Bilan

Harcèlement sexuel: la capacité de l'ONU à enquêter remise en question

Une enquête sur une agression sexuelle ayant mis hors de cause un haut-fonctionnaire de l'ONU à Genève soulève des questions sur la capacité de l'organisation à mener des investigations crédibles.

Une enquête interne de l'ONU a conclu qu'il n'existait pas de preuves confirmant que M. Loures a harcelé et agressé sexuellement celle qui l'accusait.

Crédits: afp

Une enquête sur une agression sexuelle ayant mis hors de cause un haut-fonctionnaire de l'ONU à Genève soulève des questions sur la capacité de l'organisation internationale à mener des investigations crédibles sur ses dirigeants.

Les accusations visant Luiz Loures, directeur exécutif adjoint d'Onusida, rappellent d'autres cas ayant émergé dans la foulée du mouvement #MeToo, des dossiers où un supérieur est par exemple mis en cause pour son inconduite présumée vis-à-vis d'une collègue souvent plus jeune.

Une enquête interne de l'ONU, à laquelle l'AFP a eu accès, a ainsi conclu qu'il n'existait pas de preuves confirmant que M. Loures, de nationalité brésilienne, a harcelé et agressé sexuellement celle qui l'accusait et dont l'identité demeure anonyme.

Mais selon des militants et un avocat spécialisé dans ce type de dossiers, l'enquête n'a pas été bien menée.

"L'ONU n'est absolument pas outillée pour enquêter sur ce genre de faits, ils ne devraient pas s'engager sur ce terrain", a affirmé à l'AFP Ed Flaherty, un avocat qui défend des fonctionnaires internationaux depuis plus de vingt ans.

"L'ONU n'est pas une autorité souveraine dotée du droit d'enquête dans le cadre d'actions pénales", a-t-il souligné, ajoutant que dans ces cas, elle "devrait faire appel aux autorités locales".

M. Loures ne souhaite pas commenter cette affaire, a déclaré mercredi un porte-parole d'Onusida à l'AFP.

Dans deux communiqués de presse récents, Onusida a rappelé qu'elle faisait preuve d'une "tolérance zéro" envers le harcèlement sexuel et affiché sa confiance dans ses procédures d'investigation.

Harcèlement ?

L'affaire est évoquée dans un rapport de septembre 2017 du Service d'évaluation et d'audit (IOS) de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui a des liens administratifs avec Onusida.

En novembre 2016, une employée se plaint au directeur exécutif Michel Sidibé que M. Loures la harcèle sexuellement depuis 2011, étant même allé jusqu'à l'agresser en mai 2015.

Des commentaires déplacés sur son apparence et des contacts physiques font partie des éléments dénoncés par la salariée.

M. Loures se justifie en disant qu'il a l'habitude des contacts physiques avec ses collègues - hommes et femmes - lorsqu'il les salue et admet avoir fait la bise ou encore tenu la main à son accusatrice.

L'IOS a certes estimé que le comportement de M. Loures pouvait être considéré comme "inapproprié, surtout au regard de sa supériorité hiérarchique" mais a finalement conclu à "l'insuffisance de preuves".

"Agression"

Quant à l'agression évoquée, elle se serait produite dans un hôtel de Bangkok où Onusida organisait une réception.

La plaignante affirme que M. Loures l'aurait forcée - ce qu'il nie - à venir boire un verre avec lui, à l'écart. Ensuite, dans l'ascenseur, il l'aurait embrassée de force et agrippé ses seins.

Arrivé à son étage, toujours selon la plaignante, il aurait tenté de la conduire dans sa chambre en vue d'avoir des relations sexuelles.

Immédiatement après les faits dénoncés, l'employée a appelé sa mère et une amie pour leur raconter ce qui s'était passé.

Trois collègues qui l'ont vue à ce moment-là l'ont décrite comme "bouleversée, très en colère et en larmes", selon l'IOS et elle a en outre immédiatement pris contact avec son supérieur.

"Protection du système"

Pour Paulo Donovan, militante de l'association Code Blue, qui a travaillé sur le harcèlement sexuel à l'ONU, ce dossier n'est qu'un exemple de plus de l'incapacité de l'organisation à enquêter sur ses dirigeants.

L'IOS a une "approche d'un autre âge" en matière d'agressions sexuelles avec des standards trop élevés concernant la charge de la preuve, selon elle.

"L'ONU et l'Onusida se fichent de savoir que la plaignante a appelé sa mère, une amie proche et son supérieur hiérarchique juste après l'agression... (Pour ces organisations) C'est juste parole contre parole", a-t-elle dit à l'AFP.

"L'IOS s'en tient aux preuves circonstancielles solides pour faire ses recommandations", affirme de son côté cet organe de contrôle.

Selon M. Flaherty, la façon dont cette procédure a été conduite correspond à d'autres cas auxquels il a été confronté à l'ONU.

"Le système protège les hauts fonctionnaires au sein de l'organisation et Dieu s'occupe de ceux qui sont sous leurs ordres", dit-il.

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