Bilan

Glencore au Tchad ou la malédiction du pétrole

Dans un rapport intitulé «Tchad SA», Swissaid dénonce notamment le comportement de la société zougoise Glencore au Tchad. Laquelle profite d’un système gangréné par la corruption dans l’exploitation du pétrole, aux dépens de la population locale. L’ONG exige également plus de transparence dans la législation suisse du négoce des matières premières.
  • Depuis 2003 l’extraction de pétrole a rapporté 13 milliards de dollars à l’Etat tchadien, ce qui correspond à 65% de ses revenus.
  • Près de la moitié de la population du Tchad vit en-dessous du seuil de pauvreté.

  • Swissaid demande que la Suisse qui héberge presque toutes les principales entreprises actives dans le négoce des matières premières prenne ses responsabilités.

Le Tchad est en proie à la malédiction des matières premières. Si depuis 2003 l’extraction de pétrole a rapporté 13 milliards de dollars à l’Etat tchadien, ce qui correspond à 65% de ses revenus, le pays sombre dans la misère. Près de la moitié de sa population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Népotisme, malversations et corruption gangrènent le clan du président Idriss Déby Itno qui gouverne depuis 26 ans le Tchad qu’il a transformé en SA familiale. Dans un rapport très documenté qui vient de paraître, l’ONG Swissaid met aussi en cause Glencore. Société zougoise de négoce, courtage et d’extraction de matières premières, celle-ci joue un rôle important dans le secteur pétrolier du pays.

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Principal partenaire commercial de la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) qui ne publie ni bilan annuel ni résultats financiers, en violation des lois tchadiennes, Glencore « est étroitement impliquée dans un système où l’argent de l’extraction pétrolière n’arrive pas jusqu’à la population », relève Swissaid dans son étude. Et l’ONG de demander que la Suisse qui héberge presque toutes les principales entreprises actives dans le négoce des matières premières (Vitol, Mercuria, Gunvor, Trafigura, Glencore, etc.) prenne ses responsabilités. 

Depuis 2013, Glencore a accordé plus de 2 milliards de dollars de prêts gagés au gouvernement tchadien ainsi qu’à la SHT, passés directement dans le budget de l’Etat mais aussi en grande partie dans l’achat de participations dans le principal bloc pétrolier du pays (notamment pour financer le rachat des actifs pétroliers de Chevron dans la région de Doba). Ces prêts, souligne l’étude, sont remboursés par des livraisons de pétrole brut de la SHT à Glencore. Mais la forte baisse du prix du pétrole a plongé le Tchad dans le piège des dettes. La plus grande partie des revenus pétroliers sert au service de la dette qui atteint un niveau très élevé. Les exigences de Glencore, constate le Fonds monétaire international (FMI), ne sont pas des « conditions préférentielles » pour un pays en développement fortement endetté. Et le FMI de relever que « le service de la dette absorbe de facto le revenu pétrolier du gouvernement qui pourrait autrement être utilisé pour des dépenses prioritaires (santé, formation, etc.) »

Glencore se dit "quelque peu surpris"

Charles Watenphul, responsable de la communication du groupe zougois, se dit « quelque peu surpris » que Glencore Energy UK Ltd n’ait pas été directement contactée par les responsables de l’ITIE à propos des contrats passés avec la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), plutôt que d’approcher Petrochad. « Nos activités sont fortement réglementées », poursuit le porte-parole, avant de souligner que Glencore « soutient la transparence dans la redistribution et le réinvestissement » de tous les prélèvements (impôts, redevance, etc.) opérés par les gouvernements nationaux.  « Nous approuvons et participons activement à l’ITIE et publions chaque année un rapport Payments to Government ». Quant à la demande de Swissaid que Glencore influence positivement la SHT pour qu’elle effectue des rapports financiers plus complets et plus transparents, Charles Watenphul estime « qu’on ne peut pas s’attendre à ce que des contrats confidentiels de cette nature soient publics ». 

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De son côté, Stéphane Graber, secrétaire général de la Swiss trading and shipping association (STSA), constate que le rapport de Swissaid « stigmatise une fois de plus le commerce des matières premières qui ne peut pas être tenu responsable de la situation économique du Tchad ». Concernant l’opacité des activités de Glencore dans ce pays, Stéphane Graber considère que « l’activité de trading n’est pas opaque puisqu’elle opère sur des marchés ouverts, où les prix sont connus, les appels d’offre une pratique commune et l’information accessible au travers des médias spécialisés (Bloomberg, Reuters, Platts, etc.). De plus, les sociétés en bourse peuvent difficilement opérer dans l’opacité et sont soumises à des règles de publication contraignantes ».

En collaboration avec le Master in Commodity Trading de la Faculté d’économie et de management de l’Université de Genève, Swissaid organise une table ronde intitulée : « Glencore au Tchad. Quelle transparence dans le secteur des matières premières ? Quelles conséquences pour les populations ? »

Mercredi 14 juin, de 18h30 à 20h30, à l’Université de Genève, Uni Mail, 40 bd du Pont d’Arve, salle MS160. Entrée libre.

Version intégrale de l’étude de Swissaid : www.swissaid.ch/fr/tchad-sa 

 

 

Philippe Le

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