Bilan

Comment sculpter une Aston Martin

L’important, c’est la perfection des proportions, explique le Britannique Marek Reichman, chef designer de la marque mythique, en décrivant son dernier modèle, la DB 11.
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  • Le designer Marek Reichman: «la forme doit susciter une certaine révérence.»

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Marek Reichman, chief creative officer d’Aston Martin, aimait les petites voitures. Jeune, il se passionnait de savoir comment elles étaient fabriquées. «J’étais fasciné par les voitures de course, explique le designer automobile de 51 ans, né à Sheffield en Angleterre. J’avais de petits modèles d’Alpha Romeo 8C, de Lamborghini Miura, une DB4 d’Aston Martin. J’étais curieux de tout ce qui touchait à leur conception.»

C’est cette passion qui le mènera à opter pour le design industriel à l’Université de Teesside de Newcastle, puis au Royal College of Art de Londres. Après avoir été chef designer chez Land Rover, il poursuit sa carrière chez BMW, où il fait évoluer entre autres la Rolls-Royce Phantom, puis rejoint Ford comme chef concepteur pour les Lincoln et Mercury.

C’est en 2005 que Marek Reichman rejoint la prestigieuse marque britannique Aston Martin, alors aux mains du groupe Ford. La mythique «voiture de James Bond», dont le modèle DB5 s’était illustré en 1964 dans le film Goldfinger, passe ensuite aux mains d’un consortium d’investisseurs koweïtiens, mené par David Richards, président de Prodrive, une grande écurie de course britannique.

Marek Reichman, à la tête d’une équipe de 120 personnes, travaille entre autres sur les modèles Aston Martin Vantage, Virage, Vanquish ou Vulcan. Sa dernière création, la DB11, se distingue par ses formes excessivement félines, acérées presque, mais jamais anguleuses. La signature de Marek Reichman. «Le secret de la beauté ne réside pas dans le style, explique le designer, mais dans les proportions. Il y a un chiffre d’or en la matière, poursuit le créateur. Et il y a une raison mathématique au fait que l’on trouve les objets beaux.»

La longueur du capot est en harmonie totale avec l’habitacle. Les inflexions des côtés gauche et droit se répondent parfaitement. Aucune asymétrie n’est permise, aucun pli sur la coque du capot, aucun joint, la pièce est fluide et compacte. 

Il s’agit de sublimer les formes, au point de susciter une forme de révérence chez l’observateur. Le designer y parvient en ne négligeant aucun détail: «Il faut étudier l’effet de la lumière du jour, lorsqu’elle tombe sur la carrosserie, par contraste avec celui de la lumière artificielle. Pour moi, il s’agit d’une sculpture.» Un objet d’art recouvert d’une peinture d’exception, dont la grille frontale est une authentique pièce en aluminium usiné. L’insigne ailé est un bijou créé par un joaillier. Le cuir intérieur au parfum délicat est cousu à la main.

A la rencontre des clients

Ainsi, tout ce qu’a appris Marek Reichman en vingt-cinq ans de design lui permet de faire vivre sur quatre roues la quintessence du luxe automobile anglais.«L’expérience d’une Aston Martin ressemble à celle d’avoir un costume taillé sur mesure, résume-t-il. On peut avoir une Toyota en deux jours. Mais Aston Martin n’a fabriqué que 80 000 voitures au total en cent quatre ans. Chacune est unique.»

Son inspiration, Marek Reichman la puise dans ses voyages, son amour de la nature, l’histoire du design automobile dont il est imprégné, la mode, l’architecture dont il est fan: «Le cerveau d’un designer mélange tout cela.» Tout démarre avec une esquisse à la main (ou au stylet, à la rigueur). «Comme un modèle en argile. Le processus repose sur l’œil et la main.
Ce n’est qu’ensuite que le modèle est digitalisé. Les logiciels l’ajustent pour la fabrication.» 

Il y a, aussi, l’influence des clients exclusifs de la marque. Le designer rencontre régulièrement le cercle des quelque 150 principaux. «Certains sont devenus des amis, relate-t-il. Comme un bon chef cuisinier, on finit par connaître leurs goûts, leurs valeurs, ce qu’ils voient dans une Aston Martin. Leur apport représente une valeur ajoutée considérable, tout comme les commentaires d’un client sur un costume créé pour lui aideront le tailleur à l’améliorer encore.»

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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