Bilan

Contre le «cancer» de la surréglementation

Le CEO Bernard Rüeger et d’autres patrons tirent la sonnette d’alarme au sujet des freins administratifs qui entravent la compétitivité des entreprises helvétiques. Explications.

Bernard Rüeger dirige la firme du même nom et préside la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie.

Crédits: Vanessa Cardoso/24h

«Les standards industriels suisses ne sont pas eurocompatibles. En conséquence, les entreprises helvétiques doivent faire un travail supplémentaire pour adapter leurs produits à toutes les contraintes différentes. Ces efforts, dont les coûts se comptent en milliards à l’échelle nationale, pèsent sur la compétitivité internationale des firmes.» Bernard Rüeger, patron de la firme du même nom et président de la CVCI (Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie) tire la sonnette d’alarme pour dénoncer ce qu’il appelle un «cancer» helvétique: «La surréglementation est une maladie typiquement suisse qui s’étend à tous les domaines par le biais des exigences du Swiss made, des normes SIA dans la construction ou encore des contraintes édictées pour les banques par la Finma, gendarme des marchés financiers.»

Président de Probst Holding et vice-président de l’UPS (Union patronale suisse), Jean-Marc Probst fait le même constat: «Dans le commerce des machines de chantier, les différences entre les normes suisses et européennes font que chaque engin doit faire l’objet de coûteuses modifications.» Il se plaint en outre de la charge administrative que représente une accumulation d’inspections qui poursuivent le même but mais sont menées par des instances différentes : «En quelques mois, mon entreprise a fait l’objet de trois contrôles liés à la sécurité. L’un de la Suva et deux autres de la part des autorités cantonales! Je ne sous-estime pas l’importance de la sécurité mais je déplore que ces «serviteurs de l’Etat» n’arrivent pas à coordonner leurs actions et leurs informations.»

Cette surréglementation a pour effet de protéger le marché intérieur de la concurrence étrangère, en dépit des principes établis du libre-échange. Mais selon Jean-Marc Probst, personne n’en sort gagnant. «Ceux qui vivent du protectionnisme et s’opposent au libre-échange sont finalement aussi perdants. Prenez le contre-projet direct à l’initiative populaire «Pour la sécurité alimentaire» qui passera devant le peuple le 24 septembre. S’il devait être accepté, on ira vers un renforcement des mesures protectionnistes dans le domaine alimentaire. Et un renchérissement des coûts s’ensuivra irrémédiablement.» 

Lois vs emplois

Les industriels souhaitent faire entendre leurs doléances à un moment où tous les indicateurs économiques sont paradoxalement dans le vert. Deux ans et demi après l’abandon du taux plancher face à l’euro par la BNS, les entreprises semblent avoir absorbé le choc du renforcement du franc. Or, cette bonne nouvelle en cache une autre moins réjouissante. Les gains de productivité ont été réalisés grâce
à de nouvelles délocalisations. La sous-traitance et les achats qui s’effectuaient en Europe se sont déplacés vers l’Asie et l’Inde.

Le déclin inexorable de l’industrie manufacturière suisse était confirmé par les chiffres du premier trimestre 2017 de l’OFS. Le secteur secondaire a perdu 7000 emplois sur une année, soit 0,7% du total des postes équivalents plein temps. 

Sans allègement des charges induites par la surréglementation, les entreprises affirment qu’elles ne pourront réaliser des gains de productivité qu’en supprimant de nouveaux postes de travail par le biais de l’automatisation et des délocalisations. Bernard Rüeger affirme : «Il faudrait supprimer des lois, des règlements et des ordonnances inutiles. Ce sont des mesures urgentes à prendre pour maintenir la compétitivité de la place industrielle helvétique.» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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