Bilan

Les leçons d'investissement du gourou de Warren Buffett

La carrière de la pythie de la finance a été influencée de manière déterminante par le best-seller de Dale Carnegie «Comment se faire des amis». Décryptage d’un classique indémodable.
  • Le financier Warren Buffett dit avoir été impressionné par la pensée de Dale Carnegie, dont le livre, sorti en 1936, reste une référence en termes de management.

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  • Warren Buffett

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Au début de cette année, la chaîne américaine HBO a diffusé le documentaire Becoming Warren Buffett (disponible sur HBO.com) où le fameux investisseur pesant 66 milliards de dollars révèle les secrets de son ascension. Le fait que la «pythie d’Omaha» vit toujours dans la maison acquise en 1958 pour 31'500 dollars et sa passion pour le Coca-Cola y sont bien sûr relatés. Parmi les traits moins connus du self-made-man de 86 ans, le spectateur découvre sa dette envers Dale Carnegie et son ouvrage, Comment se faire des amis (How to Win Friends and Influence People).

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Publié pour la première fois en 1936, le texte, traduit en 37 langues, s’est vendu à 40 millions d’exemplaires dans le monde. «Dale Carnegie a été le premier à créer un pont entre le développement personnel et le monde de l’entreprise», décrypte Nathalie Ducrot, coach en leadership et fondatrice de ProOptim. Les idées clés du livre: il est possible d’influencer le comportement des autres en modifiant son attitude et de s’attirer leur bienveillance en mettant de côté son propre ego.

Dale Carnegie figure parmi les pères de la pensée positive (positive thinking). Dès les années 1930, ses méthodes ont été mises en œuvre pour former les professionnels en contact avec la clientèle. Créé en 1912, le Dale Carnegie Course est aujourd’hui enseigné dans plus 90 pays. Bien que diplômé des universités de Nebraska-Lincoln et Columbia, Warren Buffett ne conserve affiché dans son bureau qu’un certificat de ce Dale Carnegie Course.

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Voilà ce que dit la légende: alors qu’il n’est encore qu’un jeune homme paralysé par le trac, le natif du Nebraska s’inscrit à 19 ans au Dale Carnegie Institute. A l’issue du cours, il est devenu un orateur brillant. Et, plus important encore, il a suffisamment confiance en lui pour demander en mariage Susan Thompson, qui a été son épouse durant cinquante-deux ans avant de décéder d’un arrêt cardiaque en 2004.  

Des préceptes toujours actuels

«Les théories de Carnegie restent actuelles sous de nombreux aspects. Interpeller ses interlocuteurs par leur nom, leur sourire et s’efforcer de voir la situation selon leur point de vue joue un rôle essentiel dans la communication», observe Jennifer Jordan, professeur à l’IMD à Lausanne. Mais de tels conseils ne sont-ils pas simplistes? L’Américaine spécialiste des processus de décision reprend: «Demeurer modeste et reconnaître ses erreurs, se montrer amical et apprécier les gens peut paraître élémentaire. Mais cela ne signifie pas qu’un tel comportement soit facile à mettre en pratique.»

Dale Carnegie a influencé plusieurs générations d’auteurs. Jennifer Jordan cite Robert Cialdini et son ouvrage sur les méthodes de persuasion Influence, the Psychology of Persuasion (1984), en français Influence et manipulation. Le psychologue américain est connu pour le concept de «porte au nez». Le principe: demandez d’abord à quelqu’un de vous prêter sa voiture durant une semaine. Selon toute logique, votre interlocuteur refuse. Vous lui demandez ensuite de vous laisser son véhicule pour seulement une heure. Il y a alors beaucoup plus de chances qu’il accepte que si vous aviez d’emblée fait cette demande.

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Consultante en ressources humaines chez Vicario Consulting, Anne Grandjean prolonge: «Afin de tisser des liens en utilisant le modèle de Carnegie, il faut être capable de gérer ses émotions. Par exemple, Carnegie déconseille de corriger une personne qui fait une erreur manifeste en société si l’on entend construire une relation avec elle, pour ne pas lui faire perdre la face. Or, pour conserver cette humilité, il faut une relation très saine à son propre ego.» 

Pour progresser dans cette voie, Anne Grandjean recommande l’ouvrage de Brené Brown, The power of vulnerability (2012), en français Le pouvoir de la vulnérabilité. Son intervention à TEDxHouston
sur ce thème a déjà enregistré plus de 28 millions de vues sur YouTube. «Cette chercheuse américaine affirme que pour construire une relation forte, il faut pouvoir entrer dans une forme de vulnérabilité, en dépit du fait que dans nos sociétés, toute faiblesse est connotée de manière très négative.»

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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