Bilan

Le premier incubateur suisse dédiéà l’éducation voit le jour

Quatre professeurs de l’EPFL encadreront le développement de la trentaine de start-up sélectionnées.
  • Pierre Dillenbourg, professeur à l’EPFL, l’un des quatre instigateurs de l’incubateur Swiss EdTech Collider

    Crédits: Chris Blaser
  • L’application Bulbee facilite la mise en relation entre parents et répétiteurs.

    Crédits: Dr

Le 27 avril sera inauguré officiellement le Swiss EdTech Collider au sein de l’EPFL. L’idée de ce premier incubateur consacré aux technologies liées à l’éducation était dans l’air depuis quelques mois. N’oublions pas qu’il existe ici tout un écosystème: la Suisse est la patrie du psychologue Jean Piaget, père de la pédagogie moderne, sans oublier que le pays a été aussi pionnier en matière de MOOC (Massive Online Open Courses) grâce à l’implication de Patrick Aebischer alors à la tête de l’EPFL. 

«La plupart des entrepreneurs qui se lancent possèdent peu d’expertise dans le domaine de l’éducation», justifie Pierre Dillenbourg, responsable du laboratoire CHILI (Computer-Human Interaction in Learning and Instruction) et à l’origine de cette initiative avec trois autres professeurs de l’EPFL: le Tessinois Francesco Mondada, qui dirige le laboratoire de systèmes robotiques et le MOBOTS chargé de la conception
de systèmes pour des robots mobiles autonomes miniatures.

Il a réalisé le robot Thymio, qui se vend désormais à près de 2000 exemplaires par mois; Denis Gillet, à la tête du laboratoire REACT, lequel est à l’origine de plusieurs plateformes liées à la gestion des connaissances. Il est affilié au Centre pour l’éducation à l’ère digitale; et, enfin, le professeur bâlois Marcel Salathé, qui a créé le laboratoire d’épidémiologie numérique et est le directeur académique de l’Extension School, un programme de formation continue d’un type nouveau, lancé par la haute école et qui offrira ses premiers cours à l’été 2017. 

Ces quatre «fées» ont créé une association pour piloter le premier incubateur EdTech du pays.  «La plupart des start-up concernées sont assez petites. L’idée est de les mettre ensemble. Il est toujours plus motivant d’avoir quelqu’un avec qui échanger. Ainsi, ces jeunes entrepreneurs peuvent partager des ressources entre eux. Ils pourront aussi postuler ensemble pour remporter des projets d’une certaine taille», détaille Pierre Dillenbourg.  

Une formule «à la carte»

Les quatre professeurs ont prévu d’organiser des événements afin de faciliter les contacts. Une visite de l’incubateur par les autorités neuchâteloises est d’ores et déjà prévue. Idem avec des investisseurs de la Kaplan University qui vont passer une demi-journée dans les locaux de l’incubateur. La vaste surface de 300 m2 regroupe trois types de membres: ceux voulant un local fermé avec des portes; ceux qui privilégient un espace dédié, mais en «open space» (il y en a huit pour l’heure), qui leur revient  à 1500 fr. par année; enfin, il y a les membres nomades (1200 fr. par an) qui viennent lors des événements mais ne sont que rarement présents physiquement.

«C’est une formule pratique pour les start-up établies ailleurs. Nous en avons une à Martigny, une à Genève, deux à Zurich et une à Shanghai créée par un ancien étudiant de l’EPFL», se  réjouit Pierre Dillenbourg. Parmi la trentaine de sociétés qui ont été sélectionnées pour figurer dans cet incubateur, citons Coorpacademy. Après avoir levé 3,8 millions de francs en novembre 2014 auprès du fonds d’investissement du groupe pharmaceutique lausannois Debiopharm et du fonds de capital-risque NextStage, Coorpacademy a réalisé un nouveau tour de plus de 10 millions de francs, notamment auprès de Debiopharm. Comme nous l’indiquait l’an dernier Jean-Marc Tassetto, l’un des trois cofondateurs de Coorpacademy, «avec plus d’un million et demi d’étudiants, l’EPFL s’est imposée à partir de 2012 comme pionnière dans l’éducation massive en ligne, les MOOC.

En lançant notre société à Lausanne, nous avons pu bénéficier de cet environnement stimulant pour développer 70 cours d’enseignement en ligne pour des entreprises comme TAG Heuer, L’Oréal, Pernod Ricard ou bien encore des organisations comme le CIO ou l’OMS. En particulier, grâce à notre collaboration avec le Centre d’éducation à l’ère digitale (CDE) du professeur Pierre Dillenbourg, notre technologie intègre les dernières innovations pédagogiques telles que gamification ou apprentissage collaboratif sur un mode très flexible compatible avec les besoins des entreprises.»

Autre jeune pousse ayant intégré l’incubateur EdTech, Bulbee. Il s’agit d’une société lançant une application pour smartphone créée par l’enseignante genevoise Dina Mottiez. Elle entend simplifier et sécuriser la recherche d’un répétiteur, afin que les élèves, les parents et les professionnels puissent plus facilement se retrouver en s’appuyant sur un système de géolocalisation.

Le financement du Swiss EdTech Collider (qui comprend un poste à 50% pour le pilotage au jour le jour et une aide pour mettre les locaux à disposition à un  prix raisonnables) sera assuré notamment par l’EPFL, la Jacobs Foundation et la Fondation Henri Moser (du nom du fondateur de l’école du même nom). Des discussions sont encore en cours avec d’autres partenaires potentiels. La Fondation Jacobs a été créée en 1989 par Klaus J. Jacobs et sa famille. Elle est très active dans le domaine du développement de l’enfant, en remettant un prix d’un million de francs chaque année pour un projet améliorant les connaissances sur le développement cognitif de l’enfant. 

Précisons qu’il existe déjà quatre incubateurs dédiés aux start-up actives dans l’éducation aux Etats-Unis (le LearnLaunch Accelerator de Boston, la NYC Steinhardt, la Towson University à Baltimore ou encore DeVry à Chicago) ainsi qu’un à Londres. Deux de plus démarrent dans les pays nordiques (xEDU à Helsinki et Oslo EdTech).

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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