Bilan

Les métiers du droit à la moulinette du numérique

Ce début de semaine à Zurich, les acteurs suisses de la LegalTech, soit la révolution technologique en marche dans le domaine du droit, se sont retrouvés pour la première conférence annuelle de la SwissLegalTech Association.

Quelque 600 acteurs du droit et des technologies étaient à Zurich pour plancher sur la révolution numérique en cours dans ce domaine.

Prenez le site web RefundMyTicket qui récupère vos indemnités lorsque votre vol est annulé. Ou un logiciel qui résume des milliers de pages de documents à la place du juriste. Et des certificats de propriété enregistrés sur la blockchain (la technologie derrière le bitcoin). Quel est leur point commun? Toutes ces nouveautés appartiennent au domaine de la LegalTech. Tout le monde connaît la FinTech qui définit l’adaptation du secteur de la finance à l’ère du numérique. La LegalTech est son pendant pour les métiers du droit et suscite un intérêt croissant. Ce début de semaine à Zurich se tient la première conférence annuelle de la SwissLegalTech Association, qui a attiré quelque 600 avocats, juristes et ingénieurs. «Cette rencontre réunit toutes les parties intéressées à la révolution digitale», note Louis Burrus, avocat chez Schellenberg Wittmer et administrateur de SwissLegalTech.

Lire aussi: Les métiers du droit en marche vers l'ubérisation

Après avoir touché les librairies (Amazon), les taxis (Uber) ou l’immobilier (Homegate), la disruption a maintenant débuté dans le domaine du droit. Les conséquences concernent un large éventail d’acteurs. Chez les grandes études établies, l’heure est à la digitalisation des processus. «L’automatisation de certaines tâches fastidieuses doit permettre aux avocats de se concentrer sur les activités à réelle valeur ajoutée», estime Louis Burrus. «En Grande-Bretagne, le recours à l’intelligence artificielle est d’ores et déjà autorisé par les tribunaux pour certaines activités comme l’analyse de documents. Si vous recevez deux millions de pages d’e-mails à dépouiller dans le cadre d’une affaire, vous pouvez réduire le volume à 50'000 pages grâce à des logiciels. Certains softwares sont d’ores et déjà capables d’apprendre leur tâche à partir d’exemples fournis et de livrer des résumés utilisables par les juristes.»

Un hackaton de 36 heures

Ces nouvelles possibilités marquent la fin de milliers d’heures de travail répétitif effectué par des être humains. Elles signifient que des emplois vont inévitablement disparaître et aussi que le coût des prestations doit baisser. Selon Louis Burrus, les études n’auront pas vraiment le choix si elles veulent conserver leur place sur le marché. «Outre Manche, le recours à l’intelligence représente déjà un critère de choix pour la clientèle qui veut bénéficier de prestations plus rapides et plus étendues, le tout à meilleur prix.»

La conférence héberge aussi un hackaton d’une durée de 36 heures pour mener à bien un projet de LegalTech. «Nous accueillons quelque 150 hackers d’une quinzaine de pays», indique Antoine Verdon, cofondateur de SwissLegalTech et organisateur de l’événement zurichois. Présentant des profils d’avocats programmeurs, les geeks sont facilement reconnaissables au sein d’une foule d’avocats en costume bleu. Ces codeurs chevronnés ont été invités à la manifestation par l’intermédiaire d’un réseau berlinois de hackers.

Lire aussi: La justice 2.0 monte en puissance

Un de leurs développements porte par exemple sur un service permettant au locataire de récupérer sa caution auprès de la gérance, en lui facilitant la résolution d’éventuels litiges. Malmené notamment par Google, le droit à l’oubli fait aussi l’objet d’un projet de service en ligne soutenant le citoyen qui veut obtenir gain de cause face aux géants du Net. Un autre groupe s’est consacré à la mise au point d’un système permettant la gestion de certificats de propriété immobilière par l’intermédiaire de la blockchain.

Prise de conscience chez les avocats

A l’heure où la finance ploie sous le poids de la compliance (mise en conformité face à la réglementation), la numérisation dans ce domaine (RegTech) doit représenter d’énormes économies de coûts pour les établissements bancaires. Antoine Verdon reprend: «Dans les milieux du droit, tout le monde a maintenant conscience qu’il faut s’adapter aux nouvelles technologies. La conférence est l’occasion pour les avocats qui suivent l’évolution de loin de se mettre au courant de ce qui existe.»

Initiateur de la conférence «L’électrochoc numérique» qui s’est déroulée en septembre à Genève, Adrien Tharin, avocat chez Altenburger renchérit: «Les études d’avocats traditionnelles sont aujourd’hui avides d’apprendre sur le numérique. Le besoin d’information est vif car l’intégration de l’intelligence artificielle demande de gros investissements. Face à ce tournant technologique, de plus en plus d’avocats au bénéfice d’une expérience dans le digital proposent à leurs pairs des services de consultants.»

Lire aussi: Mariage2.0, mariez-vous sur la Blockchain

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Du même auteur:

CFF: Comment éviter le scénario catastrophe
L’omerta sur le harcèlement sexuel existe aussi en suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."