Bilan

Eric Lebel booste les cerveaux avec du bio

Le fondateur de la chaîne Takinoa va expérimenter dans sa boutique du Rolex Learning Center des menus sains pour l’activité cérébrale des futurs ingénieurs et chercheurs.

Le fondateur de Takinoa a fait de la lutte contre la malbouffe son combat.

Crédits: François Wavre/lundi13

La soixantaine manifestement en pleine forme, le fondateur de Takinoa, Eric Lebel, explique son entreprise d’abord avec les paroles d’un repenti. «Moi aussi j’en ai vendu des Mars et du Coca», confesse-t-il. C’est bien fini. La chaîne de sept boutiques «take away» et restaurants qu’il a créée depuis fin 2013 sert des plats et des boissons véganes, végétariens ou bien encore sans gluten, ni lactose avec quand même un peu de viande blanche pour les «flexivores».

Lire aussi: A quand un label suisse pour soutenir le fait maison?

Eric Lebel a fait de la lutte contre la malbouffe son combat. Comme elle est courante chez les étudiants, il va proposer à ceux de l’EPFL des plats non seulement sains mais meilleurs pour leur mémoire ou leur esprit d’analyse. 

«Pour bien nourrir le cerveau, vous avez besoin de deux choses, explique-t-il. D’une part, de bonnes graisses, soit en particulier des oméga-3. De l’autre, des aliments avec un indice glycémique bas qui stabilise la diffusion du glucose que consomme le cerveau. Le problème de l’alimentation actuelle, ce sont les pics de prises de sucre. Ils fatiguent le cerveau.»

Les jus pressés à froid, les muffins sans sucre, ni beurre, gluten et lactose ou les salades céréales que sert Takinoa évitent évidemment ces inconvénients. Toutefois, l’idée de cibler plus particulièrement les étudiants est née d’un constat et d’une rencontre. Le constat, c’est que la clientèle du Takinoa du Rolex Learning Center de l’EPFL se compose surtout de professeurs et d’assistants. D’autre part, Eric lebel rencontre deux entrepreneures qui vont déclencher la catalyse du projet. 

Ex-directrice de la R&D sur les protéines chez Nestlé, Mine Uran s’est associée avec Majbritt Byskov-Bridges, une spécialiste de la stratégie financière, pour créer Alver. Leur start-up commercialise une micro-algue, la chlorelle dorée, extrêmement riche en protéines, vitamines, oligoéléments et autres nutriments. «Nous utilisions déjà la spiruline, poursuit Eric Lebel, mais l’avantage là, c’est que cette chlorelle n’a ni goût ni odeur d’algues.»

Cette association entre Alver et Takinoa sera testée cet été sur le campus de l’EPFL, et Eric Lebel a d’autres projets en tête, maintenant qu’il constate que le modèle d’affaires de Takinoa a rencontré son marché. L’entreprise emploie 35 équivalents plein temps et prévoit un chiffre d’affaires de trois millions de francs cette année. 

Des années d’expériences

Avant d’en arriver là, Eric Lebel a cependant passablement tâtonné. Diplômé de l’Ecole hôtelière de Glion, il a d’abord travaillé dans la restauration collective pour Eurest puis Coop avec des clients comme l’ONU ou le CERN. Après un passage dans l’enseignement à l’Ecole hôtelière de Glion, il fait au début des années 1990 une rencontre déterminante. Endocrinologue, le docteur Charles Abram Favrod-Coune est persuadé que ses patients souffrant de diabètes ont besoin d’un accompagnement spécifique pour changer de mode de vie et adopter une alimentation plus saine.

Lire aussi: Nutrition : Les nouvelles tendances

En 1993, le médecin et l’entrepreneur s’associent pour créer l’hôtel santé La Soldanelle à Château-d’Œx (VD). Sans succès. Faute de prise en charge par les assurances-maladie, l’aventure s’arrête en 2002. Pour Eric Lebel, ces années vont cependant être formatrices du point de vue entrepreneurial et surtout de la nutrition. 

Curieux de tout, cet homme, qui vous interrompt pour noter sur son calepin une référence, dévore les ouvrages spécialisés, à commencer par ceux de Kousmine. «Une visionnaire qui avait cinquante ans d’avance.» Cette soif de comprendre s’accompagne d’une évolution personnelle. Le décès de sa mère en 2002, le diagnostic du diabète chez deux de ses proches achèvent de le convaincre que l’alimentation doit changer.

Le temps de l’antimalbouffe

Au début des années 2000, la question de la nutrition reste cantonnée à celle des régimes pour maigrir et à celle du bio. Les docteurs Michel Cymes, Frédéric Saldmann, etc., n’ont pas encore écrit leurs best-sellers. Nestlé n’a pas encore ouvert son centre de recherche sur la santé à l’EPFL. Eric Lebel s’associe avec un pionnier français sur ce marché. Inspiré par la nutritionniste Paule Nathan, Laurent Soulat a créé Be Good à Montreuil, près de Paris. Eric Lebel commence par le conseiller avant de créer un Be Good dans l’outlet d’Aubonne (VD) en 2011.

L’alimentation saine, bio, sourcée localement, étant de l’ordre de 10 à 20% plus chère que celle classique, l’expérience tourne court. Les clients de l’outlet sont d’abord motivés par les économies. Mais elle va aussi servir de tremplin à Takinoa. Créée en 2013, l’année des 60 ans d’Eric Lebel, la start-up encapsule à la fois son credo mais aussi la somme de ses expériences – erreurs comprises.

Est-ce cela la recette du succès? Toujours est-il que la première boutique de Takinoa au Grand-Pont à Lausanne est rentable dès le premier mois. Du coup, six autres suivent entre Gland, où l’entreprise a son atelier, Genève, Nyon jusqu’à l’appel d’offres emporté au Rolex Learning Center de l’EPFL. Eric Lebel veut continuer à augmenter les points de vente doucement en Suisse romande et, via une franchise, au-delà. Il imagine aussi des formes de distribution dans les entreprises. 

C’est que la réussite de Takinoa est désormais portée par la transformation profonde de la nutrition. «Nous ciblons les «LOHAS» (Lifestyles of Health and Sustainability), explique Eric Lebel. Ce segment représente 30% des consommateurs en Suisse désormais.» De quoi assurer une belle croissance.

Lire aussi: Les vins bio peinent à s’implanter en Suisse

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."