Bilan

Créer sa start-up: le piège des ego

Les créateurs d’entreprise sont souvent des amis qui carburent à l’enthousiasme. Mais au moment de définir les rôles et les parts de chacun, les tensions peuvent être fatales.
  • Bastien Bovy, coach chez Genilem.

    Crédits: Flusin
  • Mike Baur, cofondateur de Swiss Start Up Factory.

    Crédits: Dr

Deux jeunes ingénieurs. Ils se sont rencontrés dans la même école et ont imaginé un nouveau produit. Leur idée est géniale. Mais, au moment de créer leur société, il s’avère qu’aucun des deux associés n’a de compétences dans la commercialisation d’un produit. En outre, chacun a mis 10 000  francs de parts, mais le premier associé travaille à 100%. Or, au moment où un peu d’argent commence à arriver, le second aimerait un salaire. Ce n’était pas prévu: c’est le clash, la start-up termine déjà sa courte vie.

Lire aussi: «Créer un écosystème de l'entrepreneuriat suisse dès le plus jeune âge»

«Qui est le chef de qui? Quelles sont les parts de chacun? Ce sont souvent des problèmes humains qui surgissent entre des amis qui ont foncé et monté leur entreprise. Parfois, ces dissensions, où l’on voit l’ego primer sur la logique, empêchent la start-up de naître», résume Sylvie Léger, directrice de Genilem, l’association valdo-genevoise de soutien aux jeunes entreprises. 

Anticiper les attentes futures...

Coach depuis sept ans dans cette structure qui accompagne actuellement 45 projets (sur une durée de trois années), Bastien Bovy voit des équipes d’amis qui, confrontées au stress, se redécouvrent sous un autre angle. «C’est rassurant de démarrer avec des gens qu’on connaît, avec qui on a fait du sport ou des études. Cela a souvent comme conséquence que les créateurs de start-up ont des profils qui se ressemblent, alors que, pour démarrer un produit, une société aura par exemple besoin d’une personne dotée d’une vision du business.»

Les ingénieurs ayant développé un produit doivent admettre la possibilité que leur invention évolue, en fonction des réactions du marché. «Or les créateurs n’ont pas toujours envie qu’on tripote leur projet», résume Sylvie Léger. Pour éviter ce type de déconvenues, Genilem teste les attentes des futurs associés avec un questionnaire. «Il s’agit d’offrir une possibilité de dialogue; de faire émerger les tensions pour les traiter en amont», indique Bastien Bovy.

Lire aussi: Quatre idées reçues sur l’entrepreneuriat à balayer en 2016

Qu’est-ce qui est le plus important dans votre vie: la famille ou votre projet de start-up? Quelle est votre position par rapport à votre associé? Quelle est la partie du travail que vous aimeriez déléguer? Ainsi vont les questions soumises aux créateurs de start-up par Genilem.

Elles permettent de découvrir, par exemple, «si l’objectif des associés est de créer une PME ou plutôt de revendre rapidement l’entreprise pour gagner de l’argent», image Bastien Bovy. Ces interrogations donnent un avant-goût de celles qui seront bientôt posées par le notaire. Il faudra désigner qui présidera et dirigera la structure, qui s’occupera de ses finances, qui travaillera comme employé de l’entreprise et, bien sûr, comment les parts de la start-up seront partagées. 

Car au moment de signer devant le notaire, certaines décisions engagent les associés plus que d’autres. Les rôles de direction dans la start-up peuvent facilement être changés, avec l’aval du conseil d’administration (lire l’encadré ci-contre). En effet, dans une petite structure, ces deux rôles se confondent souvent. Modifier les parts de la société est une autre paire de manches, puisque les parts représentent des éléments de propriété. «Les modalités d’entrée et de sortie des associés peuvent être réglées devant un avocat par une convention d’associés», indique Bastien Bovy, de Genilem.

Lire aussi: Deux Suisses parmi les stratèges les plus influents au monde

La question des parts doit donc être traitée avec soin. «L’apport de compétences, le travail peuvent être valorisés en parts», souligne le coach. Genilem offre donc aux équipes qu’elle suit un outil qui permet de pondérer la part des apports en nature et en espèces. «Le moment où l’argent finit par arriver représente souvent un passage fragile pour l’entreprise. En cas de désaccord, elle peut tout perdre, avec un impact sur les collaborateurs de la société et aussi sur les clients», avertit Bastien Bovy. 

... et se montrer flexible

Cofondateur à Zurich de l’accélérateur digital Swiss Start Up Factory, Mike Baur estime de son côté qu’une répartition égale des parts, si elle est le résultat d’une discussion en amont, est souvent le signe d’une équipe équilibrée. Pour lui, le problème récurrent des start-up est la consanguinité professionnelle entre ses créateurs. 

Ce spécialiste de la finance, employé durant vingt ans dans une banque privée, souligne l’importance de la flexibilité. Il cite le cas d’un projet qu’il a accompagné en 2015: une plateforme d’e-commerce pour de la nourriture végétarienne, montée par deux jeunes issus d’une filière commerciale. Ceux-ci ont accepté d’intégrer un programmeur.

Lire aussi: Créer une startup à partir de rien

«Nous disons souvent aux gens qui participent à notre sélection de revenir nous voir avec les rôles nécessaires intégrés dans l’équipe», indique Mike Baur. En 2015, Swiss Start Up Factory, qui se spécialise dans le business en ligne, indique avoir reçu plus de 800 demandes. Au final, 7 projets ont été sélectionnés pour 2016. Les gagnants reçoivent un soutien de trois mois, avec 15 000 francs de cash et l’équivalent de 35 000 francs de services. La structure acquiert 10% des parts de chaque start-up. 

«Le mot-clé de la réussite dans une start-up est la complémentarité», conclut Sylvie Léger.

Stéphane Herzog

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Genève forme l'élite mondiale du négoce
Les magasins de sport tirent la langue

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."