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Le Beau-Rivage Palace, l’éveil d’une légende

Inauguré au milieu du XIXe siècle, l’hôtel d’Ouchy a investi des millions dans une rénovation d’ampleur pour se hisser aux meilleurs standards.
  • Vue d’ensemble de la coupole réalisée au début du XXe siècle et récemment restaurée.

    Crédits: Beau-Rivage
  • Hôtel Beau-Rivage et lac de Genève, peint par J. J. Friederich en 1861.

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  • Jacques Tschumi, directeur du Beau-Rivage de 1888 à 1912.

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  • La brigade de cuisine en 1911.

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  • La lumière électrique: carte postale de 1926.

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  • La salle à manger vers 1920.

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  • Edouard Marcel Sandoz et sa fille Nicole sur la terrasse du Beau-Rivage Palace, 1924.

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  • Des hôtes célèbres: Serge Gainsbourg, entouré de sa fille Charlotte et de sa compagne Bambou en 1991.

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  • Spa, restaurant, chambres: des millions ont été investis pour rénover le Beau-Rivage.

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  • Spa, restaurant, chambres: des millions ont été investis pour rénover le Beau-Rivage.

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  • L’actuelle directrice générale, Nathalie Seiler-Hayez.

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  • Anne-Sophie Pic

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Niché dans un écrin de 4 hectares de verdure, le Beau-Rivage Palace affiche plus de 150 ans d’histoire. «La vue d’ici sur le lac et les montagnes incite à la sérénité. Pour moi, ce n’est pas un hasard si cet hôtel s’est affirmé comme un lieu de prédilection pour les négociations de paix», décrypte Nathalie Seiler-Hayez, directrice depuis deux ans.

Ainsi, l’établissement a accueilli les signataires de l’accord qui mit fin à la guerre italo-turque, en 1912. Plus récemment, l’hôtel a été le cadre de pourparlers sur le nucléaire iranien durant trois semaines en 2015. Puis, en 2016, une réunion pour la paix en Syrie s’y est déroulée, malheureusement sans grand succès. 

Des cohortes de personnages illustres s’y sont succédés. Des artistes comme Victor Hugo, Charlie Chaplin, Coco Chanel, de même que Ravel et F. Scott Fitzgerald. Des hommes d’Etat, par exemple Churchill et Nelson Mandela. Aujourd’hui, le Beau-Rivage Palace (BRP) est devenu un habitué du podium des ratings hôteliers internationaux. Dans la catégorie «Hôtel de ville», l’entreprise coiffe régulièrement le classement des établissements helvétiques établi par le magazine alémanique Bilanz (par ailleurs partenaire de Bilan pour le palmarès des 300 plus riches de Suisse). 

Naissance de la SIO

Mais revenons aux origines. L’histoire du BRP débute au milieu du XIXe siècle, alors qu’Ouchy n’est encore qu’un petit port de pêcheurs. Sur les rives du lac Léman, l’Hôtel des Bergues à Genève et les Trois-Couronnes à Vevey accueillent déjà des touristes fortunés. Ce sont souvent des Britanniques partis faire leur «Grand Tour» pour découvrir les beautés de l’Europe continentale durant un voyage de plusieurs mois.

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L’idée d’ouvrir un palace à Lausanne destiné à la même clientèle est celle de quelques Vaudois membres du Parti libéral de l’époque. On est alors en pleine révolution industrielle. Désireux d’encourager le développement local, ces notables sont prêts à payer de leur poche pour compléter les moyens de l’Etat. Commerçants, avocats ou banquiers, ces privés parviennent finalement à sceller une alliance avec les autorités. L’arrangement clôt un vieux conflit entre la commune d’Ouchy, favorable à l’essor urbain, et un gouvernement cantonal radical plus soucieux des intérêts de la campagne. 

Une société privée qui va devenir la Société immobilière d’Ouchy (SIO) est alors fondée avec la mission de concevoir un plan d’aménagement pour le village d’Ouchy en 1856. Pour les initiateurs du projet, le moment est venu d’accueillir dignement les bateaux en provenance de Genève, comme le fait déjà Montreux. Les plans prévoient une valorisation des rives du lac. 

En 1857, le Grand Conseil vaudois cède à la future SIO le terrain où va être édifié le BRP. Alors syndic de Lausanne, Edouard Dapples prend la direction de la SIO et confie l’aménagement du rivage à Louis Joël, membre libéral de l’Exécutif lausannois. Un concours est lancé pour choisir l’architecte de l’hôtel. Fin 1857, le Genevois François Gindroz remporte le Prix du jury. Mais le fait que le lauréat ne provienne pas de la région crée des obstacles. Le mandat est finalement accordé aux deuxièmes ex aequo, les Lausannois Achille de La Harpe et Jean-Baptiste Bertolini. 

Métamorphose d’Ouchy

Alors que la Suisse s’emploie à jeter les bases de son essor économique à venir, le monde connaît de grands bouleversements. En Russie, Alexandre ll abolit le servage et 20 millions de personnes sont libérées de l’esclavage. La guerre de Sécession débute aux Etats-Unis. A Lausanne, on perce la rue Haldimand entre la place de la Riponne et le Grand-Pont, tandis qu’Ouchy n’a encore rien d’un haut lieu touristique.

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La bourgade est cernée de maisons cossues appartenant à des patriciens. Des Lausannois qui ont leur hôtel à la rue de Bourg et rejoignent leur résidence secondaire au bord du lac en calèche. La majeure partie de ces privilégiés sont cependant formés de riches étrangers. Parmi eux, la famille britannique Alliott qui va céder à la SIO le terrain où sera construit le Beau-Rivage.

Premier établissement hôtelier d’Ouchy, l’Hôtel d’Angleterre a accueilli l’écrivain du romantisme britannique Lord Byron en 1816. C’est là que l’auteur a rédigé son célèbre poème, «Le prisonnier de Chillon». Attirés par la réputation romanesque de l’endroit, les Anglais affluent à cette adresse bientôt dépassée par son succès. 

La réalisation du projet du Beau-Rivage en cinq ans seulement a tout d’un exploit. De style néoclassique, l’hôtel initial sera flanqué en 1908 d’un bâtiment néobaroque de six étages signé Eugène Jost, architecte du Montreux Palace. Les figures sculptées au pinacle de la grande coupole sont inspirées des nymphes de Carpeaux de l’Opéra Garnier à Paris. Directeur de l’hôtel et pionnier de l’hôtellerie suisse, Jacques Tschumi a orchestré l’agrandissement de la construction. A la tête du Beau-Rivage de 1888 à 1912, le Bernois est aussi le fondateur de l’Ecole hôtelière de Lausanne, en 1893.

L’empreinte de la famille Sandoz

L’histoire de ce fleuron hôtelier est indissociable de celle de la famille Sandoz, propriétaire du BRP par l’intermédiaire de la Fondation de famille Sandoz. D’abord minoritaire, l’actionnariat de la fondation a augmenté au fil du temps jusqu’à couvrir la quasi-totalité du capital. Cofondateur de Sandoz à Bâle (qui fusionnera avec Ciba-Geigy pour donner naissance à Novartis en 1996), Edouard Constant Sandoz vient, une fois sa fortune faite, s’installer à Lausanne, ville dont son épouse Olympe est originaire.

Cette dernière est aussi la sœur d’un des fondateurs de la marque horlogère Longines. Devenu un pilier de la SIO, l’entrepreneur et mécène va jouer dès 1907 un rôle actif dans la gestion de l’établissement. Par la suite, ses héritiers vont continuer à siéger au conseil d’administration. 

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Créée par le peintre et sculpteur Edouard Marcel Sandoz, la fondation a pour but d’encourager la créativité et l’esprit d’entreprise. Gérant un patrimoine estimé à plus de 5 milliards de francs, l’organe investit dans l’horlogerie (Parmigiani Fleurier) comme dans la technologie. Le pôle hôtelier de la fondation comprend encore l’Angleterre & Résidence, puis le Lausanne Palace et le Château d’Ouchy acquis en 2015, le Riffelalp Resort, sis à Zermatt à 2222 mètres d’altitude, et l’hôtel lacustre Palafitte à Neuchâtel. 

Le réveil d’une légende endormie

Le pôle hôtelier de la fondation est actuellement dirigé par François Dussart qui a été à la tête du BRP de 2003 et 2015. Durant cette période, de gros investissements ont été consentis. «Ces aménagements ont apporté à l’hôtel les touches de modernité qui ont permis de réveiller une légende endormie», relate Nathalie Seiler-Hayez.

Un spa à 13 millions, ouvert en 2005, donne un coup de fouet à l’hôtel qui bénéficie à cette occasion d’une couverture importante de la presse internationale. Puis une rénovation d’ampleur est entreprise dans le cœur du bâtiment. «La rotonde, qui date de 1908, nécessitait une restauration. Nous en avons profité pour repenser les espaces de l’hôtel», témoigne François Dussart.

Les travaux débouchent sur l’ouverture d’une nouvelle salle de petit-déjeuner et la création du restaurant d’Anne-Sophie Pic (voir encadré). Des dizaines de millions sont investis dans des transformations qui mettent également une centaine de chambres aux derniers standards technologiques.

Nathalie Seiler-Hayez reprend: «Chaque saison, nous montons des activités afin d’inviter les Lausannois à venir au BRP. Cet hiver, il y aura un carrousel sur la terrasse, et les visiteurs pourront venir boire de bons chocolats chauds après une promenade. Nous tenons beaucoup à ce mélange entre clientèles internationale et locale, car l’hôtel est une pièce du patrimoine des habitants à part entière.»  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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