Bilan

La lausannoise BestMile lève 11 millions et s'internationalise

Grâce à une série A bouclée avec des capitaux européens, la startup active dans les logiciels pour flottes de véhicules autonomes accélère son développement en Asie et aux Etats-Unis. Cession de la société ou départ du siège ne sont désormais plus exclus.

Raphaël Gindrat, CEO de BestMile, planifie l'ouverture de bureaux en Asie, ainsi que la signature de partenariats stratégiques en 2018

Crédits: DR

Avec ses 50 employés, dont 40 sur le seul site de l’Innopark à l’EPFL, BestMile, qui produit un software pour coordonner des flottes de véhicules autonomes s’est fait notamment connaître à Sion avec le déploiement de navettes sans chauffeur. Parmi les startup suisses les plus en vue, elle vient de lever 11 millions de capital-croissance pour son développement international, et vise des partenariats clés avec l’industrie automobile. Une nécessité pour faire sa place sur le marché ultra-concurrentiel du véhicule autonome. Entretien avec Raphaël Gindrat, CEO et cofondateur.

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Bilan : On dit souvent qu’il faut aller aux Etats-Unis pour lever du capital-croissance, or vous vous financez en Europe, notamment en Suisse. Les mentalités changent-elles?

Raphaël Gindrat: Cela reste souvent difficile de se financer en Europe, plus encore en Suisse. Concernant l'investisseur suisse Road Venture, nous avons eu la chance d’être exactement dans la cible et le bon timing : ce partenaire spécialisé dans la mobilité venait de se créer et recherchait des projets. D’autres sociétés étaient déjà entrées lors de notre précédente levée de fonds, et nous ont suivi pour cette série A. Pour un partenaire comme Aéroport de Paris (ADP), l’investissement est plus stratégique. En effet, nous travaillons sur des déploiements de navettes autonomes sur les tarmacs, parkings, ainsi que des projets de transport logistique sur des aéroports. Mais des contacts ont été pris par notre bureau de San Francisco, auprès des bureaux californiens de certains VC européens.

Votre développement à l’international commence donc à porter ses fruits…

Oui, nous sommes désormais huit sur le bureau de San Francisco. Cette ville est devenue notre siège pour toute la partie business, j’y passe moi-même de plus en plus de temps. Lissa Franklin a rejoint notre bureau californien, en provenance de Appdirect pour développer les partenariats, ainsi que Michael Cottle, que nous avons débauché chez RideCell, concurrent américain actif sur le mapping pour flottes de véhicules conventionnels. C’est aussi un message pour l’industrie. Du côté de l’Asie, nous visons Singapour et Tokyo cette année. Singapour pour les projets pilotes, et Tokyo, pour la proximité avec les constructeurs japonais.

Vous êtes sur un marché naissant ou la concurrence est très forte. Grands constructeurs, géants de l’informatique, prestataires comme Uber…Certains développent peut-être leur propre système de gestion de flotte. Comment se distinguer dans cet environnement?

Tant que les tests restent techniques à l’échelle du véhicule, nous ne sommes pas dans le jeu. En revanche, les premières flottes sont attendues dès 2020-2021. 2018-2019 sera le premier point de bascule et des annonces de partenariats, en particulier avec des constructeurs, qui devront nécessairement être faites cette année. Comme il n’existe pas de standards technologiques pour les logiciels de flottes autonomes, il faut concrétiser des accords de compatibilité technologiques avec l’industrie automobile. Il faut aussi parvenir à se positionner avec des accords commerciaux de gestion de flotte dès que des robots taxis seront en place. Alors, oui, certainement, les constructeurs ou prestataires développeront des solutions propres, d’autres rachèteront des startup dans le logiciel. D’autres créeront des partenariats. C’est sur cette dernière option que nous misons en priorité.

L’avenir ne passe-t-il pas par la revente à l'un de ces grands groupes, ou un départ pour les Etats-Unis afin de voir plus grand?

Aujourd’hui, un exit par revente à un constructeur n’est pas le but premier. Ceci dit, nous avons déjà trois tours de financement, par conséquent nous ne sommes plus les seuls maîtres à bord. Si une offre sérieuse de rachat devait être faite, elle serait étudiée attentivement, Quant au fait de transférer la raison sociale aux Etats-Unis, ce n’est pas à l’ordre du jour dans l’immédiat, mais si on doit le faire, on y est prêt. Si à l’occasion de notre série B un fonds nous le demande, nous savons que cela fait partie du jeu. Cela ne menacerait pas l’emploi en Suisse, trois quarts de nos employés sont ici. Nous venons de recruter Marco Laumanns en tant que VP Researcher, en provenance d’IBM Zurich, pour travailler sur la partie mathématique, algorithmique. C’est un peu le modèle israëlien. Business aux Etats-Unis, développement technique au pays. Ca ne changerait pas grand chose.

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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