Bilan

Comment Ivan Glasenberg fait prospérer Glencore depuis la Suisse

Lors d'une rarissime apparition publique, le CEO de Glencore Ivan Glasenberg s'est livré à une offensive de charme face à la presse invitée au siège zougois de Baar.
  • Ivan Glasenberg dirige un conglomérat actif dans une cinquantaine de pays.

  • Quelque 700 collaborateurs travaillent pour Glencore au siège zougois de Baar.

    Crédits: Martin Ruetchi/KEYSTONE
  • Au bénéfice des nationalités sud-africaines et australiennes, Ivan Glasenberg a aussi reçu un passeport suisse en 2011.

Ivan Glasenberg, le CEO milliardaire de Glencore s’est livré lundi soir à une offensive de charme, pleinement réussie. Connu pour sa retenue face à la presse, le timonier du leader mondial des matières premières avait convoqué les médias à son siège de Baar dans le canton Zoug. Les journalistes sont venus en nombre pour découvrir en chair et en os ce patron parmi les plus énigmatiques de la planète.

Assénant les chiffres à un rythme effréné dans son anglais mâtiné d’accent sud-africain, Ivan Glasenberg (60 ans) semble vouloir étourdir son auditoire. Ne laissant rien paraître de la brutalité qu’on lui prête en affaires, cet homme en complet gris pourrait passer pour un entrepreneur peu soucieux des apparats. L’ancien trader se pose en homme de terrain ouvert aux investisseurs comme aux organisations non gouvernementales (ONG).

Or Glencore est justement une bête noire pour les ONG. Dernièrement, la compagnie était pointée du doigt dans le cadre de ses activités en Zambie, en République Démocratique du Congo ou en Amérique latine. A l’heure où toute entreprise se doit de rendre des comptes à la société et de contribuer au développement durable, Glencore amorçait là un virage à 180% dans sa communication. Ivan Glasenberg s’explique: « Nous voulons faire connaître notre entreprise au public et diffuser notre propre version des faits face aux accusations des ONG. Avec 770 collaborateurs à Baar, nous souhaiton que notre compagnie jouisse d'une bonne image auprès de la population helvétique. »

Autre première datant de ce lundi, des cadres en charge de la responsabilité sociale ont rencontré des ONG à Berne afin d’établir un dialogue, rapporte Glencore.

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Propriétaire de 8% du capital de l’entreprise, Ivan Glasenberg doit sa fortune estimée à quelque 4,2 milliards de francs (selon le classement des 300 plus riches de Bilan) à l’entrée en bourse de Glencore en 2011. Né dans un milieu modeste d’un père lituanien et d’une mère sud-africaine, ce travailleur acharné dirige un conglomérat de 156 000 collaborateurs actifs dans une cinquantaine de pays. Au bénéfice des nationalités sud-africaine, australienne et suisse, il a été honoré de l’Ordre de l’Amitié par Vladimir Poutine au début de cette année. La distinction suit l’acquisition par Glencore et le fonds souverain du Qatar de 19,5% du capital de la compagnie russe Rosneft. L'opération alloue 11 milliards de francs aux caisses de Moscou.

Glencore a été bâtie sur l’héritage de Marc Rich, qui reste dans la légende le plus grand trader de pétrole du monde, en même temps qu’un voyou. En 1994, suite de graves problèmes avec la justice américaine, le financier zougois est mis sur la touche dans sa propre entreprise par ses lieutenants qui le forcent à vendre sa participation. La nouvelle garde fonde alors Glencore. Recruté en 1984 par Marc Rich, Ivan Glasenberg fait partie des putschistes. Reniant sans état d’âme son mentor, le Sud-Africain accepte son élection à la direction générale et fait rapidement fructifier la firme.

En 2012, Glencore frappe un grand coup en fusionnant avec Xstrata. Ou plutôt en absorbant le géant britannique également basé en Suisse dans le canton de Zoug. Un titan du négoce avale ainsi un géant des mines. Le président et le comité exécutif de Xstrata limogés abruptement, les activités sont réorganisées sur le modèle très centralisé voulu par Ivan Glasenberg.

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Dès lors, Glencore réunit dans le même giron des mines, des gisements, des ports et des entrepôts, tout en jouant un rôle d’intermédiaire, affrétant les navires et organisant les transports entre pays producteurs et consommateurs. Comme l’affirme Ivan Glasenberg : « Glencore ne se borne pas à effectuer des transactions financières. Notre compagnie amène physiquement jusqu’au citoyen les matières premières dont il a besoin. » Selon Le Monde, Glencore contrôlerait ainsi 60% du zinc mondial, 50% du cuivre et 30% de l’aluminium.

La maîtrise de l’ensemble de la chaîne de production offre à la compagnie une situation exceptionnelle dans son secteur. « En période de cycle bas des prix des matières premières, Glencore a démontré que sa branche négoce lui offre un modèle résilient. Car les profits dépendent non pas du niveau des prix mais de leur  volatilité », analyse un spécialiste du secteur extractif, cité par Jeune Afrique. La réputation d’Ivan Glasenberg corrobore cette analyse. Cet ancien coureur d’élite doit sa carrière hors norme à son talent dans l’art d’acheter au plus bas pour vendre au prix le plus fort.

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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