Bilan

Des chaussures en laine conçues par une startup suisse

Une startup romande s'est inspirée des bottes russes traditionnelles en laine pour créer une gamme de chaussures, baskets, chaussons, sneakers, bottes,... Grâce au crowdfunding et au e-commerce, les ventes de Baabuk augmentent à grande vitesse.
  • Les propriétés de la laine permettent de porter les chaussures sans chaussettes plus longtemps sans dégager d'odeur liée à la transpiration.

    Crédits: Image: Baabuk
  • Bottes, chaussons, sneakers et baskets: la startup suisse Baabuk habille les pieds avec de la laine feutrée.

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  • Pour confectionner les bottes, il faut de la laine, de l'eau, du savon et de longues heures pour frotter la matière première.

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  • Après les bottes directement inspirées par les chausses russes sont venues les chaussons.

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  • Galina Witting s'est inspirée des bottes traditionnelles russes valenki pour développer une gamme de chaussures, bottes, chaussons, sneakers,...

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  • D'un univers traditionnel russe, Baabuk est passé à une atmosphère plus urbaine.

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  • Deux campagnes de crowdfunding ont déjà été menées sur la plateforme Kickstarter.

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De la laine, de l'eau et du savon. Loin des algorithmes, des microprocesseurs ou des apps pour smartphones, certains startups basent leur business sur des traditions ancestrales. Baabuk est de celles-ci. Tout a débuté fin 2010, quand les parents de Galina Witting, d'origine russe, reviennent de vacances et offrent à leur gendre suisse une paire de valenki, des bottes russes artisanales en laine. «Là-bas, ces bottes protègent du froid, y compris dans la neige du long hiver sibérien, et tout le monde les porte, des enfants aux militaires», explique Galina Witting. Rapidement, son mari est emballé par le cadeau et imagine que ce type de matériau pourrait rendre de précieux services en Suisse, particulièrement dans les régions de montagne.

Cependant, quelques mois plus tard, une opportunité professionnelle envoie le couple en Indonésie. Sur place, Galina Witting retrouve dans les affaires de famille ces bottes et, pour s'occuper, se lance dans la fabrication d'autres modèles. «Le procédé est simple: il faut de la laine, même de piètre qualité car elle doit être assez rigide, du savon et de l'eau et frotter, frotter, frotter... jusqu'à obtenir du feutre. Moi je réalisais cette opération sur des bottes de pluie en caoutchouc qui me servaient de squelette», se souvient la jeune femme. Pour perfectionner sa technique, elle trouve sur le web une spécialiste de cette technique qui va lui transmettre son savoir-faire par le biais de vidéo-conférences. En quelques semaines, les dix premières paires de bottes voient le jour.

De la production en Indonésie à la fabrication au Népal

Se pose alors la question du marché: qui ces produits pourraient-ils intéresser? «Initialement, avec mon mari, nous avions pensé au secteur outdoor pour mettre en valeur les propriétés de ce matériau», rappelle Galina Witting. Si la laine feutrée n'est pas imperméable (et donc à éviter lors de grosses averses de pluie), elle est hydrofuge et sèche très rapidement. La laine est également sept fois plus résistante que le coton et bien plus respirante que le cuir: il est ainsi possible de porter des chaussures en laine feutrée pieds nus sans avoir froid en hiver ou chaud en été et donc sans dégager de transpiration qui dégénérerait en odeur désagréable, grâce aux propriétés anticabctériennes du matériau.

Pour tester le marché, le couple réserve donc un stand sur la plus grande foire outdoor du monde, ISPO à Munich. Sur place, un représentant d'un réseau de magasins de sport outdoor néerlandais est séduit par l'idée et passe commande de 900 paires. Le défi est de taille: fabriquer en six mois près d'un millier de bottes en laine feutrée agrémentées de motifs alors que la confection d'une seule paire exige trois jours de travail manuel à une personne maîtrisant la technique. Galina Witting recrute alors des collaborateurs indonésiens, leur enseigne le travail de la laine (matériau quasiment inconnu sur place), tandis que son mari, ingénieur de formation, dessine et fait construire des machines pour faciliter et accélérer le processus. A la fin de l'été 2013, la commande est honorée.

Cependant, la production en Indonésie se révèle rapidement problématique. Pour promouvoir leurs produits, Galina et son mari sont fréquemment appelés à voyager. Et dès que leur absence excède quelques jours, «tout est à reprendre à zéro», constate la jeune femme: la main-d'oeuvre indonésienne n'a absolument pas l'habitude du matériau et le couple éprouve beaucoup de difficultés à trouver des relais efficaces et proactifs. Le couple se met dès lors en recherche d'un autre site de production et trouve un point de chute au Népal, où une dizaine de collaborateurs sont recrutés et formés pour produire bottes et chaussons de laine feutrée. La marque est née et baptisée Baabuk, un nom rappelant le bêlement du mouton associé au terme russe désignant la grand-mère.

Les sneakers s'ajoutent aux bottes et chaussons

Pour leur part, Galina et son mari, après avoir prolongé leur séjour en Indonésie quelques mois, rentrent en Europe en 2015, notamment afin de se rapprocher des marchés et de faire décoller l'activité de la startup. Et très vite, ils entendent contrer la saisonnalité des bottes et chaussons (surtout vendus à l'automne et pendant l'hiver) en diversifiant la gamme. Après une première campagne de crowdfunding sur Kickstarter fin 2013/début 2014 centrée sur les pantoufles et bottes, ils imaginent des chaussures adaptés au printemps et à l'automne, voire à l'été, avec des baskets et sneakers. «Le matériau reste de la laine feutrée, mais en plaques cousues et assemblées, sur une semelle de caoutchouc», précise Galina Witting.

Pour ces nouveaux produits, le site népalais n'est pas adapté. «Et nous voulions un site de production proche des principaux marchés, donc en Europe», insiste Galina, pour qui les préoccupations de développement durable sont cruciales: «Dans l'absolu, j'aimerais produire l'intégralité en Europe, voire en Suisse. La laine de NZ est envoyée au Népal et la production se fait au Népal. La laine de la NZ est traitée dans de bonnes conditions ce qui n’est pas forcément le cas au Népal. Au Portugal on utilise la laine du Portugal.

Pour lancer cette nouvelle gamme, une deuxième campagne de crowdfunding est lancée sur Kickstarter. La première avec les bottes et chaussons avait permis de réunir près de 55'000 francs. La seconde centrée sur les sneakers s'est achevée début novembre 2015 et a permis de collecter 171'889 francs, grâce à 1050 contributeurs. Toutefois, plus encore que les ventes de chaussures et les fonds levés par le financement participatif, Galina Witting et son mari s'appuient sur ces campagnes pour tester le marché: «Si nos produits cartonnent en crowdfunding, nous savons qu'il y a un marché. Mais nous pouvons aussi savoir quels modèles ont plus de succès dans quels pays».

Après avoir vendu 2000 paires de chaussures en 2014, Baabuk devrait terminer l'exercice 2015 entre 5 et 6000 paires. Passant d'un chiffre d'affaires d'un peu moins de 100'000 francs l'an passé à 200 voire 250'000 francs cette année. Une belle croissance pour une PME qui regorge de projets: sacs et accessoires en laine feutrée, semelles personnalisables pour les sneakers,...

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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