Bilan

Jean-Jacques Frey, les clés du succès d’un empire familial

Après avoir fondé en France un groupe spécialisé dans les domaines de l’immobilier commercial et du vin, Jean-Jacques Frey investit pour la première fois en Suisse, dans une société d’assurances. Rencontre.

Jean-Jacques Frey et sa fille Céline, qui dirige la holding familiale Castiglione basée à Luxembourg.

Crédits: Lionel Flusin

Self-made-man, patriarche, homme d’affaires, passionné de vin et grand sportif, Jean-Jacques Frey est tout cela à la fois. Le Franco-Suisse de 68  ans aux origines bâloises vient tout juste d’acquérir la majorité de Firstcaution, une société d’assurance spécialisée dans la garantie de loyers basée à Nyon, fondée par feu Thierry Leyne.

L’image sulfureuse de cet ex-associé de DSK, dont la réputation a été écornée par des scandales financiers, n’a guère effrayé l’expert en immobilier commercial, pourtant très soucieux de la réputation du groupe familial.

«Malgré les défaillances de l’ancien actionnaire majoritaire, le modèle d’affaires de l’entreprise et le potentiel de développement de cette activité en Suisse nous ont convaincus, explique Jean-Jacques Frey, qui se veut rassurant: Firstcaution n’a pas été ébranlée dans son fonctionnement.»

Ainsi, quand on lui demande s’il a d’autres projets d’investissement en Suisse, l’homme d’affaires répond: «Pour l’heure, nous nous attelons au développement de Firstcaution et n’avons pas d’autres acquisitions en vue.»

C’est donc fort de son expérience de près de quarante ans dans l’immobilier (et dans le risque lié au locataire) que le nouvel actionnaire majoritaire entend apporter son expertise à l’entreprise capitalisée aujourd’hui à hauteur de 15  millions de francs. 

Parti de rien, il a construit un empire en France comprenant aujourd’hui deux pôles de développement: l’immobilier commercial et le vin. Il y a près de quatre décennies, Jean-Jacques Frey a été l’un des premiers en France à construire en périphérie des villes, les fameux «retail parks», ces parcs d’activités commerciales situés sur des axes routiers, comprenant de très nombreuses enseignes sur plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés.

Visionnaire, l’homme d’affaires l’a également été en rachetant dans les années 1980 son premier hectare de vignes en Champagne, où il est né, pour 150 000  euros. «On m’a traité de fou à l’époque, alors qu’aujourd’hui ça vaut dix fois plus», raconte avec amusement celui qui ne possède actuellement pas moins de 100 hectares de vignes dans la région de Reims ainsi qu’une participation dans la maison Billecart-Salmon.

L’amateur de bons crus a également acquis en 2000 Château La Lagune dans le Bordelais, puis le domaine Paul Jaboulet Aîné à Tain-l’Hermitage en 2006. En octobre dernier, le groupe Frey complète la boucle Champagne - Bordeaux - Côtes-du-Rhône en acquérant Château Corton en Bourgogne.

«Nous ne sommes pas des financiers et ne visons pas une rentabilité à court terme, nos investissements s’apprécient avec le temps», aime répéter l’épicurien dont le fil conducteur est «la qualité». C’est l’une des raisons qui ont poussé la famille Frey à se lancer, malgré les nombreux coûts, dans l’agriculture biodynamique.

«Ceux qui achètent des vignobles pour gagner de l’argent immédiatement se brûlent les ailes. Il faut être passionné et patient.» En 2013, sa fille Caroline, l’œnologue de la famille, a décidé de ne pas sortir La Lagune en raison des mauvaises conditions météo qui avaient ravagé la vigne. Un choix difficile qui avait déjà été entrepris pour le millésime 2008 d’hermitage La Chapelle.

La qualité, donc, et le goût détermineront les choix d’investissement du Franco-Suisse. Ainsi, son groupe acquiert en 2013 la marque «Le petit producteur», une entreprise qui sélectionne les meilleurs fruits et légumes en France. L’originalité du concept? La mise en avant de l’agriculteur, avec sa photo et son adresse sur chaque panier.

«Nous projetons de lancer la marque en Suisse, mais cette fois-ci avec les fromages de la région.» Toujours avec le même credo: celui de revaloriser le métier d’artisan et le terroir. «Et il faut que ce soit bon.»

Prendre du bon temps

Aujourd’hui, l’homme d’affaires, venu s’installer en Suisse il y a près de quatorze ans, peut se targuer de voir l’entreprise familiale tourner «sans lui». En effet, ce père de trois filles a légué les commandes du navire à deux d’entre elles: le pôle viticole à son aînée Caroline et le pôle financier à Céline qui dirige la holding familiale Castiglione basée à Luxembourg.

«Même si je travaille encore beaucoup, mon rôle consiste surtout à émettre des réflexions sur les stratégies à moyen-long terme des différentes sociétés du groupe», commente celui qui souhaite désormais passer du bon temps avec son épouse dans la région de l’Oberland bernois où ils sont domiciliés.

Ce qui ne l’empêche pas de se mettre des défis, comme celui d’apprendre le suisse allemand «afin de mieux comprendre ses voisins du terroir».

La Suisse, c’est donc le retour aux sources puisque c’est à Lausanne qu’il venait enfant en vacances. Aujourd’hui trois fois grand-père, il raconte ses souvenirs de jeunesse en terre helvétique: «Je suis passé directement du biberon aux Läckerli.»

Ce n’est donc pas pour des raisons fiscales que le promoteur est venu s’installer en Suisse puisqu’il possède également le passeport rouge à croix blanche grâce à un arrière-grand-père bâlois. «En France, je travaillais quatorze heures par jour. Ici, je prends le temps de m’adonner à mes passions»: le vélo (il parcourt plus de 6000  kilomètres par an), la peau de phoque et la dégustation de bons crus. Son seul luxe? Construire une cave à vins avec un carnotzet dans sa propriété de Gstaad.

Et le self-made-man de conclure: «Dans la vie, il faut beaucoup travailler, mais aussi profiter des bons moments. C’est pour cela qu’il faut être capable de déléguer.» Voilà peut-être bien les clés du succès d’un homme qui a su bâtir un groupe valorisé aujourd’hui à plusieurs centaines de millions de francs.

Chantal Mathez

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