Bilan

Comment Peugeot veut faire face à la révolution routière

Le constructeur français PSA et sa marque phare Peugeot assurent une présence remarquée au salon de l’automobile de Genève. Le CEO de Peugeot, Jean-Philippe Imparato, revient sur le redressement réalisé depuis 2012 par le groupe.

Le CEO Jean-Philippe Imparato expose le plan de Peugeot pour faire face à la révolution de la mobilité routière.

Crédits: Lionel Flusin

En lumière depuis lundi, avec l’acquisition d’Opel et Vauxhall pour 1,3 milliards d’euros et la désignation de son SUV 3008 «voiture de l’année», le français PSA et sa marque phare Peugeot assurent une présence remarquée au salon de l’automobile de Genève. Le CEO de Peugeot, Jean-Philippe Imparato, revient sur le redressement réalisé depuis 2012 par le groupe, ainsi que celui attendu d’Opel. Il détaille le plan de Peugeot pour faire face à la révolution amorcée dans la mobilité routière.

Bilan: Après des années difficile, PSA n’a renoué avec les bénéfices que depuis 2015. N’est-ce pas un peu tôt pour absorber les activités européennes de General Motors, déficitaires de 15 milliards depuis 2000?

Jean-Philippe Imparato: L’opportunité se présente, il faut être capable de la saisir. Avec 8 milliards de free cash flow, et plus de deux milliards de bénéfices pour la seule année 2016, le groupe peut se le permettre. En intégrant Opel Et Vauxhall, nous visons entre 4 et 5 millions de véhicules produits par an d’ici à 2020, et nous passons d’ores et déjà de 11% à 17% du marché européen. PSA a redressé la barre en demandant de gros efforts au management et aux employés, et en renouvelant sa gamme, en particulier vers le segment des SUV, avec les modèles 2008, puis 3008. Un pari gagnant.

De son côté, je suis certain qui d’ici à deux à trois ans, Opel aussi sera redevenu bénéficiaire.

 

On appliquera donc la méthode PSA à Opel…

Non, pas nécessairement. Opel est allemand, et trouvera lui-même les clés de son redressement, avec ses hommes et femmes et sa méthode, allemande. C’est important qu’Opel et Vauxhall gardent leur ADN, car ces marques nous permettent d’assurer une présence sur les marchés anglais et allemand, sur lesquels PSA est assez discret. Pour Opel, le rapprochement offre la possibilité de s’internationaliser en profitant du réseau PSA. En ce sens, la complémentarité est intéressante.

 

Opel est bien positionné sur l’électrique avec son «Ampera». Des synergies sont-elles envisageables pour permettre à Peugeot de rattraper son retard sur ses concurrents, en particulier Renault qui met en avant sa nouvelle Zoe sur le salon?

S’il y a des éléments intéressants, nous y serons attentifs. Toutefois, Peugeot a déjà son plan, qui prévoit de proposer 80% de gamme en électrique d’ici à 2023. Nous ne cherchons pas à créer un modèle spécifiquement électrique comme Renault, mais à proposer l’ensemble de nos modèles en quatre versions: essence, diesel, électrique et hybride. Nous ne misons pas tout sur une technologie qui ne représente que 1% des ventes. On ne sait pas encore la direction et la vitesse de la mutation des habitudes de consommation, ni l’évolution de la réglementation.

Pour que l’électrique s’impose, il faudra que son coût d’utilisation et son efficacité soient tangents avec les moteurs thermiques, en particulier pour le segment -au comportement d’achat très rationnel- des professionnels, qui représente la moitié des ventes. On n’y est pas encore.

 

Au-delà de l’électrique, le passage au véhicule connecté et autonome interroge. Comment se positionne l’industrie pour intégrer des technologies extérieures à son champ de compétences historique?

La culture change. Peugeot a désormais des équipes de jeunes qui ont tous autour de 25 ans qui conçoivent le cockpit connecté de demain. On leur fiche la paix et on les laisse travailler et exprimer leur créativité. Pour présenter le concept Instinct, connecté via le cloud Samsung Artik à l’ensemble des autres objets connectés de l’automobiliste, nous avons choisi le salon de la mobilité MWC de Barcelone, centré sur l’innovation et les nouvelles technologies. Ce n’est pas un hasard.

La demande de connectivité est grandissante, et pas seulement auprès des jeunes utilisateurs. Les clients professionnels importants attendent déjà une gestion précise leur parc automobile, en pouvant monitorer consommation, disponibilité, mais aussi entretien des véhicules afin d’optimiser les coûts. Nos boitiers connectés permettent d’y répondre. Le degré de connectivité des véhicules sera un critère déterminant pour fournir les flottes du futur.

 

Le recours croissant des jeunes consommateurs à des prestataires de service automobile, comme Uber ou Mobility, ne fait-il pas courir aux constructeurs le risque de perdre le contact client avec l’utilisateur?

Vraisemblablement, pour une partie de la population, il faut se préparer au passage de la propriété à l’usage, prioritairement en Europe du nord et dans les zones urbaines, sous peine de prendre le risque de se faire «ubériser». Peugeot a développé la marque Free2move, un portefeuille de services de mobilité routière, pour répondre à cette attente et se positionner tant sur le produit que sur le service.  Nous avons déjà intégré plusieurs startup du secteur, en particulier Travelcar, service de location de véhicule de particulier à particulier, au travers duquel nous allons reprendre pied prochainement aux Etats-Unis.

Le but premier est d’intégrer une panoplie complète de services, pour pouvoir à moyen terme répondre à un besoin de mobilité d’une personne n’importe où en Europe et en quelques minutes. Que ce soit pour un vélo, une location ou un partage de véhicule ou autre demande. Après des années de statu quo, la mobilité routière connaît aujourd’hui une profonde transformation. Rien n’est joué, mais nous sommes armés pour faire face.

 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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