Bilan

La génération Y n’existe pas, la preuve par Gaston

Réputés capricieux, accros aux nouvelles technologies et désinvestis, les «Y» (âgés de 20 à 35 ans) auraient le même rapport au travail que leurs aînés, selon des travaux inédits de l’Université de Genève.

Parmi les idées reçues sur les Y: travailler serait moins important pour eux que pour leurs aînés.

Crédits: Klaus Vedfelt/Charlène Martin/getty images

Cela fait aujourd’hui vingt-quatre ans que le concept de génération Y existe. Apparu pour la première fois dans le magazine américain Advertising Age en référence à la forme des écouteurs sur le torse ou la question «Pourquoi» (la lettre Y se prononçant «why» en anglais), il fait l’objet d’innombrables pubs et articles. Celles et ceux qui en font partie auraient quelques qualités et… pas mal de défauts. Agiles et innovants, mais instables et individualistes, ces jeunes adultes entre 20 et 35 ans donneraient du fil à retordre à qui ose les engager. 

En réalité, rien ne les distingue de leurs aînés âgés de 35 à 50 ans (les «X») dans le sens qu’ils donnent au travail. C’est la conclusion d’une étude inédite réalisée par Max Lovey, un étudiant de master, sous la direction du professeur Jean-Michel Bonvin de l’Institut de démographie et socio-économie de l’Université de Genève. Elle a consisté à mesurer le sens accordé au travail par différentes générations: les «Z» (moins de 20 ans), les fameux X et Y, et les baby-boomers (50 ans et plus).

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Différentes questions leur ont été posées sur l’importance donnée au travail, leur besoin de communiquer, leur sensibilité écologique, l’influence de la concurrence, le caractère varié des activités, les relations avec les collègues, le sentiment d’être utile… L’enquête, menée auprès de plus de 250 employés de 7 entreprises, a été commandée par le Congrès HR Sections romandes qui a réuni le 12 septembre des dizaines de spécialistes des ressources humaines de toute la région. 

X et Y, même combat

Les résultats ont surpris. «Les réponses des générations X et Y sont quasi identiques. Par exemple, 13,2% des Y et 11,6% des X arrêteraient de travailler en cas de rente à vie. Toutes deux disent aussi, à un pourcentage quasi similaire, qu’elles préféreraient récupérer leurs heures supplémentaires en argent qu’en temps libre», affirme Max Lovey. 

Ces résultats contredisent aussi certaines idées reçues. Celle, par exemple, selon laquelle travailler serait moins important pour les jeunes que pour leurs aînés. En réalité, c’est l’inverse: 67,6% des moins de 20 ans estiment que le travail est «très important, mais autant que d’autres choses», contre 63% des 20 à 35 ans, 60,8% des 35 à 50 ans et… 54% des plus de 50 ans.  

Globalement, trois types d’attitude ressortent de l’étude de l’Université de Genève: celle des moins de 20 ans, celle des X et Y, et celle des baby-boomers. Et encore, les faibles écarts laissent penser que dans la réalité de l’entreprise, la guerre des générations n’est pas pour demain. 

La paix générationnelle suisse 

«La Suisse n’a pas récemment connu de grandes ruptures ou de précarité matérielle. C’est ce qui explique une relative uniformité des réponses par rapport au travail, qui est une valeur centrale pour tout le monde», explique le professeur Jean-Michel Bonvin. 

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Le concept «génération Y» n’est pas remis en cause que par des chercheurs. «Mon premier réflexe, c’est de dire oui, la génération Y existe. En entretien, les adultes de cet âge disent leur besoin d’avoir un travail qui a du sens, leur permet de bouger et d’évoluer dans une bonne ambiance. Mais en réalité, les 40-50 ans se posent les mêmes questions, sauf qu’ils les abordent moins frontalement», relève Anne Michellod, directrice des ressources humaines à la Loterie Romande.

Pour elle, le sens qu’on donne à son «job» dépend surtout du stade de la vie que l’on traverse et des contraintes que l’on a. «Quand on n’a pas d’obligations familiales ou d’hypothèque sur le dos, on n’a pas la même attitude que quelqu’un qui doit assumer», affirme-t-elle. 

En réalité, le facteur déterminant dans le sens qu’on donne à son emploi, c’est le stade de la carrière ou le statut socioprofessionnel, selon l’étude de Max Lovey. Le biais dû au fait qu’on a plus de chances d’avoir un statut de cadre à 50 ans qu’à 20 a été isolé pour parvenir à un résultat fiable. 

L’importance du fait d’appartenir à la collectivité des cadres, des employés ou des apprentis avait déjà été relevée par le psychologue et chercheur Jean Pralong en 2009. Ce professeur en gestion des ressources humaines à Paris relevait alors qu’un groupe offre «des solutions et visions du monde qui nourrissent les schémas cognitifs individuels». Lui aussi est parvenu
à la conclusion que le concept de «génération Y» ne repose pas sur grand-chose. 

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«D’abord, une génération, c’est vingt-cinq ans, pas quinze. Et puis, le fait d’appartenir à une classe sociale est bien plus déterminant que celui d’être né en telle année. Qu’ont en commun un étudiant en école de commerce à Paris ou un apprenti boucher en zone rurale?», interroge-t-il. 

La preuve par Gaston

Selon lui, le succès d’un concept caricatural comme celui de «génération Y» est dû à la méfiance envers les jeunes, en période de crise économique. «Je ne compte plus les réunions de RH où l’on parle d’eux comme s’il fallait les domestiquer», s’insurge-t-il. Pourtant, les qualités et défauts qu’on attribue aux Y n’ont rien de nouveau. «Ils datent de l’apparition de la notion de jeunesse, au début du XXe siècle. On la perçoit alors comme une période de déviance que l’on tolère, parce qu’elle est éphémère», explique Jean Pralong. 

Et de souligner que la plus belle démonstration que ces clichés ont la vie longue, c’est… Gaston Lagaffe. Ecolo allergique au travail, astucieux mais ingérable, le sympathique flemmard à pull vert est une caricature de Y… sauf qu’il a été inventé en 1957. Au fond, quelles que soient les époques, on a peut-être tous en soi un Y qui sommeille? M’enfin!  

Aline Jaccottet

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