Bilan

La Suisse, foyer fidèle de la flamme olympique

Le Comité international olympique s’est installé il y a 100 ans à Lausanne. Son musée est devenu l’une des six attractions les plus visitées du pays.
  • Des membres du premier Comité international olympique en 1896, dont le fondateur Pierre de Coubertin (assis à gauche).

    Crédits: CIO
  • Le stade de Vidy est construit dans les années 1920.

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  • Son cabinet (ci-contre) avait été reconstitué dans l’ancien Musée olympique de Mon-Repos.

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  • Pierre de Coubertin (ci-dessus à Ouchy en 1937), a présidé le CIO jusqu’en 1925.

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  • Inauguration des anneaux olympiques de marbre devant l’entrée du château de Vidy, en 1988.

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  • Juan Antonio Samaranch, président du CIO de 1980 à 2001, ouvre l’ère du sport business.

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  • Le président actuel Thomas Bach pose au côté de la statue du fondateur dans les jardins du siège du CIO.

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  • Grande cérémonie d’inauguration de la Maison olympique en 1986...

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  • ... Suit en 1993 celle du Musée olympique à Lausanne.

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  • ... Suit en 1993 celle du Musée olympique à Lausanne.

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Peu d’institutions ont joué pour la Suisse romande un rôle aussi important que le Comité international olympique (CIO). Labellisée «Capitale olympique», Lausanne attire aujourd’hui des touristes du monde entier venus visiter le musée qui retrace l’histoire des Jeux olympiques (JO). La présence plus que centenaire du CIO a permis à la région d’attirer les plus hautes instances sportives mondiales. D’après une étude menée par l’AISTS (Académie internationale des sciences et techniques du sport) en 2015, quelque 45 organisations sportives internationales sont basées en Suisse, emploient au total plus de 2000 personnes et ont un impact annuel économique de 1,07 milliard de francs. Sur cette somme, le canton de Vaud perçoit 546 millions de francs et la Ville de Lausanne 250 millions. 

Mais revenons sur les débuts de l’histoire de l’olympisme moderne. Descendant d’une famille de la noblesse romaine qui a quitté l’Italie au XVIe siècle pour s’installer en France, le baron Pierre de Coubertin est – chose rare à la fin du XIXe siècle – un grand sportif. Cet athlète cumule la pratique de la boxe, l’escrime, l’équitation, l’aviron et le tir au pistolet. Alors qu’il est installé en Grande-Bretagne, l’aristocrate est un jour invité dans une petite ville qui organise chaque année des «Olympic Games» à l’échelle locale. Fasciné par cette compétition inspirée des rites de la Grèce antique, il poursuivra toute sa vie le rêve de faire revivre ces joutes à l’échelle internationale.

Evoluant sous le régime de la Troisième République, la France des années 1890 est alors en pleine expansion coloniale. Quant au baron, il se désintéresse de la politique pour consacrer toute son énergie à la promotion du sport. Il lance des revues sportives et s’associe à l’abbé dominicain Henri Didon, considéré comme l’un des promoteurs du sport moderne. L’homme d’Eglise est l’auteur de la formule «Plus vite, plus haut, plus fort» (Citius, altius, fortius en latin), qui deviendra la devise des JO.

En juin 1894, Pierre de Coubertin organise à Paris un congrès pour le rétablissement des Jeux olympiques. La volonté de Coubertin se réalise en 1896 à Athènes. Les premiers JO se déroulent en Grèce sous le sigle du Comité international olympique. Il en sera le président durant une trentaine d’années. 

Un familier des rives du Léman

Dès le début du XXe siècle, Pierre de Coubertin se met à fréquenter les rives du lac Léman car Jacques, son fils handicapé, est soigné dans une institution de la région. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le baron déplace le siège du CIO à Lausanne, protégée du conflit par le statut de neutralité de la Suisse. En 1922, il s’installe dans le chef-lieu vaudois puis quitte la présidence en 1925 avant de déménager à Genève en 1934. Le baron meurt dans la Cité de Calvin d’un infarctus trois ans plus tard. Il est inhumé à Lausanne. Son cœur, séparé du reste de sa dépouille, repose à Olympie, en Grèce, dans un monument érigé à sa mémoire.

Le CIO dispose d’abord de quelques salles dans le Casino de Montbenon. Lorsqu’il pose ses valises à Lausanne, Pierre de Coubertin se fait prêter un appartement de la Villa Mon-Repos où resteront les archives du CIO après son départ pour Genève. Encouragée dans sa vocation sportive par l’implantation du siège olympique, Lausanne inaugure dès les années 1920 le golf d’En Marin, le vélodrome de la Pontaise et le stade de Vidy. Construit par le Cercle des sports, ce dernier est le premier en Suisse à disposer d’une piste cendrée de 400 mètres. Mais dès 1939, l’Europe replonge dans la guerre. Malgré les hostilités, Lausanne va maintenir la célébration du 50e anniversaire du Congrès de Paris, le 23 juin 1944, trois semaines après le débarquement. 

Dans l’après-guerre, entre 1960 et 1955, les activités du CIO prennent de l’ampleur. Les dépenses sont multipliées par sept, mais les recettes ne suivent pas. La faillite guette et le CIO envisage de quitter la Suisse. Afin d’éviter ce départ, les autorités de la Ville de Lausanne mettent à disposition le château de Vidy où emménagent en 1968 les 12 employés du CIO. 

Le règne faste de Samaranch

Une ère faste s’ouvre en 1980 avec l’élection à la présidence de l’Espagnol Juan Antonio Samaranch. En 1981, l’ancien secrétaire aux Sports du régime du général Franco obtient du Conseil fédéral un statut d’organisation internationale pour le CIO. Ce statut prévoit notamment des privilèges fiscaux ainsi que l’immunité diplomatique. Flamboyant, Juan Antonio Samaranch multiplie les rencontres avec les grands dirigeants de ce monde, de Nelson Mandela à Bill Clinton en passant par Fidel Castro. A titre privé, il se bâtit en parallèle un empire financier et commercial.

Le Catalan consolide l’implantation du CIO à Lausanne en nommant des Lausannois aux postes clés comme François Carrard, directeur général de 1989 à 2003. La capitale vaudoise devient à la même période un centre névralgique du sport international en accueillant le siège de nombreuses fédérations sportives et le nouveau Tribunal arbitral du sport. Le personnel qui a triplé en six ans emménage en 1986 dans un nouveau bâtiment administratif à Vidy, la Maison olympique.

A son bilan à la tête du CIO, Juan Antonio Samaranch affiche la prouesse d’avoir fait passer les joutes olympiques du stade de l’amateurisme au professionnalisme. Une métamorphose qui passe par la commercialisation de l’événement, l’essor du sponsoring et l’explosion des droits télévisuels. Surnommé le «Seigneur des anneaux», il a fait connaître les JO par une transformation qui ouvre l’ère du sport business. Malgré son passé franquiste, le président du CIO sera fait marquis par le roi d’Espagne en 1991 pour avoir joué un rôle majeur dans l’attribution des JO de 1986 à Barcelone. 

Le jalon du Musée olympique

C’est à Juan Antonio Samaranch que Lausanne doit l’édification du Musée olympique sur les hauteurs d’Ouchy, au bord du Léman. Le bâtiment abrite des expositions concernant le sport et le mouvement olympique. Figurant parmi les six attractions les plus visitées de Suisse avec quelque 200  000 entrées par an, le musée inauguré en 1993 a connu un nouveau départ en 2013. Après deux ans de travaux financés par le CIO à hauteur de 200 millions de francs, l’institution rénovée a déployé de nouveaux espaces qui intègrent des vidéos interactives sur plus de 150 écrans. 

Lors de la même année 2013, l’avocat allemand Thomas Bach accède à la présidence du CIO pour un mandat de huit ans. L’ancien champion olympique au fleuret succède au Belge Jacques Rogge. Son passé de représentant d’Adidas et de Siemens l’a conduit à devoir s’expliquer devant la commission d’éthique du CIO. Objet de la convocation: l’attribution de contrats pour les infrastructures des JO de Pékin (2008) au groupe industriel de Munich par Thomas, alors qu’il recevait toujours des émoluments de Siemens.

Le CIO brasse d’énormes sommes d’argent. Le géant chinois de l’e-commerce Alibaba a conclu au début de l’année un partenariat avec les JO courant jusqu’à 2028 estimé à 800 millions de dollars. Mieux, Discovery, la maison mère d’Eurosport, déboursera 1,3 milliard d’euros pour diffuser sur tous les supports les Jeux d’hiver 2018 et 2022 et ceux d’été de 2020 et 2024. La vente de seuls droits de diffusion représente la moitié des revenus du comité. Quelque 45% sont pourvus par le sponsoring, tandis que les 5% restants sont issus de la vente des billets et de licences.

Un nouveau bail pour 100 ans

A l’avenir, la collaboration entre Lausanne et le CIO doit se poursuivre sous les meilleurs auspices. En 2014, le CIO a décidé de regrouper toute son administration, soit 600 personnes, sous un même toit à Vidy. Ce nouveau bâtiment est conçu pour s’intégrer dans le paysage local des jardins de Vidy. La Ville a signé à cette occasion un nouveau bail qui court jusqu’à 2115, pour les 100 prochaines années. Le Comité international olympique espère occuper son nouveau palais d’ici à 2020.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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