces entreprises a atteint le niveau record de près de 2 milliards de dollars, contre 1539 millions de dollars en 2016. Sur la période, les prévisions de ventes record par actif (soit les revenus qu'un médicament est susceptible de générer annuellement) ont augmenté de 18 %, passant de 394 millions de dollars à 465 millions de dollars en une année  

Deloitte explique ces chiffres par le fait que les entreprises se concentrent davantage sur des produits à plus forte valeur ajoutée et ciblent des domaines où les besoins médicaux ne sont pas comblés, ou encore des maladies rares. 

Moins d'actifs en phase finale de développement

Le principal facteur de l'augmentation des coûts et des ventes enregistrée cette année est la baisse du nombre d'actifs en phase finale de R&D, soit avant le lancement d'un médicament sur le marché. Le nombre de thérapies en phase finale s’élève à 159, un résultat en baisse de 16 % par rapport à 2016.

Pour le consultant, les entreprises ont probablement retiré de leurs pipelines un certain nombre d'actifs qui ne semblaient pas pouvoir atteindre les seuils réglementaires ou de remboursement pour assurer leur viabilité. D’après Vicky Levy, responsable du département Sciences de la vie chez Deloitte Suisse, citée dans le communiqué, l'industrie fait face à de nombreux défis pour récupérer ses investissements : « une concurrence accrue, l'expiration des brevets, la baisse de la rentabilité, le durcissement du contrôle réglementaire, et sans doute la question la plus sensible : les prix. »

Les acteurs suisses leaders dans l’oncologie

« Les entreprises suisses font partie de celles qui investissent le plus dans la R&D. Elles continuent d'innover à grande échelle en réussissant à pousser pour l’adoption de nouvelles technologies (…) Ce qui permettra à l'oncologie de rester un moteur important des revenus de ces entreprises », anticipe Vicky Levy. 

Le rapport souligne que le pourcentage des prévisions de revenus générés par les pipelines en oncologie en phase finale a considérablement augmenté par rapport à l'ensemble du marché, passant de 18 % en 2010 à 37 % en 2017. « Les nombreux besoins médicaux qui restent à combler, les percées importantes dans le domaine de la recherche contre le cancer et l'augmentation des rendements potentiels incitent les entreprises à investir davantage dans les thérapies anti-cancéreuses. Les deux entreprises suisses figurent parmi les leaders mondiaux de l’oncologie et continuent d'investir dans l'innovation et le développement de leur portefeuille dans ce domaine ».  

Une stratégie qui passe aussi par la croissance externe, comme le récent rachat par Novartis du groupe français Advanced Accelerator Applications, doté d'une technologie qui permet de traiter les tumeurs endocrines gastro-pancréatiques difficiles à soigner. L’offre de près de 4 milliards de dollars a été validée par le conseil d’administration en décembre dernier.

Les grandes pharma dépassées ?

D'autres conclusions du rapport indiquent que les entreprises plus petites surpassent les plus grandes en termes de rendement. Depuis 2015, outre les 12 sociétés inclues dans l'échantillon initial, quatre sociétés biopharmaceutiques de moyenne à grande capitalisation ont également été ajoutées à l'étude. Celles-ci continuent de surpasser le groupe de sociétés pharmaceutiques initiale, avec des prévisions de rendements de 11,9 % en 2017 (contre 9,9 % en 2016), tout demeurent en-dessous du record de 17,7 % atteint en 2014.

Le modèle de la R&D doit évoluer 

Pour Deloitte, les donées analysées et les discussions menées avec les leaders de l'industrie révèlent que le modèle de R&D actuel de l'industrie pharmaceutique n'est pas viable. « Notre analyse est un rappel brutal que l'investissement dans la R&D est une entreprise très rentable mais à haut risque, explique Nico Kleyn, associé et responsable du conseil pour l'industrie des sciences de la vie. Chaque année, des milliards sont consacrés au développement de nouveaux médicaments, pourtant, la grande majorité de ceux qui sont prometteurs ne parviennent jamais à être mis sur le marché ».

La santé connectée comme solution

Le rapport montre que les progrès technologiques, dans des domaines tels que l'intelligence artificielle, les données empiriques (real-world evidence) et l’automatisation, ont la capacité d'améliorer considérablement la productivité de la R&D, y compris pour les leaders suisses.

De même, les dispositifs portables connectés et la télémédecine auraient le potentiel de transformer l'expérience des patients participant à des essais cliniques ainsi que leur nombre. « Les entreprises adoptent énergiquement ces innovations qui portent en elles la promesse d'accroître la productivité, l'innovation et la rapidité de mise sur le marché, ajoute Nico Kleyn. A l'égard de ces technologies, nous observons le passage d'un état d'esprit axé sur l'expérimentation à un état d'esprit axé sur la transformation, ce qui contribuera à créer une industrie pharmaceutique dynamique et viable ».

 

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