Bilan

J-60 pour Aquatis, l’aquarium 2.0

A deux mois de l’ouverture du plus grand aquarium d’eau douce d’Europe, Bilan a pu assister à une séance de chantier. Retour sur une naissance qui n’a rien eu d’un long fleuve tranquille.
  • Une reproduction animée d’un spinosaure attend les visiteurs lors de leur parcours.

    Crédits: Olivier Evard
  • L’aquarium-vivarium Aquatis devrait ouvrir ses portes le 21 octobre à Lausanne.

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  • Quentin Delohen, chargé de la plateforme Aquatis et adjoint du directeur général.

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  • La scénographie «immersive et interactive» est conçue pour deux heures de visite.

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  • Felipe Gonzalez, directeur de l’entreprise générale Boas Construction.

    Crédits: Olivier Evard

Mardi 22 août, 8 h pile: une quinzaine de personnes se retrouvent dans une des salles de séminaire de l’Hôtel Aquatis, inauguré par le groupe Boas en juin 2015. A la barre pour diriger cette séance de chantier, Thomas Mettra, de Boas Construction, entreprise générale mise sur pied par Felipe Gonzalez en 2009. Face à lui, Bernard Russi, fondateur et propriétaire du groupe Boas (9 hôtels à l’heure actuelle, ainsi que les Bains de Saillon et le Centre thermal d’Yverdon-les-Bains).

Il est entouré de son état-major, mais aussi du responsable de la scénographie, Frédéric Ravatin (fondateur de l’agence Creatime qui est notamment à l’origine de l’espace immersif de la grotte Chauvet). «J’ai imposé cette séance du mardi voilà un peu plus d’un an pour que les différentes personnes concernées apprennent à se parler et à respecter le travail des autres», nous confiera après la séance Bernard Russi. Une idée qui lui est venue de son expérience acquise dans l’univers de la santé «où il faut que tout le monde parle ensemble de tout». 

Alors que l’ouverture du plus grand aquarium d’eau douce et terrarium d’Europe est prévue pour le 21 octobre, les sujets à traiter ne manquent pas. Ainsi, l’ingénieur, scénographe et muséologue Frédéric Ravatin présente une proposition de décoration pour le restaurant d’Aquatis baptisé Le Pyranha: «Je propose de créer une animation avec des poissons suspendus. Il s’agit de donner l’impression que le pyranha a faim, mais qu’il sourit.» Puis le muséologue dévoile enfin un échantillon des dix musiques créées pour animer le cheminement de ce voyage qui doit sensibiliser le public à divers problématiques liées au développement durable.

Ces musiques ont été composées par Richard Sanderson, devenu compositeur de musique de films après s’être fait connaître du grand public en chantant Reality, tube du film La boum. «Il faut que ces musiques soient romantiques, que les gens effectuent un voyage délicieux.» Le tour de table se poursuit avec Jean-Luc Perrenoud, vétérinaire chargé des animaux en provenance du vivarium: «Rien de spécial à signaler, excepté le fait que nous avons dû soigner l’infection d’un œil du dragon de Komodo. Il a fallu s’approcher de lui derrière une cage pour pouvoir gicler une solution à 15 cm de son œil.» 

Le responsable informatique présente ensuite le modèle d’écran tactile retenu. Il y en aura trente-trois, répartis le long du parcours, avec du texte en trois langues. Bernard Russi s’inquiète quant au risque de vol. Angélique Vallée-Sygut, directrice de l’aquarium et auparavant  du Musée océanographique de Monaco, confirme ces craintes.

Sandra Crettenand, directrice marketing, souhaite que les prix d’entrée ne soient pas divulgués avant J-30. Et de rappeler que le positionnement prix est crucial en phase de lancement. La campagne d’affichage doit démarrer le 18 septembre, tandis qu’un spot de 15 secondes sera diffusé dès le 1er octobre pendant environ trois mois dans toute la Suisse. Enfin, le responsable informatique révèle le vol dont un transporteur vient d’être victime. Il se serait fait voler la moitié du système de caisses pour la billetterie, soit 50 000 francs de matériel. La séance s’achève.  

Le projet a beaucoup évolué

N’ayant pu assister à la séance, Frédéric Pitaval, l’homme sans qui Aquatis n’aurait jamais vu le jour, nous rejoint au restaurant de l’hôtel voisin. «L’idée m’est venue en fait en 2000, juste après la Conférence de Rio.» Avec deux autres ingénieurs aquacoles, ce Français développe le concept d’une cité-musée de l’eau douce, avec l’envie de coupler cette expo avec un bâtiment sur les écotechnologies liées à l’eau. Ce second volet sera rapidement abandonné.

Alors qu’il a 24 ans, l’Agenda 21 lui permet d’entrer en contact, via sa société, avec divers responsables communaux du canton de Vaud, notamment sur Vevey et Lausanne. Pour crédibiliser sa démarche, le trio s’approche en 2002 du Suisse Michel Etter, fondateur de Thematis. A l’origine du Musée suisse du jeu à La Tour-de-Peilz (VD), ce dernier vient de finir la muséographie du Laténium, Parc et Musée d’archéologie de Neuchâtel. 

Thematis va réaliser une étude poussée pour analyser le succès potentiel d’Aquatis. Facturée 38  200 francs, l’étude va contraindre les trois jeunes à dénicher cette somme. Aquatis-Ecopole parvient à voir le jour avec l’aide de leurs familles respectives. Michel Etter croit tellement dans ce projet qu’il devient partenaire. 

Dès 2003, à l’issue d’un troisième rendez-vous avec le syndic Daniel Brélaz, le choix se porte sur Lausanne. Alors qu’un concours d’idées portant sur l’aménagement de la plateforme recouvrant le futur P+R de Vennes va être lancé, un pool de mandataires est mis sur pied avec, entre autres, l’entreprise Grisoni. En décembre 2005, ce pool remporte le concours.

L’idée de l’hôtel semble pouvoir séduire les potentiels investisseurs, ainsi qu’une clinique (laquelle sera finalement réalisée ailleurs). Des oppositions contre la construction du parking vont faire perdre deux ans. Avant de perdre deux années supplémentaires à la suite des oppositions du même voisin contre la demande du permis de construire l’hôtel et l’aquarium. Nouveau contretemps, provoqué cette fois par la crise financière de 2008, le fonds de Credit Suisse, qui était le principal investisseur, décide de se retirer. 

Avant que Bernard Russi décide de monter dans l’aventure, Frédéric Pitaval et ses associés refusent les offres de reprise du projet par le groupe Sea Life (48 aquariums dans le monde, dont à Constance et à Marne-la-Vallée) et de la Compagnie Grévin qui souhaitent en faire un parc d’attractions. Ce serait à la suite d’une visite du château de Chillon en compagnie de Michel Etter (à l’origine de la muséographie du château) que Bernard Russi aurait pris connaissance du projet Aquatis. 

L’entrepreneur est enthousiasmé par le dossier. Il accepte de s’engager à condition d’avoir 51% des parts. Une fois le patron de Boas mis dans le bain, il modifie le projet de musée de l’eau en aquarium didactique. «L’intégration du scénographe Frédéric Ravatin va permettre de rallonger la durée de la visite à deux heures, ce qui est indispensable pour attirer des visiteurs venant à plus de deux heures de route», précise Felipe Gonzalez, directeur de Boas Construction.  

L’intégration du vivarium

Un autre changement majeur imprévu intervient courant 2014 alors que le parking est achevé et que la construction de la structure de l’aquarium a démarré: le souhait des autorités d’intégrer le Vivarium de Lausanne, lequel vient d’éviter la faillite. «Il a fallu renforcer les micropieux tout en maintenant l’exploitation du parking et revoir le programme du parcours afin d’intégrer en divers endroits les animaux du vivarium.»

Au final, le renforcement de la scénographie et l’intégration du vivarium ont provoqué de sérieux surcoûts, de l’ordre de 14 millions de francs. Mais, surtout, comme l’explique Quentin Delohen, chargé de la plateforme Aquatis et adjoint du directeur général, «il est indispensable de pouvoir renouveler ce que le public pourra voir car le principal défi ne sera pas de dépasser les 400 000 visiteurs à l’issue de la première année complète d’exploitation, mais de parvenir à faire revenir une partie de notre clientèle cible».

Comment? D’une part, avec l’ouverture d’une salle de cinéma immersive vers 2019-2020, dotée de 60 à 80 fauteuils, d’autre part, en ayant consacré deux salles à des expositions temporaires qui seront mises sur pied en alternance dès la seconde année d’exploitation.  

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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