Bilan

La maison Badoux veut réveiller le Clos de Chillon

Le monument le plus visité de Suisse ambitionne de positionner son chasselas, encore trop méconnu.

Il était une fois un magnifique château entouré de vignes et équipé d’un pressoir et de caves à vin. Puis les siècles passèrent, et ce n’est qu’au cours de la deuxième moitié du XXe siècle qu’il est décidé de refaire à nouveau un vin. Les premiers pas sont timides. Seules quelques centaines de bouteilles sont commercialisées. Il faudra encore patienter plusieurs décennies pour que le Clos de Chillon regagne ses lettres de noblesse. Enfin, voilà quelques semaines, on apprenait que la «Belle endormie» avait trouvé son «Prince charmant» en la personne de Daniel Dufaux, à la fois président des œnologues suisses et œnologue responsable des caves Badoux Vins à Aigle. En effet, ce dernier a accepté de se charger de vinifier dans les caves du château de Chillon l’ensemble de la récolte provenant des parcelles détenues par la Fondation du château de Chillon. De quoi caresser le rêve de vendre prochainement la totalité en bouteilles et d’en finir avec la vente en vrac à bas prix d’une partie de la vendange! Pour l’heure, rares sont les hôtels et restaurants de la région à le proposer à leur carte. L’excellente collaboration entre Jean-Pierre Pastori, directeur de la Fondation du château de Chillon, et Daniel Dufaux les a conduits il y a plus d’une année à mener une expérience d’immersion de 400 bouteilles du chasselas Clos de Chillon et Aigle les Murailles à 30 mètres de profondeur. Ce fut un échec. C’est alors que Daniel Dufaux, enfant de la région, qui rêve depuis longtemps de dynamiser le Clos de Chillon en parle à Jean-Pierre Pastori. Qui est immédiatement enthousiasmé: «C’est un retour à la tradition. J’ai fait faire une recherche historique et l’on a retrouvé la trace d’un pressoir au Moyen Age. Nous en avons la preuve. Et le bénéfice lié à la vente de nos bouteilles contribuera à financer plus largement encore la restauration du château.»

Vinifié sur place En fait, il y a des siècles que des vignes sont travaillées dans les environs de Chillon. Puis des constructions contemporaines ont surgi dans le secteur, avec des architectures plus ou moins réussies. Dès 1901, une association tente de protéger ce site prestigieux. En 1965, un couple fait don d’une parcelle de 2000 m2 «afin que la vue de Chillon soit mieux garantie». Trois ans plus tard, une seconde parcelle est achetée à cette fin. La décision est alors prise de cultiver cette vigne plutôt que d’en faire un parc public. Un gardien vigneron est engagé. En 1976 et en 1980, l’association procède à de nouveaux achats. Au final, la vigne du château totalise 12 500 m2. Un chantier a néanmoins démarré (lire notre édition du 2 décembre), mais qui ne devrait pas défigurer ce site. De 850 kilos de raisin en 1971, la production est passée à près de 12 300 kilos dans les années 1980. «Désormais, nous revenons à une vinification plus respectueuse du produit avec une diminution de la quantité de raisin produite et un allongement de la durée de vinification. De plus, le vin est vinifié sur place. Ainsi, la récolte 2011 est actuellement en cours d’élevage dans 45 barriques que nous avons disposées dans la cave où débutent les visites. Grâce au vigneron Eddy Bertholet, nous avons pu vendanger en trois étapes afin de cueillir les raisins dans les meilleures conditions de maturité», résume Daniel Dufaux. Auparavant, dans cette même cave, la direction avait disposé cinq tonneaux vides dans un souci de muséographie. «Il est bien évident que dans ces conditions il est exclu de chauffer ce lieu souterrain. Par conséquent, l’élevage sera lent et le vin ne sera plus dérangé jusqu’à la mise en bouteilles, soit dans une année. Ainsi, le Clos de Chillon aura sa vraie personnalité», promet le président des œnologues suisses. Rendez-vous dans quelques mois pour les premières dégustations sur place!

Crédit photo: Regis Colombo/Diapo.ch

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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