Bilan

La BCVs, de la faillite à la prospérité

A travers sa naissance et ses crises d’adolescence, la Banque Cantonale du Valais est devenue indissociable de l’état de santé de son canton. Elle fête ses 100 ans.
  • Action au porteur de 250 francs émise par la Banque Cantonale du Valais en 1859. Celle-ci a fait faillite en 1870, avant de renaître en 1917.

    Crédits: Archives cantonales/AEV
  • Jules Tissières, premier président du conseil d’administration en 1917, par le peintre Ernest Biéler.

    Crédits: Imprimés valaisans
  • Premier grand livre de la banque (1917)

    Crédits: Dr
  • Le bâtiment de la Banque Cantonale du Valais, rue des vergers à Sion, immortalisé en 1936.

    Crédits: Dr
  • Les guichets, au début des années 20. La BCVs emploie alors 20 personnes.

    Crédits: Dr
  • 2004: une reine illustre une publicité.

    Crédits: Dr
  • 2017: le bâtiment actuel à Sion.

    Crédits: Dr
  • Pascal Perruchoud (président de la direction générale) et Jean-Daniel Papilloud (président du conseil d’administration).

    Crédits: Crottet
  • Crédits: Dr
  • Crédits: Dr

La Banque Cantonale du Valais (BCVs) célèbre son 100e anniversaire cette année. Il ne faudrait pas en déduire qu’aucune banque valaisanne n’avait existé auparavant. Une première «Banque Cantonale du Valais» a été fondée en 1858. Elle ouvre ses portes en 1859 et sera à la fois une caisse d’escompte, une caisse hypothécaire et une caisse d’épargne. 

Elle voit le jour alors que le Valais commence à attirer ce que l’on nomme encore des «voyageurs de passage». Le canton est pauvre et ses besoins sont immenses. Cette première banque succombera sous le poids des intérêts passifs et finira par fermer ses portes  fin 1870. La gestion de cette première banque aura donc duré treize ans, et sa liquidation prendra exactement le même nombre d’années.  

«A peine le Valais a-t-il renoncé à l’espoir de renflouer sa première banque qu’il en projette une autre, tant la nécessité s’en fait sentir», résume Bojen Olsommer, directeur de la Société hôtelière du Valais, dans un ouvrage édité en 1967 à l’occasion du 50e anniversaire de la BCVs. La Caisse hypothécaire et d’épargne du Valais commence ainsi son activité en 1896. 

Au début du XXe siècle, l’agriculture, le commerce et l’industrie se sont développés dans de telles proportions qu’un établissement financier solide, avec un champ d’activité plus large, devient une réelle nécessité. Entre-temps, le Simplon est percé (1905), la ligne du Lötschberg construite (1913), le funiculaire Sierre-Montana-Vermala achevé (1911), sans oublier l’implantation de grandes industries (Lonza à Viège, Ciba à Monthey, l’aluminium à Chippis, etc.). Entre 1888 et 1911, le nombre de salariés employés par l’industrie en Valais a quasiment décuplé. Bref, l’Etat souhaite enfin se doter d’une vraie banque cantonale. 

Pour la première fois, le canton prend l’entière responsabilité de la banque. Il en garantit sans limites les engagements. La population sera amenée à adopter le décret du Grand Conseil en juillet 1916: le oui l’emporte par 5958 voix contre 1653. Au 1er janvier 1917, la clientèle et les treize agents et représentants de la Caisse hypothécaire passent en bloc à la BCVs.
A l’époque, la majorité de ses agents et représentants étaient très engagés en politique. Ainsi, en 1925, la banque perd d’un coup deux de ses agents qui venaient d’être élus au Conseil d’Etat!  

Premiers soubresauts

Ses effectifs vont croître progressivement: 20 en 1919, 40 en 1926. Le bilan du jeune établissement va suivre la même courbe. De 25,8 millions en 1917, il grimpe à 51,3 millions en 1926. Logique, la mue profonde du Valais exige de gros investissements. Cela étant, au lendemain de la Première Guerre mondiale, son président d’alors peut encore affirmer sans se tromper: «Quand la vigne va, tout va. La situation économique de notre canton est établie surtout par les résultats de l’année agricole, puisque l’agriculture forme la principale ressource du pays.» Longtemps encore, la BCVs commence sa revue annuelle par l’agriculture et par la vigne: on y décrit le nombre de kilos de framboises et de poires Williams récoltées. 

Puis le tourisme commence à se développer. Sauf que dans les années 1930 la crise survient. La défaillance de la livre sterling impacte fortement les hôtels, d’autant que 40% de la clientèle provient alors du Royaume-Uni. Le taux d’occupation passe de 61% en 1929 à 35% en 1932. En 1935, le bilan de la BCVs marque un léger recul. En septembre 1936, le Conseil fédéral décide de dévaluer d’environ 30% le franc suisse, de quoi booster l’industrie touristique, notamment. 

Effectifs et bilan progressent 

Après la Seconde Guerre mondiale, les touristes reviennent. A cela s’ajoute dans les années 1950 l’essor des barrages avec la construction de nombreux ouvrages. Le bilan de la banque franchit le cap des 300 millions de francs en 1954, époque où elle occupe 138 personnes, dont 111 à son siège central. Raison pour laquelle elle se fait construire un nouvel immeuble entre 1954 et 1956. 

Dix ans plus tard, en 1964, le bilan de la banque a encore bondi pour s’approcher des 850 millions de francs. Il faut dire que les années 1960 seront celles de la surchauffe. «Le Valais est entré dans l’ère
des super. On ne parlera bientôt plus de station, mais de superstation, et encore moins de téléphérique, mais de supertéléphérique», peut-on lire dans le rapport annuel de 1969 à propos du développement et de la compétition qui règnent au sein du secteur touristique. 

L’ambiance change fin 1973. L’activité des constructeurs entre dans une phase de récession. La situation du Valais est encore aggravée du fait qu’il est durement touché par l’arrêté du Conseil fédéral interdisant aux étrangers de placer des fonds dans des immeubles en Suisse. «Il est souhaitable que l’autorité fédérale prenne mieux conscience des particularités régionales de notre pays et mette un frein au désir de tout réglementer sur le plan national», peut-on lire dans le rapport annuel 1974.  

Bon gré mal gré, le bilan de la BCVs franchit le cap des 2 milliards en 1975. La barrière des 300 collaborateurs est dépassée en 1978, puis celle des 400 en 1985. En 1991, on va atteindre 510 employés,
le niveau historique le plus élevé, jamais dépassé depuis. A cette époque, le total au bilan venait de passer la barre des 5 milliards; il atteint les 15 milliards avec 457 personnes, faisant prochainement passer la BCVs dans la catégorie 3 de la Finma, «acteurs du marché grands et complexes», au même titre que ses consœurs genevoise ou vaudoise.

A partir de 1983, la BCVs entame une collaboration avec la Caisse d’Epargne du Valais, la dernière banque privée valaisanne. Cette alliance fut de courte durée puisque la Caisse d’Epargne du Valais fut reprise par la Société de Banque Suisse (SBS) quelques années plus tard. 

1992, l’affaire Dorsaz

L’année du 75e anniversaire de la BCVs aura aussi été celle de l’affaire Dorsaz, du nom de l’un des plus importants clients de la banque. Son groupe gonfla ses engagements auprès de la banque cantonale à un niveau dépassant les normes imposées par la loi fédérale sur les banques, à l’insu des organes supérieurs de la banque. Afin de faire face au risque, la BCVs avait provisionné environ 130 millions de francs, montant qu’elle a pu, grâce à sa bonne assise financière, dégager sur ses propres moyens.

Elle n’a ainsi jamais eu recours à l’aide de l’Etat. La nouvelle loi sur la Banque Cantonale du Valais de 1991, approuvée par les citoyens valaisans, transforme la BCVs, dès l’exercice 1993, en société anonyme de droit public, cotée en bourse. Une première en Suisse! 

Depuis la fin des années 1990, la banque a diversifié ses activités et ses sources de revenus. Elle a notamment développé ses activités de gestion de fortune. Alors qu’en 1993 les dépôts confiés à la gestion de la BCVs ne s’élevaient qu’à 1,41 milliard, ceux-ci s’établissaient à 5,57 milliards de francs en 2006. «L’activité hypothécaire et commerciale, certes le métier essentiel de la banque, ne peut offrir qu’une croissance limitée», indique le PDG de l’époque. Aujourd’hui, elle gère près de 10 milliards de francs…

Le Valais change et sa banque se transforme. Entre décembre 2015 et mai 2016, la restructuration du capital-actions a permis de simplifier et de moderniser son titre. «Une action, une voix, un dividende»: l’opération a rencontré un beau succès puisque près de 90% des actionnaires en ont profité pour augmenter leur participation, en exerçant des droits d’achat qui leur étaient proposés. La BCVs d’aujourd’hui est solide. Elle poursuit le renforcement de ses fonds propres, qui dépassent désormais 1,2 milliard. Ils ont plus que doublé en dix ans et dépassent largement les objectifs stratégiques et les exigences réglementaires. Bref, elle se place parmi les bons élèves. De quoi lui assurer de fêter son jubilé durant toute l’année avec le sourire. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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