Bilan

Comment gérer les casse-pieds au travail

Des individus toxiques, il y en a souvent au moins un dans une équipe. Quel que soit son profil, il requiert une intervention rapide de la part des managers. Conseils.
  • Face à un gêneur, l’issue la plus pragmatique est souvent de l’éloigner ou de l’isoler.

    Crédits: Erik Dreyer/getty images
  • Face à un gêneur, l’issue la plus pragmatique est souvent de l’éloigner ou de l’isoler.

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  • Philippe Vaneberg, partenaire chez Coaching Square.

    Crédits: Dr

Il y a le maniaque du détail qui prend tout le monde de haut. Ou l’évaporée qui disparaît des journées entières sans que l’on sache pourquoi. Et le sournois qui scie le travail de ses collègues dans leur dos. Les casse-pieds sont inhérents au monde professionnel. L’entourage aurait tort de détourner les yeux de ces comportements toxiques car les conséquences peuvent se révéler dévastatrices. «Ces dysfonctionnements pèsent sur l’atmo-sphère de travail, paralysent l’équipe et plombent les performances. Vous risquez en outre de perdre vos meilleurs éléments», sanctionne Philippe Vaneberg, partenaire chez Coaching Square

Quatre types d’empoisonneurs

Voici une typologie répandue de gêneurs:

L’obsessionnel: C’est une des personnalités ingérables les plus fréquentes. Rigide et têtu, il privilégie l’ordre, le perfectionnisme et le contrôle au détriment de l’efficacité. Au bénéfice d’une haute estime de lui-même, le collaborateur est obsédé par les procédures au point d’en oublier l’objectif final. Son perfectionnisme l’empêche de déléguer et de collaborer avec autrui. 

L’anxieux: Cette personnalité vit dans la crainte constante d’un danger imminent et des angoisses démesurées. La peur de ne pas atteindre les objectifs le plonge dans une tension nocive. Déjà soumis au stress dans sa zone de confort, l’anxieux constitue un sérieux frein à l’innovation. Son aversion au risque l’épuise. Son anxiété peut contaminer toute l’équipe. 

Le tire-au-flanc: Ce passager clandestin de l’entreprise veut tirer profit de la situation, dont en premier lieu un salaire, sans payer le prix du billet. Le tire-au-flanc peut passer sa journée rivé à son ordinateur à faire du présentéisme. Souvent, c’est un salarié oublié lors des restructurations successives. Il ne comprend plus ce que l’on attend de lui et finit par jeter l’éponge.

Le pervers narcissique: Ce collaborateur avance masqué. A première vue, c’est le gendre idéal. Mais ce qui l’intéresse, c’est de briller aux dépens des autres. A priori amical et serviable, il prend plaisir à tourmenter son entourage avec le sourire en relayant par exemple des commentaires désobligeants. De simple manipulateur, il peut aller jusqu’à saboter le travail de ses pairs par pur sadisme. 

Débloquer la situation

«Ce que je constate dans ma pratique, c’est que les collaborateurs problématiques sont toujours des gens en souffrance, commente Florence Studer, médiatrice au sein de l’association conflits.ch. Dans la plupart des cas, c’est la situation qui a généré des «casse-pieds». Tout l’enjeu d’un processus de médiation revient à faire passer le collaborateur d’une plainte à une demande.» Considérant que l’enquiquineur prend déjà trop de place, le manager cherchera à l’ignorer. Or, plus on veut l’écarter, plus le casse-pieds se manifeste car il a besoin d’être entendu.

«Très souvent, lorsqu’ils sentent qu’on les prend au sérieux, les difficultés s’apaisent. Le chef doit cependant aussi fixer des limites à sa disponibilité et orienter le sujet vers d’autres ressources si celui-ci réclame toujours davantage d’attention», pose Florence Studer, également formatrice à l’Université de Fribourg.

Philippe Vaneberg témoigne de la complexité de la tâche: «J’ai été appelé par les ressources humaines d’une organisation pour intervenir auprès d’un directeur financier engagé.» Dans un premier temps, ce professionnel a très bien rempli sa mission. Puis son caractère obsessionnel a pris le dessus. Le consultant reprend: «Se considérant comme parfait, ce financier dénigrait sans cesse les autres membres de la direction et se montrait nocif pour l’ambiance. L’objectif de coaching était de lui faire prendre conscience de ses comportements toxiques mais sans le remettre en question en tant que personne.» Malgré les efforts investis, ce directeur a rapidement nié tout problème venant de sa part et refusé de continuer à rencontrer le coach. 

Autre cas réel qui illustre un schéma typique de blocage: le fâcheux a obtenu de son médecin un congé maladie jusqu’à nouvel avis, justifié par des problèmes avec sa hiérarchie. Employée dans une société pharmaceutique, cette personne affirme être incapable de revenir à son poste. Les ressources humaines ont donc mandaté un service de médiation externe. L’intervenant relate: «Je me suis retrouvé devant quelqu’un de vraiment pénible, présentant une immense souffrance. Le collaborateur vivait dans un constant sentiment d’injustice et ne cessait de se plaindre sur un ton à la limite du supportable.»

Avec l’accord du médecin traitant, la médiation consistait à entendre le collaborateur, les chefs et l’équipe. Puis à superviser des rencontres dans l’espoir que la personne revienne sur son sentiment de victimisation. «Le retour de la personne relève ensuite de la bonne volonté générale. Si, par la suite, la situation ne s’améliore pas, les conditions seront alors réunies pour remettre en question le contrat de travail», constate le médiateur.

Compétences sociales

De l’avis de l’ensemble de nos interlocuteurs, il n’existe pas de solution miracle face à un empêcheur de tourner en rond. L’issue la plus pragmatique est souvent d’éloigner le gêneur ou de l’isoler de manière à préserver l’équipe de son comportement nocif. Ce constat plaide aussi pour une vigilance redoublée au moment de l’engagement. Sur la durée, les compétences sociales se révèlent plus vitales que d’excellentes qualifications formelles. Les erreurs de casting coûtent très cher à l’entreprise.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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